Les 4 raisons du choix Ntamack à l'ouverture

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Le Toulousain Romain Ntamack va débuter à l’ouverture samedi, reléguant Matthieu Jalibert sur le banc. Une décision forte de Fabien Galthié. Explications.

C’est défintivement le sujet qui aura marqué l’automne du XV de France : Matthieu Jalibert ou Romain Ntamack ? Romain Ntamack et Matthieu Jalibert ? Pour affronter la Nouvelle-Zélande, le staff des Bleus a tranché : ce sera le Toulousain en position d’ouvreur et le Bordelais sur le banc. Au-delà même du caractère passionnant qui entoure les débats incessants portant sur deux des plus grands talents actuels du rugby hexagonal, il s’agit d’une forme de surprise, tant leur association était attendue contre les All Blacks. Les deux hommes sont placés en concurrence depuis plus d’un an. Si Romain Ntamack, dans la foulée d’un Mondial japonais où il était le numéro 10 titulaire et buteur attitré de l’équipe de France, fut l’innamovible chef d’orchestre du début de l’ère Galthié, aux côtés de son partenaire en club Antoine Dupont. Mais, entre la limitation des feuilles de match lors de la Coupe d’Automne des Nations puis sa blessure qui l’a privé d’une partie du Tounoi 2021, Romain Ntamack a vu Matthieu Jalibert regagner du crédit aux yeux du sélectionneur. Il faut dire que le joyau de l’UBB enchaîne les performances XXL en Gironde et qu’il est parvenu à les reproduire en sélection. Suffisamment en tout cas pour rebattre les cartes et faire du duel des ouvreurs la saga des dernières semaines. D’autant plus que Fabien Galthié et Laurent Labit, le patron de l’attaque française, ont commencé à émettre l’idée de les associer depuis un moment déjà. Une idée largement renforcée par les forfaits d’Arthur Vincent et Virimi Vakatawa pour l’épisode de novembre. Profitant de la polyvalence du Toulousain - qui avait joué numéro 12 avec le Stade toulousain durant la quasi-totalité de la saison 2018-2019 et qui y dépanne encore à l’occasion en club même s’il s’est fixé à l’ouverture comme il le souhaitait - et d’une relative pénurie au centre, le staff avait décidé d’unir les deux talents pour commencer la tournée : Jalibert en 10, Ntamack en 12. Une manière également de ne pas trancher, autant que de s’appuyer sur deux garçons en grande forme.

Du mieux à Bordeaux

La stratégie fut un échec contre l’Argentine. D’abord parce que la connexion fut presque inexistante entre le Bordelais et le Toulousain. Ensuite parce que ce dernier fut utilisé à centre-emploi, se retrouvant régulièrement à aller défier la défense des Pumas en premier attaquant pour créer des points de fixation. Pas de vitesse, peu de coups de pied, le bilan fut négatif, jusqu’à remplacer "NTK" par le puissant Jonathan Danty dès la 54e minute. Mais l’expérimentation a été poursuivie à Bordeaux contre la Géorgie, où il y eut davantage d’échanges et de fluidité entre eux. Du moins en première période, grâce notamment à une adaptation à leurs profils qui a envoyé Gaël Fickou jouer les perce-murailles plutôt que le Toulousain. Si lui fut séduisant jusqu’au bout, aussi lors de son replacement à l’ouverture en deuxième mi-temps, Jalibert fut moins en vue quand il a été décalé à l’arrière pour terminer la rencontre. Est-ce la raison pour laquelle Galthié ne va pas au bout de son intime conviction ? Ou bien est-ce au nom de la complémentarité de Ntamack avec Dupont, de la nécessité d’avoir un centre perforateur ou de muscler le banc ? Voici les éléments de réponse...


1. Le duo toulousain avec Dupont 

Il fut beaucoup question, ces récentes semaines, de l’association entre Matthieu Jalibert et Romain Ntamack. C’était quelque peu occulter un autre duo, celui formé par le dernier nommé et Antoine Dupont à la charnière du Stade toulousain. C’est presque injuste pour le Bordelais, tant cela n’a rien à voir avec ses performances qui sont exceptionnelles en club, mais la tentation d’aligner le duo rouge et noir peut parfois sembler logique. Et vu que Dupont est intouchable... Installée en sélection du Tournoi des 6 Nations 2019 à la Coupe d’Automne des Nations 2020, la doublette Dupont-Ntamack l’est aussi à Ernest-Wallon depuis un an et demi, avec le succès que chacun sait. Complices en-dehors, les deux hommes - à force de se cotoyer - parlent le même langage sur le terrain et affinent toujours plus leurs automatismes. Si bien que le demi de mêlée et l’ouvreur sont aujourd’hui très complémentaires et possèdent de nombreux repères communs. C’est ensemble qu’ils se sont imposés comme chefs d’orchestre du Stade toulousain, leaders techniques et humains.La dernière campagne européenne, avec un cinquième titre dans la compétition à la clé pour le club, en est l’illustration. Parfaite dans l’animation ou la gestion, quel que soit le contexte ou l’adversaire, cette charnière a clairement passé un cap. Si Ntamack n’était pas de la dernière finale victorieuse de Top 14 après sa commotion subie en demie, le début de la saison actuelle prouve qu’ils restent sur leur lancée puisqu’ils sont deux des Toulousains en grande forme. Les réunir pour mener le jeu des Bleus est donc un gage d’assurance aux yeux du staff, lequel peut peser à l’heure d’affronter la meilleure nation du monde. Et si une charnière toulousaine va débuter le match, une autre bordelaise (Lucu et Jalibert) sera peut-être amenée à le terminer...J.Fa.

2. Densifier le milieu du terrain

Ce choix est aussi tactique. Alors que le staff des bleus avaient misé sur un duo 10-12 pour gérer l’animation tricolore lors des deux premières rencontres, il veut certainement miser un duo 12-13 pour perturber les All Blacks, et ainsi repartir sur des schémas plus traditionnels. En sortant un des deux ouvreurs, Fabien Galthié veut surtout privilégier des centres de métiers pour imposer une énorme intensité au centre du terrain, notamment dans le secteur défensif. Les Blacks ont perdu de leur magie en Irlande en étant constamment mis sous pression au centre du terrain, ce qui ne leur a pas laissé l’occasion de se mettre en action aussi facilement que d’habitude. C’est ainsi que la titularisation de Jonathan Danty prend tout son sens, d’autant plus qu’il a notamment démontré face à l’Argentine que sa puissance était un atout pour un jeu plus frontal. Le trois-quarts centre rochelais avait été précieux dans ce rôle lors des deux tests qu’il a disputé en Australie, réalisant 17 plaquages lors du premier perdu dans les ultimes secondes et quinze lors de la victoire historique des Bleus. Il avait régné sur le milieu du terrain, perturbant considérablement les Wallabies par son intensité notamment dans le jeu au sol autant offensivement que défensivement. Midi Olympique lui avait attribué trois étoiles pour ces deux prestations majuscules.Il sera donc en charge de lutter sur la ligne d’avantage pour gagner les quelques centimètres qui peuvent tout changer. C’est là que les Irlandais ont fait perdre le Nord aux All Blacks le week-end dernier, grâce à une intensité de tous les instants symbolisée notament par le trois-quarts centre Bundee Ahki, qui a livré une prestation qui ressemblait étrangement à celle de l’Anglais Manu Tuilagi lors de demi-finale de la dernière coupe du monde.N.A.

3. Un match-winner sur le banc

Fabien Galthié a assez insisté, en amont de cette tournée , sur le rôle des finisseurs (terme employé pour qualifier les remplaçants) pour comprendre combien la composition de son banc est aujourd’hui une priorité absolue. Il a expliqué qu’avant de cocher des noms sur la feuille, le staff commençait par imaginer les joueurs sur le terrain pour finir la rencontre plutôt que le XV de départ. Voilà pourquoi il avait placé des profils précis parmi les remplaçants contre l’Argentine, pour ouvrir la séquence de novembre. Y voir Grégory Alldritt n’était en ce sens pas anodin, lui qui fut longtemps considéré comme un titulaire innamovible au centre de la troisième ligne. Mais deux cas étaient encore plus marquants. D’abord celui du talonneur toulousain Peato Mauvaka, sur lequel le sélectionneur s’était longuement penché. Il n’avait pas caché que sa capacité à peser sur le cours des rencontres quand il entrait en club, à la place de Julien Marchand qui est aussi le numéro 1 du poste en équipe nationale, avait convaincu l’encadrement tricolore de lui confier le même rôle en sélection. Il a répondu aux attentes en étant performant face aux Pumas et à la Géorgie. Mais, dimanche, il était entré plus tôt que prévu après la blessure de Marchand, forfait contre les Blacks. Coup dur qui casse l’équilibre trouvé et, par lien de cause à effet, peut affaiblir le banc. Au-delà, si Sekou Macalou fut décevant dans la peau du titulaire face aux Lelos, il avait aussi effectué une entrée fracassante contre l’Argentine. Mais lui aussi est forfait cette fois. En clair, le staff ne peut pas compter sur ses deux « impact players » privigiés, qui ont cette faculté à changer un match. Posséder Jalibert comme remplaçant, c’est quelque part s’offrir ce profil car lui, par sa vitesse et ses inspirations, est capable de renverser la table en faisant son apparition sur le terrain. J.Fa.

4. Aussi un désaveu pour Jalibert

Pour éviter d’avoir à trancher et de se passer, au coup d’envoi, d’un des deux joueurs, Matthieu Jalibert et Romain Ntamack avaient été associés en 10-12 lors des deux premiers matchs (face à l’Argentine puis la Géorgie). Difficile de lire une hiérarchie claire entre les deux. Ni avant ces tests d’automne (même nombre de titularisations dans le mandat Galthié), ni après.
Contre l’Argentine, Ntamack semblait être le perdant de l’affaire : il changeait tout à la fois de poste, perdait le tir au but et, avant l’heure de jeu, c’est lui qui quittait la pelouse pour faire de la place à la puissance de Jonathan Danty au milieu du terrain.
Face à la Géorgie, schéma inverse : Jalibert laissait sa place à l’ouverture à Ntamack dès l’entame de la seconde mi-temps (51e) et glissait à l’arrière, poste qu’il n’a jamais caché peu apprécier. Et cela s’est vu.
Dès lors que le staff a décidé, en début de semaine, de ne pas reconduire l’association pour titulariser le quintal de « John » Danty au centre, il fallait en sacrifier un. Et l’arbitrage est allé au bénéfice du Toulousain.
Quelles raisons à cela ? Les performances face à la Géorgie, certainement. Aussi une question stratégique. Ntamack, qui n’a pas forcément l’étincelle offensive de son alter ego bordelais, a en revanche déjà prouvé sa fiabilité dans la conduite du jeu, la maîtrise du scénario d’un match et sa capacité à faire jouer autour de lui. Jalibert sur le banc, c’est aussi le gain d’un joueur capable de faire basculer une fin de match dans le bon sens, si le besoin se présente (voir ci-contre).
Enfin, à la lumière des deux premiers matchs, Ntamack a sûrement été le plus régulier des deux. Le premier choix de Galthié à l’ouverture (en 2020) reprend donc le manche. Finalement logique. Lé.F.

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Jérémy FADAT
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