L'édito : deux ans, l'heure du bilan

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L'édito du lundi par Léo Faure... C'était il y a deux ans et, pardonnez-nous, on s'autorise d'emblée cette remarque de vieux con avant l'âge : Dieu que le temps passe vite. Deux ans que Fabien Galthié, ses lunettes de plexiglas et son verbe intrigant a mis la main sur les destinées du XV de France. Un peu plus de deux ans, même, si on veut bien à réécrire l'histoire dans une version plus fiable que ce que la com' fédérale avait concocté, à l'époque : dès le Mondial japonais, « l'adjoint comme les autres » de Jacques Brunel était surtout « le patron pas comme les autres » du sportif. Il avait déjà œuvré à un premier redressement du navire bleu en perdition.

C'était il y a deux ans, pour y revenir, que nous avions rencontré le nouveau sélectionneur pour son premier entretien en long format. Dans ce premier moment de communication, il y avait déjà tout ce que Galthié allait être dans les semaines et mois qui suivirent.

Le choix du lieu, pour commencer : par coutume faisant force de loi, les sélectionneurs précédents avaient été reçus dans les locaux de « Midol », à la rédaction, pour leur premier temps médiatique. Cette fois, Galthié imposait son lieu pour d’obscures raisons d'organisation qui ne valaient guère : la maison du rugby, toujours à Toulouse, où il tenait pour trois jours un séminaire de travail avec l'ensemble de son nouveau staff. Exactement 8,03km à vol d'oiseau.

Plus qu'une difficulté de déplacement, Galthié tenait au symbole. Aux symboles, même, le pluriel se justifiant par ce qui suit.

La symbolique du travail, d'abord. En jouant à domicile plutôt qu'à l'extérieur, Galthié gagnait sur les bouchons du périphérique toulousain une demi-heure de travail supplémentaire avec son staff. Et ne manquait pas de le faire savoir : « chaque minute compte, nous sommes dans une course contre la montre pour être prêts le jour J. »

Autre symbolique : la maison du rugby où il recevait, c'est la maison « de tous les rugbys » et surtout celui des clubs amateurs, auxquels le sélectionneur ne manque jamais de rendre hommage dans ses discours et ses actes.

Symbole encore : au long de cet entretien, il renvoyait toutes les thématiques ou presque à une grille de lecture psychologique. A notre arrivée, dans une fausse désinvolture, il avait laissé traîner dans notre champ visuel son ouvrage de chevet. Un livre à la titraille plus proche d'une thèse universitaire que d'un futur prix Goncourt : « L'usage du vide – Essai sur l'intelligence de l'action, de l'Europe à la Chine ».

La psychologie semblait un brin obséder celui qu'on avait justement décrit si cassant, par le passé, dans son management des Hommes. Comme s'il se savait à cet endroit en danger et perfectible. Il parlait de psychologie du joueur, et de celle du collectif. Il relançait lui-même les questions sur son passif et ses diverses anicroches, à Toulon et Montpellier, comme pour mieux les purger une bonne fois pour toutes.

Galthié évoquait ce qui semblait alors des bizarreries et deviendrait bientôt le quotidien des nouveaux Bleus. Par exemple : ces temps, lors de chaque temps mort, où les joueurs se retrouveraient en cercle pour un moment de respiration consciente tout droit tirée de la méditation. Son rapport à son passé, son parcours et son histoire personnelle qui suivraient chacun des joueurs sur les routes du XV de France, comme un sac à dos solidement accroché.

La méthode, radicalement tournée vers la performance, évidemment plus moderne que ce qui avait pu se pratiquer les années précédentes, intégrait l'homme avant le joueur. Galthié, déjà, avait compris que ce XV de France souffrait bien autant de carences mentales et que d'un déficit de talent.

La précision du travail proposé devait faire le reste. Et Galthié, assez sûr de son fait, réclamait alors qu'on juge sa méthode sur ses résultats. Deux ans plus tard, ses résultats sont enthousiasmants à défaut d'être parfaits. Ils ouvrent vers un champ de tous les possibles. De tous les rêves. Demain, le Tournoi 2022. Après-demain, la Coupe du monde 2023 en France. Dieu que le temps passe vite.

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