Top 14 - Jiuta Wainiqolo : «J’ai deux idoles : Semi Radradra et Karim Benzema»

  • "J’ai deux idoles : Semi  Radradra et Karim Benzema"
    "J’ai deux idoles : Semi Radradra et Karim Benzema"
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Révélation des derniers Jeux Olympiques, l'ailier de Toulon, 22 ans, a tout pour devenir l’une des prochaines étoiles du Top 14. Mais qui est réellement Jiuta Wainiqolo ? Son parcours atypique, sa passion pour Semi Radradra et… Karim Benzema ou l’importance de la religion dans sa vie, le nouveau champion olympique - devenu international (une sélection) cet automne, soit quelques semaines après cet entretien - s’est longuement confié à Midi Olympique.

Jiuta, nous vous avons découvert à Tokyo, mais aimerions en savoir un peu plus sur vous. Pourriez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Jiuta Wainiqolo, je suis un joueur Fidjien de 22 ans. Je suis originaire de Namara, Vuda, un petit village d’une centaine de familles. J’ai ensuite grandi à Navua, la ville où habite ma famille.

Quel enfant étiez-vous ?

J’étais un blagueur, toujours à rigoler, sourire et faire marrer les autres. Un enfant assez simple à vivre (sourire). J’ai également trois sœurs et deux frères, mais je suis le plus jeune, le bébé de la famille, celui que tout le monde protège (rires). J’ai eu une belle enfance.

Quel métier pratiquent vos parents ?

Nous vivons dans une ferme, et mes parents ont toujours pêché, élevé des animaux. Nous avons un grand jardin, où nous faisons pousser des choux, des haricots, des tomates ou encore du manioc. Mon papa était donc agriculteur, mais il est désormais à la retraite. Ma maman, elle, restait plutôt à la maison.

Quelle est votre plus grosse bêtise de jeunesse ?

J’aimais faire rire les autres, mais je n’ai pas souvenir d’une grosse bêtise. Vous savez, je suis issu d’une famille religieuse, nous allions régulièrement à l’église. Mes parents m’ont enseigné la religion, le respect et je ne voulais pas aller à l’encontre de cette éducation.

Que représente la religion pour vous ?

Elle est indispensable dans ma vie. C’est là que je puise ma force. J’ai toujours considéré Dieu comme la source de mon bien-être. Pour moi, chaque petite chose doit être faite en pensant à Dieu, car il me regarde. Et je prie chaque jour pour l’en remercier : avant de dormir, quand je me lève, avant et après l’entraînement, etc.

Enfant, quel était votre plus grand rêve ?

J’ai toujours rêvé de devenir sportif pro. D’ailleurs, avant de jouer au rugby, j’ai longtemps fait du foot, et je ne me débrouillais pas trop mal. J’étais dans une école indienne, car il y a une grosse communauté aux Fidji, et nous passions notre temps à jouer au foot. J’étais attaquant, numéro 9 ! À cet âge, ma vie était simple : j’allais à l’école, j’étudiais, je jouais au foot, et quand je rentrais à la maison je regardais du rugby.

Auriez-vous pu faire carrière dans le football ?

En tout cas, j’avais été appelé en équipe nationale moins de 20 ans en 2016. Je m’entraînais beaucoup, mais c’est finalement à cette époque que je me suis orienté vers le rugby. La raison ? Je n’avais pas été retenu pour représenter les Fidji au championnat d’Océanie Juniors. Quelle déception… J’ai alors changé de discipline.

Wainiqolo et Cubelli dans la piscine toulonnaise
Wainiqolo et Cubelli dans la piscine toulonnaise Icon Sport - Icon Sport

Footballeur mais amateur de rugby : aviez-vous des idoles à cette époque ?

J’ai deux idoles : Semi Radradra et Karim Benzema (sourire).

Benzema ? Vous ne dites quand même pas cela car vous échangez avec un média français ?

Non, je vous jure : je suis un immense fan de Karim Benzema ! Je l’ai toujours suivi au Real Madrid, une équipe que j’admire. Mais maintenant que je suis en France, je crois qu’il faut supporter le PSG, c’est ça ?

Ça dépend de vous, mais dans la région, le club phare, c’est l’Olympique de Marseille…

Merci pour le conseil ! Non, mais c’est sincère : quand je jouais au foot, je passais des heures à regarder des vidéos de Benzema sur Youtube. Et vous verrez, je fais souvent sa célébration quand je marque (il mime cette dernière en écartant les bras).

Et pourquoi avoir choisi le rugby plutôt qu’une autre discipline ?

Même si je jouais au foot, j’adorais le rugby. Puis nous étions en 2016, année durant laquelle notre équipe de VII a remporté l’or aux JO de Rio. Le jour où l’équipe est revenue au pays, j’étais devant la télé à regarder la célébration, et je me suis mis à compter les années : "2017, 2018, 2019, 2020". Je me suis alors fait la promesse de devenir champion olympique à Tokyo, quatre ans plus tard.

Cela vous semblait-il réalisable ?

J’étais encore jeune, j’avais le temps de me préparer pour y parvenir. D’autant que je savais ne pas être maladroit. J’avais déjà joué avec l’équipe de la police, à Navua.

L’équipe de la police ? Connaissiez-vous quelqu’un ?

Non, c’est simplement qu’ils acceptaient de prendre d’autres joueurs (rires). Alors en 2016, je me suis consacré à l’entraînement : l’endurance, les sprints, les skills… Je me levais en même temps que le soleil, vers 5 heures, afin de bosser à la ferme jusqu’à 10 heures. Ensuite je mangeais et l’après-midi je m’entraînais jusqu’à 8 heures ou 9 heures, moment où j’allais me coucher.

Et ensuite ?

L’un de mes frères m’a permis de rejoindre la Ratu Kadavulevu School, l’une des meilleures écoles en matière de rugby. J’y suis allé pour étudier la menuiserie, et j’ai rejoint l’équipe des moins de 18 ans de l’école. Là, les semaines passaient, et je voyais bien que je progressais. Jour après jour, je me disais que devenir pro était une possibilité. Moi, je voulais devenir Semi Radradra (sourire). J’aime la façon dont il joue : c’est un joueur fort physiquement, mais tellement élégant.

Après la RKS, vous rejoignez l’Australie, et plus précisément les Cronulla Sharks, une équipe de rugby à XIII. Pourquoi ?

Car si je jouais surtout au XV, j’avais également testé le XIII à l’école. Et nous avions remporté le championnat scolaire national, en battant toutes les écoles du pays. Les Sharks m’ont alors proposé de rejoindre leur équipe de moins de 20 ans. J’ai immédiatement accepté, car Radradra avait lui aussi démarré par le XIII, et comme je voulais m’inspirer de son parcours…

Pourquoi être parti après seulement une saison ?

Je donnais le meilleur de moi-même mais je n’ai jamais réellement su ce qu’ils pensaient de moi. Je voulais devenir pro, mais on ne m’a rien proposé. Ça m’a mis un coup au moral et j’ai fait le choix de rentrer aux Fidji pour me focaliser sur le XV. Ça tombait bien : le coach de mon école évoluait dans une équipe (Nabua Rugby Club) et m’a demandé si je voulais le suivre. J’ai été performant, et j’ai ensuite été sélectionné par Suva pour disputer la Skipper Cup (championnat des provinces fidjiennes). Là, mes performances m’ont permis d’être appelé pour jouer avec les Fijian Drua, en NRC (compétition nationale australienne à laquelle participait la franchise fidjienne).

Et ensuite ?

J’ai continué de progresser, ce qui m’a permis d’être appelé par les Flying Fijians pour un match contre les Barbarians (en 2019, N.D.L.R.). Cette rencontre m’a alors ouvert la porte de l’équipe des Fidji à VII.

Votre rêve olympique allait enfin devenir réalité…

Pourtant j’étais encore loin des JO. Pendant deux ans, les entraînements ont été tellement durs… J’étais parfois sur le point d’abandonner, je n’avais jamais connu ça. Mais je n’ai rien lâché.

Et finalement, en juillet 2021, vous finissez par remporter les Jeux. Qu’est-ce que cela représentait pour vous ?

Bien plus qu’une simple victoire. Vous savez, aux Fidji, nous avons connu un confinement strict de cinq mois avant les JO. L’équipe était dans une bulle sanitaire à Suva. Nous n’avions qu’une chose à faire : s’entraîner. Beaucoup se sont posé la question de quitter le camp d’entraînement mais nous nous sommes accrochés.

Jiuta Wainiqolo célèbre sa médaille d'or avec les JO
Jiuta Wainiqolo célèbre sa médaille d'or avec les JO PA Images / Icon Sport - PA Images / Icon Sport

Qu’est-ce qui vous a retenu ?

Le staff a réalisé un travail spirituel qui nous a donné une force inexplicable. Quand nous étions blessés, le capitaine répétait : "si l’un de nous meurt ici, nous mourrons tous ici". Et même si cela nous a coûté de nombreux sacrifices, c’est ce qui nous a permis de ramener la médaille d’or. Puis vis-à-vis de nos compatriotes, nous n’avions pas le droit de perdre. Avec ce que vivait notre pays… Les gens bloqués à la maison, ceux qui décédaient… On jouait pour tous les Fidjiens, la défaite était inenvisageable. L’or olympique devait rester aux Fidji.

Il y a moins d’un million d’habitants aux Fidji, mais des dizaines de joueurs évoluent dans les meilleurs championnats du monde : comment faites-vous ?

Le rugby a toujours été le sport le plus populaire aux Fidji, mais il a connu une explosion totale grâce au VII. Voir notre équipe remporter des Coupes du monde et les JO a rendu la nation fière : c’est un sport très inspirant, et tout le monde le pratique. Vous trouvez une bouteille et deux copains ? On a un ballon, on peut faire un rugby. Une noix de coco ? Pareil. Et à l’école, on prenait les livres, on déchirait quelques feuilles qu’on mettait en boule, et voilà, nous avions un ballon (rires).

Individuellement, les Fidjiens sont-ils les joueurs les plus talentueux du monde ?

Je pense, oui : n’importe quel Fidjien a un talent particulier, ses propres skills, ses propres crochets. Sur un tournoi de VII, tu ne croises jamais un joueur "moyen". Et le niveau des compétitions nationales est supérieur à celui des compétitions internationales. D’ailleurs, le championnat local est certainement plus élevé que les JO.

À ce point ?

Quand nous préparions les JO, nous avons affronté tous les clubs de VII fidjiens. Nous avons gagné tous les matchs, mais jamais avec un grand écart, c’était incroyable.

Que connaissiez-vous de Toulon avant de venir ?

Plus jeune, je tapais souvent "Toulon" sur internet. C’était vraiment un club mythique pour moi. Je savais que Ma’a Nonu, Quade Cooper, Semi Radradra, Sonny Bill Williams, Jonny Wilkinson, Josua Tuisova ou encore Bakkies Botha avaient joué pour le RCT. J’ai toujours été un grand fan, et je suis si heureux de pouvoir jouer pour ce club.

D’autres clubs vous ont-ils contacté ?

La Rochelle et Biarritz, notamment. Mais Toulon était une évidence pour moi.

Et des clubs de XIII ?

En rentrant des JO, les Cowboys (équipe australienne) m’ont demandé de les rejoindre, mais j’avais déjà signé à Toulon. Peut-être qu’un jour je retournerais au XIII, je ne sais pas. Mais aujourd’hui, ma seule priorité est de me faire un nom à XV.

Plus jeune, vous rêviez de devenir pro et de remporter les JO : vous avez réalisé les deux. Que peut-on vous souhaiter pour le futur ?

J’aimerais devenir l’un des meilleurs joueurs qui n’a jamais joué à ce sport. Je veux disputer des Coupes du monde, et pourquoi même ne pas rêver d’en remporter ? Enfin, je veux me retirer au même âge que Sergio Parisse, pas avant (rires).

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Pierrick ILIC-RUFFINATTI
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