Pro D2 - Portrait : Léo Coly, Landes rêveur

  • Léo Coly - Demi de mêlée du Stade Montois.
    Léo Coly - Demi de mêlée du Stade Montois. Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

À 22 ans, Léo Coly survole le Pro D2. Il en est le leader avec son équipe, il en est le meilleur marqueur d’essais et le meilleur réalisateur. Il y a encore quatre ans, ils étaient peu à miser sur une telle réussite. Récit d’une ascension fulgurante.

Si la perfection n’existe pas dans le sport, Léo Coly s’en approche au plus près depuis le début de la saison. Sous les couleurs de Mont-de-Marsan, le demi de mêlée occupe la première place de toutes les catégories : on le retrouve au sommet du classement général avec sa surprenante équipe, en tête du classement des meilleurs marqueurs avec sept essais à son actif et en pole position des artilleurs du haut de ses 152 pions.

Le tout en ayant disputé « seulement » neuf journées sur douze. Cette efficacité statistique rare va de pair avec une aisance visuelle : balle en main ou au pied, rien ne semble pouvoir arrêter le Landais d’adoption dans son ascension. Deux ans après avoir décroché le titre de champion du monde des moins de 20 ans en Argentine, il s’ouvre encore plus grand les portes de l’élite et bien plus.

« Et là, il me regarde et me rit au nez : « Je ne pense pas avoir le niveau. » Il ne croyait pas du tout en lui. » Joan CAUDULLO, ancien directeur du centre de formation de Mont-de-Marsan

À 22 ans, Léo Coly présente tous les signes distinctifs d’un surdoué au destin cousu d’or. Mais les apparences peuvent être trompeuses. Dans les alentours du stade Guy-Boniface, les intimes connaissent l’envers du décor de l’épatante réussite du natif de Rennes. À une discussion ou une main tendue près, la réalité aurait été toute autre. Joan Caudullo se remémore ce tournant décisif, au printemps 2017, quand sa route avait croisé celle du jeune numéro 9 : « Quand j’ai pris mes fonctions au centre de formation du Stade montois, j’avais tenu à organiser un entraînement pour voir tous les potentiels que l’on avait sous la main et quelques jeunes qui venaient d’un peu partout se tester. Je voulais voir sur qui je pouvais compter et me faire ma propre idée, tout simplement. Leo finissait alors son année Crabos. Il jouait rarement, il y avait deux autres 9 devant. Lui était en double licence avec Biscarrosse et les entraîneurs donnaient la priorité aux joueurs du club. Je ne veux pas les dénigrer mais bon… En le voyant, ce jour-là, tout le monde s’est dit : mais c’est ce qui ce petit black ? Le niveau général était assez faible mais j’ai tout de suite vu qu’il avait du talent. » 

Problème de taille : Léo Coly, le premier, en doute. Joan Caudullo décide alors de forcer ce destin en suspens : « Je me revois le choper à la plaine des jeux, un soir : « Leo, faut qu’on parle. Tu vas rentrer au centre de formation, tu as des qualités, tu as la passe, les deux pieds… » Et là, il me regarde et me rit au nez : « Je ne pense pas avoir le niveau. » Il ne croyait pas du tout en lui. J’avais eu un appel de Biscarrosse aussi derrière. Les gens du club me disaient qu’il ne jouerait pas en première chez nous et qu’ils en avaient besoin en Honneur. C’était leur meilleur joueur, je les comprends. Je leur avais promis : « Mais si, vous verrez, il a ce qu’il faut pour jouer au haut niveau. » Finalement, quelque temps après, il m’a rappelé pour me dire oui. » 

Des passes à minuit

Léo Coly mène alors de front ses études de Staps à Tarbes et ses classes à Guy-Boniface. « La première année, il ne jouait pas trop. On essayait de le mettre en confiance, on le mettait en 15 et en 10 aussi. Puis lors d’un match à Pau, il était passé complètement à côté. Dans la foulée, il nous avait annoncé : « J’arrête Staps, sinon je n’évoluerai pas. » Il s’est installé à Mont-de-Marsan et a commencé un BTS MUC. On lui a donné trois bricoles pour qu’il puisse se loger et manger, sa maman l’a aidé… À partir de là, il a vrillé. Il était à 100 % dans sa carrière. Il a évolué physiquement et a mis tout le monde d’accord. » 

De joueur de complément en Crabos, il passe au statut d’Espoir affirmé puis à celui de prétendant à l’équipe première : le 7 décembre 2018, à tout juste 19 ans, il entre dans la cour des grands à Bourg-en-Bresse. Rémi Tales, alors ouvreur, se remémore cette découverte : « C’était vraiment le petit jeune qui montait. Il était encore tout gamin et m’a fait me sentir vieux. On l’appelait Gregan car il lui ressemblait. J’avais été marqué par sa maturité pour un si jeune âge. Il savait ce qu’il fallait faire pour réussir : il avait soif d’apprendre, de comprendre. »

À l’hiver, sa carrière s’accélère. Rémi Tales retrace la fulgurante ascension de celui qui est devenu son protégé : « Tout est allé tellement vite : il était à Biscarrosse, il signe au dernier moment au centre de formation, il est retenu avec France moins de 20 développement puis, dans la foulée, il part à la Coupe du monde en troisième joueur et finit champion du monde comme titulaire. Il y avait dès lors beaucoup d’attentes autour de lui. » 

À l’été 2019, Léo Coly s’impose comme la nouvelle sensation des Landes, aux côtés de son compère ailier Alex De Nardi. Mais le plus dur reste à venir. « Dans la foulée, il y a eu une saison galère pour tout le monde au club et notamment lui, reprend l’ancien ouvreur du XV de France. Il a eu des moments compliqués. On a essayé de garder le lien avec lui, de le remotiver quand il faisait un peu moins d’efforts. Heureusement, il a eu l’intelligence de se servir de cette situation merdique pour rebondir : il a appris dans la difficulté, il a cerné ses erreurs. » 

En toutes circonstances, la lucidité et la compréhension sont restées de précieux alliés : « Je lui avais dit après son titre de champion du monde qu’il avait beaucoup progressé mais qu’il allait être sur un plateau pendant un ou deux ans, raconte Joan Caudullo, revenu à Montpellier à l’été 2020. La saison passée, il m’a envoyé un message : « Tu te souviens du plateau dont tu m’avais parlé ? Et bien, je suis en plein dedans. » Il savait où il était mais aussi qu’il allait remonter. Il a un talent fou mais a aussi une capacité d’autoévaluation extraordinaire. » Couplée à une exigence rare.

« Il y en a des tas d’anecdotes à ce sujet, se remémore l’ancien talonneur. Je me souviens d’un match amical contre Biarritz. À 5 mètres de l’en-but, il fait une passe à Nicolas Garrault qui commet un en-avant. Le soir, on était en train de boire un verre, il devait être minuit, et il a pris les ballons pour travailler sa passe car il estimait qu’il aurait dû faire mieux sur le coup. » « Il en devient « pec », affirme Rémi Tales. S’il n’est pas content de sa séance de tirs du matin, il revient le soir. » 

« Il a énormément de sollicitations »

Cette addition d’efforts et de promesses l’a propulsé au sommet de son art depuis l’été : « Tout lui réussit, c’est vrai », note son entraîneur. Et ce, quel que soit le temps ou la physionomie des matchs : « Il a toutes les armes en sa possession : il peut mettre de la vitesse ou bien gérer le jeu, car il a une très bonne vision et une très grosse qualité au pied. On peut mettre en place toutes les stratégies que l’on veut avec lui. »

Actuel meilleur joueur du Pro D2, Léo Coly attise logiquement de la convoitise à l’étage au-dessus. Et ce en dépit d’un contrat courant jusqu’en juin 2025 : « Quand il était en négociations, il m’avait appelé pour en parler, explique Joan Caudullo. Le club de Mont-de-Marsan lui avait tendu la main. Même s’il devait partir avant, s’engager sur le long terme lui permettait de travailler sereinement et, dans l’autre sens, ça ferait gagner de l’argent au club. » 

Rémi Tales en est conscient : sa pépite risque de briller ailleurs, dans un avenir proche : « Il a énormément de sollicitations et il doit se poser beaucoup de questions. Mais ce sont des bonnes questions. C’est à lui de choisir quelle direction il veut donner à sa carrière : il peut rester un an de plus avec nous ou bien partir en Top 14. L’important est qu’il reste focalisé sur la saison qu’il vit. » Joan Caudullo, en connaisseur du personnage, pose l’équation : « Je ne pense pas que ça lui irait d’être second ou troisième choix d’un club. Il a besoin de rayonner pour être bien. Personnellement, ça ne m’inquiéterait pas qu’il passe une saison de plus au Stade, même si c’est en Pro D2. » 

Tôt ou tard, le plus haut niveau lui est promis. Là où il pourra se mesurer aux grands noms du poste, les Dupont, Couilloud, Serin et autres Parra. Joan Caudullo, désormais directeur du centre de formation de Montpellier, sourit : « Quand on me demande pourquoi j’ai choisi d’encadrer des jeunes plutôt que d’entraîner les pros, je prends l’exemple de Léo Coly. C’est une de mes plus belles joies de le voir s’épanouir. Alex de Nardi, même un aveugle aurait su qu’il était bon. Mais pour Léo, on s’est battu, on a fait des choses. Après, ce qu’il réalise, c’est grâce à lui avant tout. C’est réellement une belle histoire. » Qui n’en est encore qu’à ses débuts.

« Il a eu l’intelligence de se servir de cette situation merdique pour rebondir : il a appris dans la difficulté, il a cerné ses erreurs. » Rémi TALES entraîneur des lignes arrière de Mont-de-Marsan

Digest

Né le : 9 septembre 1999 à Rennes

Mensurations : 1,75 m, 78 kg

Poste : demi de mêlée

Clubs successifs : Biscarrosse (2012-2018), Mont-de-Marsan (2018-)

Sélections nationales : moins de 20 ans.

Palmarès : champion du monde moins de 20 ans en 2019.

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