Antoine Dupont (XV de France) : « Gamin, je pouvais espérer affronter les Blacks un jour, peut-être pas les battre »

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    Antoine Dupont et ses coéquipiers Midi Olympique - Patrick Derewiany - Patrick Derewiany
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Dimanche en fin de journée, alors qu’il était en salle d’embarquement à Paris, le Toulousain nous a accordé quelques minutes pour évoquer la victoire historique face à la Nouvelle-Zélande, ce qu’elle représente dans l’évolution des Bleus.
Nommé capitaine des Bleus pour cette tournée d’automne, il s’est aussi confié sur ce rôle et sur la dimension qui est la sienne aujourd’hui. 

Près de vingt-quatre heures après ce succès historique, avez-vous le sentiment que le XV de France a basculé dans une nouvelle dimension ?

Franchement, je suis encore à chaud et je ne sais pas si j’ai tout à fait réalisé ce qu’on a fait, c’est dur à dire. C’est assez incroyable, car cela n’arrive pas souvent et n’était pas arrivé depuis longtemps. Ce qui est certain, c’est qu’on continue d’écrire notre histoire et qu’on vient de passer une étape forte face à une très grande équipe. C’était la Nouvelle-Zélande en face ! Il fallait passer au révélateur et montrer qu’on a le niveau. Et puis, l’avoir fait devant ce stade plein, avec ce public tellement enthousiaste. Je crois n’avoir jamais entendu l’hymne résonner aussi fort. Cela restera gravé dans nos mémoires. Sincèrement, il n’y a rien d’acquis après cette victoire mais, je le répète, c’est une belle étape franchie.

Avez-vous senti, dès les premiers minutes, que la France était supérieure à la supposée meilleure nation du monde samedi ?

Oui, sur le début de match, on l’a bien senti en tout cas. Mais nous étions aussi conscients qu’il serait très dur de tenir ce même rythme sur quatre-vingt minutes. Franchement, il était évident que les All Blacks n’allaient pas non plus subir de telle manière sur l’ensemble du match. Ce n’était pas possible. Mais le simple fait d’avoir vu que nous étions capables de les malmener autant nous a mis en confiance pour la suite.

Battre les All Blacks avec le record d’écart de points entre les deux nations pour un succès français, qu’est-ce que cela représente pour l’enfant fan de rugby que vous étiez il y a quelques années ?

(Il souffle) C’est presque impossible à décrire. Gamin, je pouvais rêver de les affronter un jour mais peut-être pas les battre tellement cette équipe est mythique. J’avais eu la chance de jouer contre la Nouvelle-Zélande, déjà en 2017. Mais pouvoir les affronter de nouveau dans de meilleures conditions, avec le scénario qu’on connaît et l’issue qu’on connaît, c’est inespéré. Non, à l’époque, je n’aurais pas pu imaginer un tel match et une telle soirée. Pourtant, je l’ai vécu.   

Fabien Galthié a évoqué la construction des quatre semaines de rassemblement mais n’était-ce pas en prévision de ce rendez-vous qui marquait un tournant dans l’histoire de ce XV de France ?

De l’intérieur, je ne l’ai pas appréhendé comme cela parce que nous avons essayé d’aborder le moins possible ce match en amont. Après, tout le monde l’avait évidemment dans un coin de la tête… Il fallait se concentrer à chaque fois sur le match qui se présentait lors du week-end à venir. D’abord l’Argentine, puis la Géorgie. Mais c’était dur en fait, parce que chacun avait le rendez-vous contre la Nouvelle-Zélande en ligne de mire. Inconsciemment, nous en avons peut-être un peu… (Il s’arrête) Non, je ne dirais pas qu’on en a gardé sous la pédale lors des autres matchs. Mais oui, on avait quand même ce match-là dans la tête.

Il a marqué les esprits, fait de vous une nouvelle référence mondiale et officiellement un candidat pour le titre en 2023…

Oui, enfin bon… Vous savez, deux ans, c’est très long dans le sport. Si on regarde où en étaient les Springboks deux ans avant leur titre mondial en 2019, je ne suis pas certain qu’on aurait misé un euro sur eux. Disons que nous sommes dans notre cheminement, que nous sommes en bonne position et que nous évoluons bien. Mais nous savons pertinemment que le XVde France sera désormais attendu partout. L’objectif est simplement de maintenir ce genre de performances à chacune de nos sorties. Le prochain rendez-vous, c’est le Tournoi des 6 Nations. Il n’y aura que des gros matchs au programme et nous n’aurons pas le droit de passer à côté. Ce sera encore révélateur pour voir où on en sera dans notre évolution.

Est-ce un soulagement d’avoir soulevé le trophée Gallaher, mis en jeu lors des duels entre la France et la Nouvelle-Zélande, même s’il est honorifique ?

Honnêtement, non. Je ne l’ai pas vécu ainsi. Nous étions très contents d’avoir gagné ce match mais je n’ai pas l’impression d’avoir remporté une compétition. C’était vraiment anecdotique mais ça fait plaisir de le porter car il n’y a beaucoup inscrit le mot « France » dessus (rires).

Le défi est donc de remporter le prochain Tournoi des 6 Nations...

Oui, évidemment. C’est notre ambition.

Personnellement, vous avez été nommé capitaine pour cette tournée. Comment avez-vous appréhendé ce nouveau rôle ?

Ça s’est bien passé et il n’y a pas eu de moments particulièrement durs pour moi parce que l’équipe a réalisé des matchs sérieux. Disons que cette responsabilité fut juste quelque chose de supplémentaire à appréhender, notamment durant la semaine avant le test contre l’Argentine. Cela m’a amené à me poser un peu plus de questions mais c’est venu assez naturellement par la suite. Je me suis senti de plus en plus à l’aise au fil des semaines.

Avez-vous réussi à ne pas y perdre trop d’influx ?

Je le pense. Je n’ai pas la sensation que le capitanat m’ait pris trop d’énergie. Inconsciemment, cela en prend forcément un petit peu mais je n’ai pas ressenti de contrecoup sur ce plan.

On ne sait pas si Charles Ollivon sera revenu pour le Tournoi des 6 Nations. Comment vous positionnez-vous vis-à-vis du capitanat à l’avenir ?

Je ne me pose pas cette question-là. Il faut voir comment Charles évolue dans sa blessure et son retour à la compétition, pour qu’il revienne dans les meilleures conditions. S’il revient et reprend son capitanat, je n’ai aucun souci avec ça. C’était lui à la base. On verra comment ça évolue.

À titre individuel, vous avez dominé Aaron Smith, la référence mondiale, après avoir remporté les Oscars d’or et monde Midi Olympique quelques jours plus tôt, vous êtes favori au titre de meilleur joueur du monde World Rugby. Vous avez aussi et encore pris une nouvelle dimension...

Oui, bien sûr. Mais c’est aussi parce que je me trouve dans un contexte favorisant. Avec le Stade toulousain, nous avons réalisé le doublé la saison dernière. Avec l’équipe de France, depuis deux ans, nous avons enchaîné de belles performances. Moi, je me retrouve dans ces collectifs forts. Donc mon évolution va de pair avec celles des équipes dans lequelles je joue. J’ai pris de l’ampleur, je le sais, mais tant que cela ne reste que du positif, je ne vais pas me prendre la tête.Je veux juste faire en sorte que ça dure.

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