Retour sur 1973 : la dernière victoire des Bleus à Paris face aux All Blacks

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Les Français n’ont plus battu les Néo-Zélandais à Paris depuis 1973, un après midi de grâce pour un demi de mêlée nommé Barrau et pour l’alliance de deux combattants, élie Cester et Alain Estève. Tout ça dans un écrin flambant neuf, le parc des princes.

Et le XV de France entra dans la modernité. En ce début des années 70, il inaugurait une nouvelle nef, au profil très futuriste, on parlait alors de "soucoupe volante" emmaillotée par de curieux portiques en porte à faux. Bonbonne massive de béton et d’acier, ce "nouveau" Parc des Princes venait de remplacer Colombes. Il ramenait donc le rugby à Paris même, Porte de Saint-Cloud, pour 150 millions de francs, avec deux ans de retard. Mais il offrait aux 48 000 spectateurs des tribunes aux pentes sévères, gage de visibilité.

L’équipe de France l’avait inauguré le 13 janvier face à l’Écosse. Un mois plus tard, il reçut les All Blacks de Ian Kirkpatrick. La date était inhabituelle, mais la FFR avait tenu à caser ce rendez-vous coûte que coûte, face à ces Néo-Zélandais qui terminaient une très longue tournée. Ils débarquaient à Paris avec 31 rencontres dans les jambes. C’est cette génération des All Blacks qui avait joué le match mythique face aux Barbarians de Gareth Edwards deux semaines plus tôt. Ce France-All Blacks de 1973 fut historique sur bien des plans, par l’ambiance de la nouvelle enceinte d’abord. On ne sait si son architecte Roger Taillibert l’avait fait exprès, mais son œuvre offrit tout de suite des réverbérations sonores extraordinaires, elle ouvrit aussi la voie à une nouvelle façon de travailler pour la télévision, avec des joueurs filmés en gros plans, les grosses cuisses des bestiaux, leurs naseaux fumants, on les avait à quelques centimètres de nous, dans notre salon sur les commentaires de Christian Rives qui travaillait à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux et de Robert Barran, patron de "Miroir du Rugby".

Max Barrau-Walter Spanghéro : l’entente parfaite

Et puis, il y eut quand même le match lui-même, une victoire 13-6, la deuxième seulement de l’Histoire, 19 ans après celle du XV de Jean Prat en 1954 (mais cet exploit était passé inaperçu sur le moment). Cette rencontre est aussi restée dans les mémoires par son incarnation. Impossible d’en parler sans s’entendre rétorquer illico : "Max Barrau". Le demi de mêlée de Beaumont-de-Lomagne et pour un an, du Stade toulousain, 22 ans et 70 kg, traversa en ce 10 février l’après-midi de sa vie. Jamais on n’avait vu un numéro 9 aussi dynamiteur. Des départs, des crochets, des passes dans la défense, des interventions décisives sur les deux essais français… Il offrit aux All Blacks tout l’arsenal du parfait 9 offensif, à l’opposé de son vis-à-vis, Sid Going si besogneux, voire emprunté, en comparaison. Le pauvre Max Barrau traîne une réputation de "héros sacrifié" car Albert Ferrasse sabra sa carrière internationale en 1974. Mais l’on connaît des internationaux à 60 capes qui n’ont pas pu marquer un test d’une empreinte aussi flamboyante.

S’il fut aussi terrible, c’est qu’il se retrouva en osmose avec son capitaine, le numéro 8 Walter Spanghéro, auteur également d’une des meilleures prestations de sa carrière. Deux mois après, sa carrière internationale s’arrêterait à 29 ans. Il était dit qu’il battrait les All Blacks un jour, son parcours valeureux méritait bien. "On avait regardé le match des All Blacks contre l’Angleterre et on avait remarqué qu’ils étaient un peu lents en troisième ligne, on avait décidé de jouer dans cette zone. C’est un très grand souvenir, dès ma causerie vers 9 h-9 h 30, j’avais ressenti quelque chose, j’étais su qu’on allait faire un truc", expliqua-t-il en 2013. Le héros Max Barrau poursuit : "Oui, on avait parlé au Petit Trianon le matin. On savait que ces All Blacks, il fallait les bouger. On les sentait fatigués après leur long périple. Et puis, je me suis toujours bien entendu avec Walter, il était si gentil, si bienveillant, toujours à vous encourager. Comme il était le premier au combat, on était obligé de le suivre. Personnellement, j’étais en pleine possession de mes moyens, j’avais surmonté ma blessure à un genou. Je m’étais rompu les croisés en 71, mais à l’époque, on n’opérait pas. J’avais subi 17 ponctions à ce fameux genou. À force de rééducation, tout est revenu." 13-6 pour lui, ce fut trop étroit : "Sincèrement, le score ne reflète pas la partie. Nous avions dominé nettement." C’est vrai, les All Blacks subirent trois occasions claires (Bertranne, Campaès, Saisset). Et le tandem Spanghéro-Barrau assurait un tel tempo d’enfer : "On a fait pas mal de trucs ensemble sur ce match." Sur les images, on le voit passer après contact : "Oui, je cherchais les intervalles, le nec plus ultra. J’étais aussi rapide, je faisais le 100 mètres en 10 secondes, 9. Oui, j’étais assez dynamiteur. Ma passe et mes gestes étaient assez naturels. Je jouais depuis l’âge de neuf ans. Écoutez, je n’aime pas me vanter, mais des amis m’ont appelé récemment pour me dire : On t’a vu jouer ! Je ne comprenais pas… Ils parlaient en fait d’Antoine Dupont. Ça m’a fait plaisir. Moi je m’inspirais de Pierre Danos".

Moins de sauteurs, plus de gladiateurs

Avant le match, les sélectionneurs avaient réfléchi à de vrais choix, ils s’étaient privés des vrais sauteurs de l’époque : Claude Spanghéro, Jean-Pierre Bastiat, Benoît Dauga. Ils avaient fait le pari de la paire Élie Cester (Valence) et Alain Estève (Béziers) en deuxième ligne. Deux colosses, mais qui ne décollaient pas trop dans les airs. Les Français craignaient les sauteurs des All Blacks et le redoutable PJ Whitting (1, 98 m) en milieu d’alignement. Mais une stratégie de variation des lancers limita les dégâts avec Cester en tout premier sauteur et Olivier Saisset en fond d’alignement. Pendant 40 minutes au moins, la moisson fut partagée.

Cet attelage Cester-Estève fut l’autre "révélation" de la partie. Le regretté Jacques Verdier nous expliqua souvent qu’il avait vu là la meilleure deuxième ligne des années 70 avec son agressivité, son endurance, son impact physique, sa vitesse et même son adresse. Alain Estève, 26 ans, n’était pas une brute épaisse comme on aimait à la caricaturer, mais un joueur hors pair. Cette alliance des deux gladiateurs fut un délice qu’ont cru furtif, mais que les puristes goûtèrent à six reprises jusqu’en 1974. "N’oubliez pas la première ligne Iraçabal, Bénésis, Azarète ou Saïsset un sacré baroudeur," poursuit Barrau.

Ce match reste bien sur significatif de son époque, il valut surtout par sa première période, la pluie de l’automne affadit la seconde à mesure que les Néo-Zélandais prenaient l’ascendant en touche. 13 ballons perdus par les Français en deuxième période. Mais on insiste, les fulgurances restèrent du côté des tricolores. Ce match était encore loin de la vidéo, les deux essais furent peut-être entachés de minuscules en-avant, monsieur D’Arcy, approximatif, laissa passer "dans l’esprit". On imagine les palabres si ça arrivait aujourd’hui. Avec une grande dignité, les All Blacks refusèrent de se réfugier derrière ça ou derrière leur fatigue. Autre curiosité, derrière les Barrau, Spanghéro, Cester, et Estève et consorts, on a eu du mal à identifier qui étaient les entraîneurs. On ne les citait quasiment pas dans les médias. Ils n’étaient que des délégués du comité de sélection, des hommes de terrain sous l’autorité de Ferrasse et Basquet. Nommons-les puisqu’on a dû faire des recherches pour les trouver ! Michel Celaya et Fernand Cazenave.

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