Alldritt : «Avec Anthony, on fait même chambre commune»

  • "Avec Anthony, on fait même chambre commune"
    "Avec Anthony, on fait même chambre commune"
Publié le , mis à jour

Troisième ligne du XV de France Son rôle de remplaçant (ou finisseur) contre l’Argentine, Sa concurrence avec Anthony Jelonch pour le numéro 8, ses deux défaites en finale avec son club la saison passée, le défi d’affronter la meilleure équipe du monde… Le Rochelais se livre sincèrement.

Quand on affronte les All Blacks, vit-on une semaine comme les autres en sélection ?

Pas vraiment. On va jouer contre la meilleure équipe du monde. C’est l’ambition de tout compétiteur. Alors, quand tu t’apprêtes à défier les meilleurs, tu es forcément beaucoup plus rigoureux toute la semaine, plus alerte sur le moindre détail. Un tel rendez-vous te pousse à te surpasser.

Que représente un duel contre la Nouvelle-Zélande ?

C’est un peu un rêve de gamin. Les All Blacks dominent le rugby mondial depuis plus d’une dizaine d’années. Les affronter au Stade de France, devant 80 000 personnes, donne encore plus de saveur. Pour le compétiteur que je suis, c’est aussi l’occasion de se mesurer à ce qui se fait de mieux. à chaque poste, le titulaire néo-zélandais est dans le top 3 mondial. ça permet de savoir où on en est, c’est excitant.

Les All Blacks sont souvent inspirants. Y a-t-il des joueurs que vous avez admirés à votre poste ?

Ils ont toujours eu de très grands troisième ligne : Kieran Read, Richie McCaw bien sûr. Je joue avec Victor Vito, j’ai affronté Jerome Kaino… Je peux en citer tellement. Actuellement, il y a Sam Can même s’il n’a pas encore retrouvé son meilleur niveau. Et Ardie Savea qui est, en ce moment, le meilleur numéro 8 de la planète. Le défier est un sacré challenge.

Les Néo-Zélandais sont tombés en Irlande mais n’ont pas l’habitude de perdre deux fois d’affilée…

On va se concentrer sur nous car chacun doit aller toucher ses limites, dans l’engagement et la lucidité. Affronter les Blacks, c’est quoi ? Un ballon tombé, un essai derrière. Le président de la République est venu nous voir lundi et nous a dit que le succès, pour réussir, est de trouver son point de rupture. Samedi, chaque joueur français devra trouver le sien. Les Blacks, ce sont les Blacks : ils préparent le match de la même façon que s’ils avaient gagné. Mais je suis persuadé que, si on sort le match idéal, on pourra faire quelque chose de grand.

Ce rendez-vous arrive-t-il au bon moment dans la construction et la progression du XV de France ?

On progresse petit à petit. Et on veut être parmi les meilleures équipes au monde. La volonté du XV de France est d’être comparé aux plus grandes nations, dont les All Blacks, les Springboks ou les Anglais. Au bout d’un certain temps, il faut rivaliser avec ces équipes-là. Ce rendez-vous face à la Nouvelle-Zélande, que ce soit au bon ou au mauvais moment, arrive et je peux vous assurer qu’on avait hâte d’y être.

Vous l’aviez forcément dans la tête depuis le début de l’automne, et même bien avant…

Bien sûr. On travaille à court terme, à moyen terme et à long terme. à long terme, ce qu’on fait maintenant, c’est pour la Coupe du monde 2023. à moyen terme, c’est pour gagner des titres d’ici le Mondial. Et, à court terme, il y avait chaque match de la tournée. Celui-là, individuellement, on y avait tous pensé.

Il y a deux lectures des deux premiers matchs : les victoires ou les contenus imparfaits. Que retenez-vous ?

Personnellement, je me satisfais des deux victoires. Il faut les prendre et on se rend compte que certains matchs, qui paraissent simples, sont parfois les plus durs à gagner. Après, le groupe veut bien sûr perfectionner son jeu. Contre l’Argentine, on sort une belle copie mais on prend des points trop facilement. Contre la Géorgie, on fait trop de petites erreurs. Mais la victoire est là, c’est le principal. On s’est beaucoup plaint après la défaite contre l’écosse (lors du dernier Tournoi, N.D.L.R.) d’avoir cherché le contenu. La victoire au bout est capitale. Cela ne nous empêche pas de vouloir améliorer le contenu.

Il y a eu une piqûre de rappel sur le jeu au sol face aux Pumas, qui sera encore déterminant samedi…

On sait que les All Blacks seront focalisés sur les zones de ruck, comme les Argentins l’ont été. À nous d’être performants dans ce secteur. l’équipe qui perd la guerre des rucks, souvent, perd aussi le match.

Le match d’ouverture du Mondial, contre cette équipe dans deux ans, est-il présent en toile de fond ?

Pas pour moi en tout cas. Je suis convaincu que nous ne serons pas la même équipe samedi qu’à la Coupe du monde. Je ne parle pas de la composition des joueurs mais de la maturité du groupe. Ce sera peut-être pareil pour la Nouvelle-Zélande. Je le vois comme un test pour s’échelonner, savoir où on est. Après le match, on pourra tirer quelques conclusions pour continuer à se développer ensuite. Le XV de France est encore loin d’être summum de son potentiel.

Fabien Galthié a insisté sur l’importance de remporter des titres désormais. Trois succès cet automne, cela en serait un, en quelque sorte…

Ce que l’on veut, ce sont des victoires. On a gagné les deux premiers matchs et on a très envie de gagner le troisième.

Anthony Jelonch avait démarré en numéro 8 face aux Pumas. Faut-il être Gersois pour porter ce maillot ?

(Il rigole) Tant que c’est un Gersois, ça va. Beaucoup de troisième ligne sont performants actuellement et ça pousse fort. C’est quelque chose qui me met un coup de fouet et me fait du bien. ça me pousse à bosser dur, à progresser.

Comment vivez-vous cette concurrence avec lui ?

Elle est très saine humainement. Pour tout vous dire, avec Anthony, on fait même chambre commune et on passe 90 % de notre temps ensemble. Il n’y a aucun souci entre nous. L’objectif, pour chacun, est d’être à son meilleur niveau personnel. Mais c’est au staff à faire son choix en fonction des différents profils qu’il a à sa disposition en troisième ligne.

Le staff accorde une grande importance au rôle de finisseur, terme qu’il emploie pour définir les remplaçants. Vous l’avez découvert contre l’Argentine…

C’est un rôle difficile. Il faut entrer et apporter quelque chose, sans en faire trop pour ne pas se mettre à la faute. Il faut mettre le curseur au bon endroit et c’est dur à gérer. Mais on se rend compte, dans le rugby international, combien les vingt dernières minutes sont cruciales. La moitié de l’équipe qui finit a commencé sur le banc. C’est dire l’importance de ce rôle.

Vous étiez parmi les candidats au capitanat cet automne et Antoine Dupont a dit que vous l’aidiez beaucoup. Ce leadership est-il naturel ?

Oui, je ne me suis pas du tout forcé. Tout le monde doit montrer l’exemple et être leader par son comportement. Qu’on soit nouveau ou ancien, avec cinquante sélections ou une seule. Mais je prends souvent la parole parce que, quand j’ai quelque chose à dire, je le dis. Tout simplement. Après, elle est ouverte à tous. Tout se passe bien sur ce plan. Antoine est parfait dans son rôle, Gaël (Fickou, N.D.L.R.) aussi.

Les deux titres qui vous ont échappé de peu avec La Rochelle la saison dernière ont-ils été durs à digérer ?

Ces moments ont été difficiles à vivre. Mais cela fait partie d’une carrière et d’une vie. Il faut le relativiser, ce ne sont que des matchs de rugby… J’ai pris un gros coup derrière la tête mais cela m’a remotivé. Je n’ai plus envie de connaître ce goût amer qui reste en bouche. Quand je suis revenu, en début de saison, je crois que j’étais encore plus motivé que lors de la précédente. Je me suis promis de ne plus jamais revivre ça, que ce soit en club ou en équipe de France.

En finale du Top 14, contre Toulouse, on ne vous avait pas reconnu. Cette expérience malheureuse peut-elle vous faire grandir ?

Oui, c’est certain. C’est une expérience qui forge mon caractère et le joueur que je deviens. Techniquement, ce fut un non-match de toute l’équipe. Moi-même, j’ai réalisé un non-match. On a travaillé mentalement là-dessus, pour s’en servir.

Après le bronze en 2019, vous avez reçu l’Oscar d’argent Midi Olympique lundi. Battre les All Blacks rendrait la semaine merveilleuse…

C’est vrai. Comme je le disais, j’ai eu le bronze, j’ai maintenant l’argent et je sais que j’aurai l’or le jour où Toto (surnom de Dupont, N.D.L.R.) sera à la retraite (rires).

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Jérémy FADAT
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