Dan Carter : « Je vois les All Blacks gagner de deux points »

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    Dan CARTER face aux Bleus Patrick Derewiany / Icon Sport - Patrick Derewiany / Icon Sport
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Dan Carter, ce sont 1598 points marqués en 112 sélections sous le maillot des All Blacks. Pour nous, le plus grand ouvreur de tous les temps décrypte le choc de ce week-end et revient sur les plus beaux moments de sa carrière. C'est à vous, Daniel...

Que devenez-vous ?

J'ai quitté Tokyo il y a dix-huit mois et depuis, je vis à Auckland. Avec mon épouse Honor, nous venons d'avoir un quatrième enfant et j'ai pas mal de boulot, pour tout vous dire. [...] Mon corps, lui, est quasiment au repos complet. Je suis un vieil homme de 39 ans...

Le rugby est-il vraiment terminé pour vous ? A presque quarante ans, votre ami Ma'a Nonu continue par exemple sa carrière aux Etats-Unis...

Je regarde tous les matchs internationaux à la télé, le Super Rugby et même le championnat des clubs... Mais je ne veux plus jouer. Je n'ai plus envie de me faire mal. Dans ma tête, la page est tournée. Vous savez, la vie après le rugby est aussi très excitante.

Comment ça ?

Je cours partout. J'emmène les garçons à l'entraînement de foot, au rugby, à la danse... Je connais la ville mieux qu'un chauffeur de taxi.

Faîtes-vous encore du sport ?

Oui. Je deviens fou si je ne fais rien... On a un groupe de bons copains avec lesquels on s'entraîne deux ou trois fois par semaine : il y a là Leon McDonald (ancien arrière des All Blacks, N.D.L.R.), Doug Howlett (ancien ailier des All Blacks, N.D.L.R.) et plein d'autres vieux potes du rugby.

Qu'est-ce qui vous manquera le plus ? Les passes ? Les plaquages ? Le jeu au pied ?

Pour tout dire, je continue de m'entraîner à buter une fois par semaine dans le jardin de mes parents (à Southbridge, dans l'île du Sud, N.D.L.R.). C'est mon petit coin de paradis. Mais s'il y a quelque chose qui me manquera, ce sont les vestiaires. C'est là où tout se passe : les instants de rire, les moments de tension ou de pur bonheur ; l'esprit d'une équipe se construit dans les vestiaires et ça, rien ne le remplace, le jour où on arrête.

Voudriez-vous devenir coach, un jour ?

Non. Les coachs travaillent trop dur. Non pas que je n'aime pas bosser dur -le travail fut l'un de mes credos quand je jouais- mais je suis dans une phase de ma vie où j'ai envie de profiter de ma femme et de mes enfants.

On vous suit...

Je me connais : si je deviens coach, je vais vouloir devenir le meilleur coach au monde et pour faire ça, il faudra commencer par faire une croix sur tous mes week-ends. Je n'en ai plus envie.... Et puis, quelle vie ai-je envie d'offrir à mes enfants ? Un coach professionnel ne sait jamais où s'écrit son avenir : au Japon, en France ou en Nouvelle-Zélande ? Pour le moment, j'ai vraiment besoin de stabilité.

Lorsque vous avez arrêté votre carrière, vous avez probablement reçu des milliers de messages. Lequel vous a le plus touché ?

Le jour où j'ai raccroché, j'étais heureux de n'avoir pas fait une grosse annonce. J'ai juste dit au revoir via les réseaux sociaux, en fait.

Et ?

Les réactions ont néanmons été vives. J'ai été submergé de messages de fans, d'anciens coéquipiers, de coachs... Ca m'a touché et récemment, j'ai donc décidé de publier un livre sur ma carrière internationale : ça s'appelle 1598 (comme le nombre de points qu'il a inscrits sous le maillot des All Blacks, N.D.L.R.) * et seuls mille exemplaires ont été édités. Ces ouvrages seront tous très particuliers, décorés avec des morceaux de ma première cap, des bouts de mes maillots... J'y raconte l'histoire de chacun de mes matchs avec la Nouvelle-Zélande . Il y en a 112...

Et les hommages, alors ?

J'allais y venir. Richie McCaw a écrit le quatrième de couverture de ce livre et ce qu'il a couché sur papier m'a vraiment beaucoup ému. Je vous laisserai le découvrir...

Vous souvenez-vous de vos premiers points marqués avec la Nouvele-Zélande ?

Oui. C'était en 2003 contre le pays de Galles. On venait de marquer un essai mais étions encore menés d'un point. La transformation était sur le bord de touche et je n'avais jamais été aussi nerveux de ma vie.

Pourquoi ?

Ce moment, c'est celui que j'avais répété des milliers de fois dans le jardin de mes parents, l'instant dont j'avais tant rêvé dans ma chambre... Quand j'y repense, c'était dingue... Tout le pays me regardait : ou je rendais les gens heureux, ou je gâchais la journée.

Et ?

J'ai placé le ballon, ai fait cinq pas en arrière et trois sur le côté. J'ai fait le vide et la transformation est passée. C'est là que j'ai compris que j'ai compris que je voudrais désormais prendre tous les coups de pied qui font gagner les rencontres... Après ce premier test, ce fut pour moi comme une course à la perfection. Ce travail acharné, les caméras ne pouvaient en rendre compte.

Vous rappelez-vous des derniers points de votre carrière internationale ?

Bien sûr. Le jour de la finale du Mondial 2015, Beauden Barrett marque entre les poteaux. Le match est terminé, on est champion du monde pour la deuxième fois consécutive et là, je décide donc de passer la transformation du pied droit.

En quel honneur ?

Juste pour renre hommage à mon père (Neville) : il m'a élevé en me disant d'utiliser les deux pieds. J'étais encore un bébé quand il prenait ma jambe à deux mains et réalisait, avec lle, un mouvement de swing. Comme pour inscrire le geste en moi...

Il y a deux ans, vous avez failli revenir au Racing 92 pour remplacer Pat Lambie, qui souffrait alors de commotions cérébrales à répétition. Pourquoi le deal ne s'est-il pa concrétisé, au juste ?

J'ai simplement échoué à l'examen médical préalable à la signature de mon contrat. […] Tout semblait bien parti : on avait trouvé une maison, ma famille avait fait les valises et on s'apprêtait à grimper dans l'avion. Juste avant qu'on ne parte, la LNR m'a appelé et m'a dit : « désolé, on ne peut pas vous laisser jouer ».

Comment avez-vous réagi ?

J'ai trouvé ça bizarre... Les médecins français disaient qu'il y avait un problème avec mon cou...

Qu'avez-vous fait ?

J'ai aussitôt été voir le chirurgien qui me suit depuis plusieurs années. Il a confrmé le diagnostic des médecins françai : mon cou avait de sérieux dommages et j'ai dû être opéré en urgence. Finalement, j'ai été très chanceux, le match de trop aurait pu coîter cher. Mais encore aujourd'hui, je regrette vraiment de n'avoir pas pu venir au Racing...

A ce point ?

Oui. Mon histoire avce le Racing n'est pas aboutie. J'ai été champion de France avec ce club (en juin 2016) mais j'aurais aimé pouvoir lui offrir un titre européen … On est passé si près, contre le Leinster ou les Saracens...

Samedi soir, les All Blacks affronteront le XV de France à Saint-Denis. Que savez-vous des Tricolores ?

Je suis de très près les performances de l'équipe de France. Ces deux dernières années, Fabien Galthié a vraiment accompli un travail extraordinaire avec cette équipe. Il lui a offert un jeu et surtout, une identité. Aujourd'hui, les Bleus peuvent battre n'importe qui.

Si vous le dîtes...

Je sais surtout que les All Blacks, lorsqu'ils ont déplié le calendrier de l'année 2021, ont coché deux matchs : celui face aux Springboks, l'été dernier, et celui contre le XV de France, cet automne. Ce match est d'autant plus important pour eux qu'ils ont perdu en Irlande le week-end dernier : à leurs yeux, finir la saison internationale sur une bonne note est primordial. Le dernier match de l'année, c'est toujours celui qui conditonne tes vacances...

Est-ce selon vous une bonne idée d'associer Romain Ntamack et Matthieu Jalibert en équipe nationale ?

J'ai disputé mes deux premières saisons en équipe nationale (2003 et 2004) au poste de premier centre, parfois aux côtés d'Aaron Mauger, parfois avec Luke McAlister ou Tana Umaga. L'ouvreur des All Blacks était alors Carlos Spencer et il n'y avait aucun débat à ce sujet. […] Fabien Galthié veut ses deux meilleurs joueurs sur la pelouse et moi, je le comprends.

Pouvez-vous développer ?

En 2020, Romain Ntamack a réalisé une année incroyable et quelques mois plus tard, Matthieu Jalibert s'est révélé. Ces deux-là sont des joueurs de classe mondiale. Ils ont beaucoup à offrir à leur sélection et le sélectionneur se sert simplement de la tournée d'automne comme d'un laboratoire. A mes yeux, leur association ne fonctionnera pas en seulement quelques matchs mais une fois qu'ils auront pris leurs repères, ils seront très dangereux .

Vous êtes donc favorable au système du « cinq-huitième »...

Oui. Je constate surtout que si Fabien Galthié tente cette combinaison, c'est qu'aucun centre français ne s'est imposé au poste de premier centre depuis deux ans. Personne n'est arrivé au début de son mandat en disant à Galthié : « Je suis là pour les quatre années à venir, coach ». En cela, la décision du sélectionneur est logique.

Votre ami Aaron Smith a dit qu'à ses yeux, Antoine Dupont était le meilleur demi de mêlée de la planète. A-t-il raison ?

Dupont est un joueur hors-normes. Son flair, son instinct sont simplement hallucinants. Je constate aussi qu'il a endossé le capitanat des Bleus et j'en suis admiratif : quand je jouais, je détestais être capitaine ; je voulais simplement gérer le jeu sans m'encombrer d'autres responsabilités.

Les All Blacks peuvent-ils perdre deux fois d'affilée ?

C'est déà arrrivé... Mais c'est rare... J'insiste sur le fait que ce match à Paris est la denrière sortie des All Blacks cette année et qu'ils ne voudront pas la manquer.

Le plan de jeu des All Blacks a-t-il changé depuis le Mondial japonais ?

La défense a changé, oui. Elle est encore plus forte qu'elle ne l'était de mon temps. Le week-end dernier, les All Blacks ont par exemple réussi près de 250 plaquages. C'est dire l'implication qu'ils mettent là-dessus... Et c'est dire si l'Irlande a été forte, ce jour-là...

Quel est votre pronostic pour samedi soir ?

Je ne pourrais jamais parier contre les All Blacks. A mon avis, ce sera un match serré mais je donne la Nouvelle-Zélande victorieuse de deux petits points.

 

* Le livre de Dan Carter, intitulé « 1598 », est disponible en version limitée sur www.dancarter.com

 

 

 

 

 

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