L'édito : Urios, le double-projet

  • Christophe Urios avant le match face à La Rochelle
    Christophe Urios avant le match face à La Rochelle Icon Sport - Icon Sport
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L'edito du vendredi par Léo Faure... Il faut reconnaître le mérite là où il s’impose. Et celui d’Ugo Mola est évidemment grand d’avoir pris la succession du "monstre" Guy Novès – n’est-ce pas le pire des cadeaux ? -, d’avoir maintenu le cap de sa méthode malgré deux premières saisons ratées, d’avoir encaissé le sale boulot d’une fin de cycle et du changement de génération qu’elle imposait pour remettre le Stade toulousain tout en haut de l’affiche française. Puis continentale.

Il y a une méthode Mola, un rapport aux hommes et à leur responsabilisation, un esprit d’initiative inculqué et encouragé, assumant au passage la prise de risque et, donc, l’échec potentiel. Une certaine science du recrutement, aussi, quand les erreurs de casting ces dernières années se comptent sur les doigts d’une main pour la maison rouge et noire.

Pour son alter ego Christophe Urios, dont l’inimitié est désormais publique et assumée, il faut saluer ce petit plus : il n’y a donc pas une, mais plusieurs "méthodes Urios". En tout cas, en ce qui concerne les croyances rugbystiques.

Passé les gifles de l’apprentissage à Castres (2002-2005) et Bourgoin (2005-2007), l’entraîneur des Corbières a déboulé dans les lumières de la gloire avec Oyonnax. Sensation : d’un effectif certes solide, mais jamais taillé pour s’imposer dans les hautes sphères du rugby français, Urios avait fait un champion de Pro D2 (2013), d’abord. Puis, en seulement deux saisons, un club européen et qualifié pour les phases finales du Top 14 (2015).

Le tour de force était ahurissant, par l’optimisation des moyens et l’effectif finalement modestes à sa disposition. Et un projet taillé sur mesure : du combat, énormément. De l’orgueil, un froid réalisme et quelques joueurs de talent supérieur aux postes clés.

Reprenant les mêmes méthodes, Urios récidivait à Castres : un effectif calibré pour jouer la qualification, pas plus. Mais une incommensurable rage de vaincre qui, en 2018, offrit un cinquième Bouclier de Brennus au CO après avoir marché sur Toulouse, le Racing et Montpellier en phase finale. Excusez du peu.

Urios avait doublement éprouvé une méthode qui marche. Titres à l’appui. Alors, il fallait une sacrée dose de recul pour tout casser et reconstruire différemment, au jour où il a débarqué à l’UBB.

Plus réputé pour la force de son management que celle de son analyse, de son propre aveu nettement plus passionné par le sujet humain que celui du rugby pur, Urios a commencé par écouter ses nouveaux joueurs et prendre le pouls de leur écosystème. À Bordeaux, grande ville, il ne fallait pas seulement gagner : il fallait séduire, construire une offre de rugby spectacle.

Démontant ce qui avait fait sa consécration, repartant d’une feuille blanche, il a mis sur pied un rugby qui gagne - c’est la priorité - mais qui plaît tout autant. Équipe spectaculaire, celle qui inscrit le plus d’essais en Top 14, l’UBB semble aujourd’hui la plus à même de titiller l’armada du Stade toulousain, tout en haut de la hiérarchie du rugby français. Avec, il faut le reconnaître, un effectif nettement moins constellé de stars de ce jeu.

Samedi, les deux clubs se retrouvent. Un premier match de saison régulière, sans enjeu létal. Au rythme où vont les choses, difficile toutefois d’imaginer Bordeaux et Toulouse ne pas se croiser en phase finale, au printemps. Après le temps des rivalités modernes entre Toulouse et Paris, Biarritz et Toulouse, Clermont et Perpignan ou Clermont et Toulon, bienvenue dans l’ère des Toulouse-Bordeaux. Cela pourrait durer quelques années.

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