Bordeaux ou la conquête d’une ville

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L’UBB est sur une dynamique impressionnante. Deux saisons brillantes et une entame très prometteuse pour la troisième. Retour sur l’histoire et l’identité d’un club qui a redonné l’amour du rugby à toute une ville et à tout un département qui l’avaient, un temps, oublié.

C’est un signe qui ne trompe pas. Un promeneur nonchalant dans les rues de Bordeaux et de sa périphérie ne peut pas les manquer : les drapeaux. Chez un carrossier, dans un bistrot, accrochés aux balcons ou derrière des fenêtres, sur la plage arrière des voitures. Les oriflammes à l’effigie de l’UBB sont omniprésentes. Depuis cinq ou six ans, ils ont clairement pris le dessus sur les bannières des Girondins de Bordeaux, l’autre gloire du sport local. Jamais les prédécesseurs de l’UBB, Bègles et le Stade Bordelais n’avaient bénéficié d’une telle côte d’amour ou de telles preuves d’amour, aussi visibles à tous les coins de rue. La réussite de l’UBB, c’est d’abord l’histoire d’une popularité que personne n’a vu arriver. En fait, les amateurs de rugby bordelais ont un privilège très rare, ils ont vu depuis une petite dizaine d’années leur rêve se réaliser en majesté. Finalement, ça n’arrive pas si souvent dans une vie, une vie de supporteurs ou une vie en général, de voir ressurgir un paradis perdu. Ils ont même expérimenté un nirvana inespéré ; des matches à plus de 20 000 personnes comme s’il en pleuvait. Même Toulouse, la métropole voisine, s’est trouvée dépassée sur ce terrain-là. Et personne ne fait mieux en Europe, les Bordelais de plus de quarante ans se demandent parfois s’ils ne rêvent pas.

La ville de rugby qui s’ignorait

Ils se rendent compte que Bordeaux était donc une ville de rugby qui s’ignorait ou qui s’était oubliée peut-être aussi parce que le football, à partir des années 40, avait su y trouver sa place avec de vrais succès et de vrais mythes : Giresse ou Zidane. Qui dans les années 2000 aurait imaginé qu’un club de rugby bordelais regarderait vers les sommets ? Car en 2003, Bègles fut relégué administrativement en Pro D2 : trop de déficits, trop de projets de reprise chimériques. L’année suivante, le club fut même obligé, sportivement cette fois, de rejoindre les ténèbres de la Fédérale 1. Il croisa dans l’ascenseur son rival historique, le Stade Bordelais, promu en Pro D2 mais sans moyens. Le rugby bordelais se retrouva donc recroquevillé sur sa base, ses amateurs purs et durs, menacés par le poison délicieux de la nostalgie. Le rugby des grands clubs ne passait plus par la Gironde devenue terra incognita. Heureusement que quelques matchs de phase finale faisaient encore escale au Parc Lescure. Quelle humiliation pour une ville qui avait reçu neuf boucliers de Brennus, le premier en 1899, le dernier en 1991. Une ville dont le maire historique, Jacques Chaban-Delmas (48 ans de mandat) avait joué en équipe de France (une fois en 1945). Là où il est, l’ancien Premier ministre décédé en 2000, doit de frotter les mains et saluer de son timbre si particulier les exploits de ce club qui a élu domicile dans l’enceinte qui porte désormais son nom.

Séance d’entraînement pour les Bordelais de Maxime Lucu sur des installations désormais à la hauteur des ambitions du club.
Séance d’entraînement pour les Bordelais de Maxime Lucu sur des installations désormais à la hauteur des ambitions du club. Icon Sport - Icon Sport

Mais il a fallu faire des sacrifices pour en arriver là, même s’ils semblent dérisoires quinze ans après. L’UBB est née de la fusion entre les deux voisins et rivaux, Bégles au sud et le Stade Bordelais au nord : deux clubs aux trajectoires parallèles et très dissemblables. En 2006, après un intense travail diplomatique, la jonction fut enfin réalisée pour qu’un club unique reparte en Pro D2. Un nom émergea : l’Union Bordeaux-Bègles.

Et puis, il y a dix ans en 2011, soit dix ans après le dernier titre du CABBG, un peu effarée, la Gironde assista à la remontée de l’UBB, un destin inattendu quand on y pense bien. Le club, entraîné par Marc Delpoux et Vincent Etcheto avait terminé cinquième de Pro D2, personne n’a pu égaler cette promotion aux forceps. « Nous étions montés avec le septième budget de Pro D2, nous sommes maintenus avec le quinzième budget de Top 14 », aime ironiser le président Laurent Marti. Lors de sa première saison en Elite, il y avait un club de deuxième division mieux armé que l’UBB de l’époque.

Mais les deux matchs décisifs de 2011, la demie de Grenoble et la finale d’Agen face à Albi ont tout fait basculer, car un club de Pro D2 dans une grande ville, ça n’intéresse pas grand monde. « Sans cette montée rapide, c’est sûr, je ne sais pas si on en serait là », poursuit Laurent Marti.

Depuis, il y a eu bien des péripéties, des hauts et des bas, mais le club s’est hissé peu à peu vers son Graal, le Top 6, atteint en 2021.sous l’autorité de Christophe Urios.

Et si le covid avait été une bonne nouvelle ?

À l’heure où nous écrivons ces lignes, l’UBB était deuxième du Top 14 juste derrière Toulouse. L’effet Christophe Urios, manager en poste depuis 2019, continue de jouer à plein. Quand l’épidémie de Covid a arrêté le championnat en 2020, l’équipe caracolait en tête du Top 14, et c’est peut-être un titre qui s’est envolé. Mais un an plus tard, elle a vécu ses premières phases finales, trois demies dans la même saison, deux sur le plan européen, une sur le plan national.

En fait, cette crise du Covid, Laurent Marti a fini par lui trouver des vertus. « Oui, cette crise a démontré la solidité de notre club. On s’est rendu compte que nos partenaires nous sont restés fidèles. Non seulement, ils se sont réengagés, mais leur soutien est en progression. Pour le public, c’est pareil avec la fin de la jauge qu’est-ce que l’on constate. Sans matchs de gala, nous avons déjà fait deux fois plus de 22 000 personnes. » On avait pourtant senti le président inquiet au début de la crise. Jouer devant des gradins vides, ça aurait pu vite tourner à la catastrophe pour un club dont le trésor, c’est justement ce public en or. Et même s’il s’est montré généreux personnellement à plusieurs reprises pour équilibrer les comptes, le président n’a pas la carrure des grands mécènes du Top 14. À son arrivée, il n’aurait jamais pensé qu’il pourrait créer cette dynamique le jour où il a décidé d’installer le club à Chaban-Delmas, l’arène historique du centre-ville laissée libre par les Girondins de Bordeaux. C’est ce qu’il faut bien comprendre, les gens avaient du mal à se rendre à Bègles, et ses petites rues labyrinthiques, son manque de places de parking. Beaucoup de personnes ne savaient même pas où se situait exactement le stade de Musard devenu André-Moga, alors que tous les habitants du département 33 connaissaient parfaitement l’ex-Parc Lescure qui jouxte les grands boulevards. « La première fois que j’ai tenté le coup en Pro D2, on faisait 2500 spectateurs. Le chiffre de l’affluence de notre premier match, ne s’est jamais effacé de ma mémoire : 20 158 spectateurs. » Ce jour-là, Laurent Marti a compris qu’une voie nouvelle s’ouvrait.

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