Test Match - Stratégie : Dépossession ou des possessions pour le XV de France ?

  • Précieuse en fin de match face à l’Argentine et à la Géorgie, la puissance de Jonathan Danty au milieu du terrain a été considérée comme indispensable, autant pour permettre aux Bleus de tenir le ballon que pour imposer une forte pression défensive et gagner la ligne d’avantage lors des séquences de "dépossession" P
    Précieuse en fin de match face à l’Argentine et à la Géorgie, la puissance de Jonathan Danty au milieu du terrain a été considérée comme indispensable, autant pour permettre aux Bleus de tenir le ballon que pour imposer une forte pression défensive et gagner la ligne d’avantage lors des séquences de "dépossession" P Midi Olympique - Patrick Derewiany - Midi Olympique - Patrick Derewiany
Publié le , mis à jour

Alors qu’il cherche à rééquilibrer son jeu avec et sans ballon depuis la fin du dernier Tournoi, le XV de France n’est encore pas parvenu à trouver la solution pour alterner avec efficacité. De quoi imaginer une volte-face temporaire face à l’ogre néo-zélandais ? Réponse samedi…

Qui maîtrise la règle maîtrise le jeu. Ce n’est pas pour rien si Fabien Galthié et son staff, bien conscients de ce mantra, ont choisi d’intégrer l’ancien arbitre Jérôme Garcès au sein de leur staff… En effet, c’est en fonction de ce principe que les Bleus ont bâti la version 1 de leur projet de jeu, axé sur la dépossession, car motivé par le constat que les équipes qui faisaient l’effort de tenir le ballon n’étaient pas forcément favorisées. Et en fonction de cet axiome, encore, que le XV de France a commencé à faire évoluer son rugby au cours du dernier Tournoi, en s’apercevant d’un certain «rééquilibrage» des sanctions et même d’une nouvelle faveur rendue à l’attaque. «Par rapport à l’automne 2020, l’équipe qui possède le ballon et qui joue est moins sanctionnée», confirmait avant le dernier match contre l’écosse le patron des Bleus. «Contre le pays de Galles, il y a eu 124 rucks et un seul a été sifflé contre l’attaque. Donc, il semblerait que l’arbitrage donne un peu plus de liberté et d’autonomie à l’attaque. Or, on construit notre rugby par rapport à la règle, à l’arbitrage et aux tendances.» Il va à ce titre sans dire que l’adoption de nouvelles règles cet été, comme le renvoi d’en-but ou le 50:22 (susceptibles de dégarnir les premiers rideaux défensifs) ont incité le staff tricolore à passer la seconde puis la troisième vitesse dans cette mue…

Une « zone de construction » élargie

En clair ? Désormais, ce que le XV de France a dénommé dans son sabir est convenu d’appeler «zone de construction» (partie du terrain où les Bleus sont invités à enchaîner les temps de jeu plutôt que d’imposer une pression au pied) s’est agrandie, puisqu’elle s’étend désormais entre les deux lignes des 22 mètres (et se trouvait auparavant circonscrite entre les 22 mètres adverses et la ligne médiane). Une adaptation évidemment liée à la règle du 50:22, qui, par ailleurs, a dicté à Fabien Galthié et ses adjoints l’idée d’associer Mathieu Jalibert et Romain Ntamack, afin d’assurer une animation et une organisation optimales sur toute la largeur du terrain. Las, cette option «cinq-huitième» particulièrement séduisante et justifiable sur le papier s’est malheureusement heurtée à un manque de puissance, semble-t-il rédhibitoire au plus haut niveau. «Ce genre d’association ne peut fonctionner que si on est capable d’aligner trois vrais costauds à leurs côtés et on ne les a actuellement pas, nous confiait, dans la semaine, un manager du Top 14. Pour moi, cet automne, l’urgence n’était pas de trouver une organisation pour associer Jalibert et Ntamack, mais Fickou à Danty, ce qui n’était d’ailleurs pas antinomique. C’est bien beau de vouloir tenir le ballon mais à un moment donné, pour faire de la conservation, il faut avoir des joueurs capables d’avancer à l’impact.»

Retour en arrière ou pragmatisme ?

Les Irlandais ont à ce titre donné une petite leçon aux Bleus, en étouffant les Blacks dans le sillage d’une paire de centres surpuissante et d’une troisième ligne inépuisable, qui ont permis aux Verts de passer plus de huit minutes dans les 22 mètres néo-zélandais. De quoi donner des idées ? Oui et non… «D’abord, les Irlandais ont leur propre rugby, on ne peut pas les copier car nous n’avons pas les mêmes joueurs ni le même rugby, expliquait Fabien Galthié. Ensuite, on a bien vu que même si les Blacks se sont nourris avec des miettes, le match s’est joué sur une décision arbitrale et un en-avant jugé avant un essai."

En clair ? Le sélectionneur redoute comme la peste la capacité des Néo-Zélandais à négocier les ballons de turnover, qui ne manqueront pas d’être nombreux si le XV de France devait afficher les mêmes lacunes collectives que face à l’Argentine ou à la Géorgie. De quoi en conclure que les Bleus pourraient renouer - du moins en partie - avec leur bonne vieille stratégie de dépossession, en cherchant d’abord à mettre sous pression les Blacks pour les prendre à leur propre jeu des ballons de récupération ? L’hypothèse n’est évidemment pas à exclure, même si elle signifierait un retour en arrière temporaire. Le retour de Romain Ntamack à l’ouverture, associé à une paire de centres Danty-Fickou semble pour tout dire aller dans ce sens, au nom d’un pragmatisme qu’on ne peut que louer. Parce qu’une victoire face aux Blacks semble à ce jour indispensable pour permettre aux Bleus de changer définitivement de braquet à deux ans de la Coupe du monde et que, pour être clair, persévérer une semaine de plus dans une animation manifestement non maîtrisée aurait probablement relevé du péché d’orgueil.

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