Émile Ntamack : « Romain a répondu sur le terrain »

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Entre son repositionnement en 12 en début de tournée, les débats autour de son association avec Jalibert ou sa prestation XXL en 10 samedi, l’ouvreur toulousain a vécu un automne chargé. Son père, ancien trois-quarts international et entraîneur du XV de France, analyse ces quatre semaines.  

Son plus grand match international ?

« C’est difficile de faire une hiérarchie, mais il fait partie de ses matchs complets et aboutis. Je crois qu’il n’a pas eu de déchet. Je l’ai souvent vu réaliser de grandes performances, où il a été décisif, mais l’opposition des All Blacks vient renforcer le sentiment que c’est sûrement son plus grand match. Quand tu joues contre eux, tu te dis que l’adversité va être terrible, que tu ne pourras pas manœuvrer comme tu le veux… Je ne veux pas jouer l’aigri mais je suis habitué à voir Romain mener les siens avec brio et justesse, en club ou en sélection. Samedi soir, il a été efficace, a su prendre le jeu à son compte quand il le fallait. Sa prestation est une grande réussite. Ce match va compter car c’était un révélateur pour l’équipe et pour lui. Il marque un tournant. »

Sa relance incroyable dans l’en-but

« L’action est culottée, elle est tout ce que j’aime dans le rugby. On sent que tout devient difficile et là, tu prends le parfait contre-pied. On s’attend à calmer ou minimiser la prise de risque, et Romain ose faire ce que personne n’attend, à savoir cette relance du fin fond de l’en-but. Cela me rappelle un essai du bout du monde il y a quelques années… C’est du panache, qu’il applique car il a analysé la situation et la pression adverse. Il arrive à se débarrasser d’un joueur sur un crochet, raffûte le deuxième puis accélère. Et il y a la finition de son intervention avec cette passe aveugle pour Melvyn dans le décalage. C’est fait à 100 % de vitesse. Il s’est donné les moyens de le réaliser dans un moment où il y en avait besoin. Il aurait pu taper en tribune pour sauver la patrie quelques secondes et reprendre la pression derrière. Il a interprété le scénario avec les All Blacks qui reviennent fort. Cette séquence brise leur élan. Les matchs de haut niveau se jouent sur des actions extrêmes. Je pense aussi à son interception lors de la victoire au pays de Galles pendant leTournoi 2020 sur un trois contre un où on pouvait prendre l’essai. Il a cette capacité à renverser le cours d’un match. C’est ce qu’on attend de certains joueurs. »

L’association avec Dupont

« Le sélectionneur est là pour faire ses choix. Chacun a son avis dessus, avec des pour et des anti. Mais force est de constater que l’association d’Antoine et Romain fonctionne au Stade toulousain depuis quelques années. Elle est efficace car l’expérience commune s’acquiert au fil des compétitions. En Top 14 ou en Coupe d’Europe, ils sont habitués à jouer les matchs ensemble, à prendre les décisions qu’il faut, à évoluer sous pression. Ils sont jeunes mais ils savent élaborer un plan en commun et aller jusqu’au bout. Avec la victoire en prime souvent. On a toujours « badé » ce genre de joueurs quand ils étaient ailleurs. Aujourd’hui, quelques nations doivent nous les envier. »

Le replacement au centre cet automne

« Romain a toujours été sincère en disant qu’il se voyait comme un numéro 10, capable de jouer 12 ou 15 s’il le faut. Il a ce talent pour aider à différents postes si besoin. Quand il est passé en 12 sur les deux premiers matchs, il l’a fait avec beaucoup d’envie. Il était enthousiaste. Les coachs voulaient voir si l’association avec Jalibert était possible, voir ce qu’elle pouvait donner. Il ne s’en est pas offusqué. »

Sa sortie prématurée face aux Pumas

« On en a beaucoup parlé quand il est sorti contre l’Argentine. Il a dit clairement qu’il était frustré par son utilisation, de ne pas avoir été utilisé comme il aurait dû l’être, de pouvoir toucher des ballons. Il s’est senti inutile dans ce rôle qui l’a mis dans l’expectative. Il fallait recadrer ça et ils en ont discuté. Contre la Géorgie, on a tout de suite vu ce que pouvait donner Romain quand on le touchait, par sa faculté à bonifier les ballons pour ses partenaires. Cela a fait partie de son apprentissage. »

Son repositionnement en 10

« Romain est dans la combativité. Il est prêt à aider au poste qui convient. Mais il était aussi content qu’on lui fasse confiance à son vrai poste. La concurrence existe partout et elle n’est pas nouvelle. Jusqu’à présent, il a été assez irréprochable avec le XV de France. Le choix appartient au sélectionneur. Je dis souvent à Romain que le carré vert est roi. On peut dire beaucoup de choses mais la réalité, c’est le terrain. C’est ce qui donne raison. Il a répondu sur le terrain, de la meilleure des façons. Des détracteurs, il y en a et il y en aura toujours. Mais Romain a plutôt bien fait ce qu’il devait faire. »

Les attentes autour de son fils

« On s’est créé un personnage de Romain mais on oublie parfois qu’il fait partie des plus jeunes en sélection. On attend de lui beaucoup plus que de n’importe qui. C’est comme ça, il doit apprendre à vivre avec, en être fier, digne et responsable. Il ne sera jamais évalué comme tout autre joueur et on attend de lui des matchs faits d’exploits et de maîtrise. C’est peut-être parce qu’il a mis la barre haut très tôt. Pourtant, jusque-là, il arrive à tirer son épingle du jeu à chaque sortie. »

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