Altrad : « Il y a la place à World Rugby pour quelqu’un comme moi »

  • Mohed Altrad est devenu depuis samedi soir, le sponsor officiel des All Blacks.
    Mohed Altrad est devenu depuis samedi soir, le sponsor officiel des All Blacks. Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

Au fil de cet interview, le milliardaire héraultais évoque la patte Sant-André au MHR, le contrat d’Handré Pollard, les contacts avec Anthony Belleau et Louis Carbonel, l’avenir d’Arthur Vincent et son possible avenir à World Rugby... C’est à vous, Mohed.

Comment jugez-vous le début de saison du MHR ?

Ça a commencé doucement… Les premiers matchs, on a gratté quelques bonus mais ce n’était pas suffisant. J’attendais plus de cette équipe. Derrière ça, il y a pourtant eu un sursaut d’orgueil, une belle réaction. Le MHR s’est repositionné dans le wagon de tête ; la bonne nouvelle, c’est que nous avons joué tous les gros : Toulouse, le Racing, La Rochelle ou Bordeaux-Bègles.

Alors ?

Il reste trois matchs (Castres, Biarritz et Perpignan) avant d’achever la phase aller. J’espère qu’ils seront concluants et qu’ils nous permettront de consolider notre position sur le podium du Top 14.

De l’extérieur, il semble que ce groupe héraultais soit plus sain, qu’il y ait moins de clans que par le passé…

Philippe Saint-André et son staff ont très bien travaillé. Moi aussi, d’ailleurs ! (rires) Ne perdons pas de vue que le MHR est encore un club jeune. Ses fondements ne sont pas encore assez solides. Seul le temps pourra nous offrir les bases que possèdent les plus grands clubs.

Le retour aux affaires sportives de Philippe Saint-André fut une surprise aux yeux des observateurs. Nous étions nombreux à le penser largué, d‘un point de vue technique…

Il faut croire que vous vous êtes trompé ! L’histoire de Philippe, on la connaît. Il fut un grand joueur, un grand capitaine du XV de France. En tant que coach, il a néanmoins connu des échecs, à la tête de l’équipe de France. C’est un peu ce que retient le public, j’ai l’impression.

Peut-être…

Lorsqu’il était à la tête de l’équipe de France, il n’avait pas, non plus, la génération dorée dont on dispose aujourd’hui. […] Entre lui et moi, les premiers contacts datent du printemps 2017, à l’époque où le groupe Altrad souhaitait racheter Gloucester (Premiership). Il était à mes yeux le candidat idéal pour incarner ce projet. L’affaire a capoté et après ça, je lui ai dit : « Nous travaillerons un jour ensemble, Philippe. Si l’occasion se présente à nouveau, le job sera pour toi ». C’est ce qu’il s’est produit peu avant que n’éclate la crise liée au Covid…

La cohabitation entre Xavier Garbajosa et Philippe Saint-André fut-elle difficile, les premiers mois ?

Ça n’a pas marché, non. On a d’ailleurs déjà évoqué les raisons de cet échec. Un soir d’une nouvelle défaite (février 2020), Philippe est venu à la maison. Je ne l’attendais pas. Le sentiment d’impuissance était terrible, j’étais marqué par cette série noire. (il soupire) On avait plein de trucs… Mais ça ne servait à rien, quoi…

Que vous a-t-il dit, ce soir-là ?

« Tu as trois solutions, Mohed : tu peux garder Garbajosa ; tu peux recruter un nouveau coach ; ou alors, je peux te dépanner quelque temps. » J’ai choisi la troisième. Ce qui était au départ un dépannage s’est transformé en solution pérenne. Philippe aime le terrain. Il ne veut plus en partir. (il marque une pause, éclate de rire) Alors que j’ai envie de changer, moi ! […] Je plaisante, évidemment.

Quid de l’ancien arbitre Alexandre Ruiz ? Qu’amène-t-il à votre staff ?

Cette idée vient de Philippe Saint-André. J’ai tout de suite adhéré. Alexandre Ruiz, je le connaissais comme arbitre. Nos contacts étaient plutôt bons. Au MHR, il a changé les attitudes de nos joueurs, le comportement de nos hommes dans les rucks. Face au Stade français, nous n’avons par exemple été pénalisés qu’à sept reprises. C’est ce qui nous a d’ailleurs permis de gagner ce match à Paris (31-27).

De quel jeu rêvez-vous, au juste ? Un jeu aéré comme celui des All Blacks ? Un jeu d’avants comme celui qu’avait initié Jack White à Montpellier ?

Du « kick and rush » ! Tu tapes et tu cours ! (rires) Ce qu’ont mis en place Philippe Saint-André et son staff me plaît : un peu de force, de la vitesse et des passes. Nous faisons aujourd’hui partie des équipes ayant marqué le plus d’essais, cette année. […] C’est plaisant. C’est à la fois aéré et structuré. Ce n’est pas le jeu irlandais, quoi.

On vous suit.

Jean-Baptiste (Elissalde) amène de la fantaisie. Il ose, il teste, il donne à l’équipe une identité latine. Ça me plaît.

Il y eut, au MHR, beaucoup de changements au sein du staff technique. Avez-vous certains regrets, par rapport à ça ?

Prenons-les les uns après les autres. En dix ans, il y a eu Fabien Galthié, Jack White, Vern Cotter et Xavier Garbajosa. Chacun a apporté sa contribution. […] Le pauvre Jack White est arrivé dans une situation de marasme. Il a fait ce qu’il a pu pour sauver la saison. Il nous a fait pratiquer les basiques du jeu de rugby : conquête, défense, jeu direct. Tout le monde comprenait ce qu’il voulait faire mais nous n’avions pas un effectif bâti pour ce jeu dur. On s’est sauvé, néanmoins…

Que s’est-il passé avec lui ?

Il était sous contrat et a candidaté pour entraîner l’équipe d’Angleterre. Je n’ai pas apprécié. Normal, non ?

Énormément de Sud-Africains sont passés par Montpellier, à un moment de votre présidence. Aviez-vous une sympathie particulière pour eux ou était-ce juste un concours de circonstances ?

J’ai vraiment cru en eux. Ensemble, on a créé la fondation « Altrad Badawi Legacy », basée en Afrique du Sud. On a pris des gamins qui ne pouvaient pas aller à l’école ; on leur a offert un lit, un couvert et les moyens de s’entraîner. Tout ça s’est fait en partenariat avec le Grey College de Bloemfontein, une institution très connue là-bas. Ces enfants étaient des enfants des rues. Ils jouaient pieds nus, au départ.

Quel était le deal ?

On leur a juste dit que s’ils souhaitaient un jour devenir rugbyman pro, il fallait…

Signer au MHR ?

Non. Prévenir le MHR avant de s’engager dans tel ou tel club, afin de nous permettre de pouvoir émettre une offre concurrente.

Puisque l’on parle d’Afrique du Sud. Handre Pollard va-t-il rester ?

Son contrat se termine en juin. Il ne reste pas. Il ne le souhaite pas.

Avez-vous suivi, pour remplacer Pollard, le Toulonnais Anthony Belleau et l’Anglais George Ford ?

On a eu des contacts. Mais ça n’aboutira pas. Anthony Belleau et Louis Carbonel sont sous contrat, de ce que je comprends. Quant à George Ford, il va à Sale.

Allez-vous chercher un ouvreur ?

Oui. Il faut un demi d’ouverture de classe mondiale. Et il n’y en a pas beaucoup sur le marché.

Garder Arthur Vincent, en contacts avec Toulouse, fait-il partie de vos priorités ?

Évidemment. Arthur veut rester. Sa prolongation est en bonne voie. Touchons du bois…

Et Mohamed Haouas, alors ? On dit qu’il intéressait d’autres clubs…

Il a prolongé trois ans de plus au-delà de son contrat actuel. Il sera avec nous jusqu’en 2025.

Quid de Pieter-Steph Du Toit, élu meilleur joueur du monde en 2019 et que vous aviez un temps suivi ?

Je ne le suis plus. À ce poste, Zach Mercer est très bien.

Avez-vous eu des regrets par rapport à la carrière au MHR de Johan Goosen, sur lequel vous aviez beaucoup investi ?

Johan Goosen est un génie contrarié. En finale de Challenge européen, c’est néanmoins lui qui nous fait gagner. On retiendra qu’entre Johan et nous, la fin fut plutôt réussie.

Quel rapport entretenez-vous avec vos joueurs ? Celui de patron à employé ? De grand frère ?

C’est le même rapport que j’entretiens avec les salariés du groupe Altrad : cordial, fraternel.

Pouvait-il y avoir plus beau à acquérir que le maillot des All Blacks ?

Je ne sais pas… L’imagination n’a pas de limite…

Accompagnerez-vous Bernard Laporte en tant que personnalité extérieure, si Bernie se présente à World Rugby en 2024 ?

Je suis un homme occupé. (il soupire) Oui. Pourquoi pas… Je pense qu’il y a la place à World Rugby pour quelqu’un comme moi, quelqu’un qui a une vision sur les finances et l’économie. Le sport pro n’est pas si éloigné du business qu’on veut bien le dire. Il faut « vendre » le rugby à travers le monde. Il y a des marchés à conquérir.
 

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