Didier Lacroix : « Avec Laurent Marti et Vincent Merling, on partage des points de vue »

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Didier Lacroix (Président du Stade toulousain) En souffrance il y a quelques années, le modèle économique de son club est de nouveau loué, même si lui se veut prudent avant d’en tirer des conclusions.

Les trois clubs qui ont le vent en poupe sont donc ceux qui se basent sur une économie réelle. L’aviez-vous aussi constaté ?

Oui, le constat est objectif. Mais la problématique qui est la nôtre dans une économie réelle, on l’a vu avec la crise du Covid, c’est la fragilité. C’est un cercle vertueux : dès lors qu’il y a des résultats sportifs, un certain engouement, du public, des partenaires et du merchandising, nos clubs ont une vraie capacité à se hisser aux premières places. Pour autant, dès que la machine s’enraye sur un plan sportif, donc sur celui de l’attractivité, il n’y a plus forcément les capitaux et l’assise nécessaires. J’ai envie de dire que, tant qu’on est dans ce cercle vertueux, tout se passe bien. Mais…

Oui ?

N’oublions pas que le cadre général est celui du salary cap, permettant d’amener l’économie des clubs concernés à l’équilibre. Les bons résultats sont possibles à condition d’avoir un salary cap contenu.

Y a-t-il tout de même une relation de cause à effet entre cette économie et les résultats ?

Ce n’est pas mathématique et prouvé. Dans un contexte identique, on peut très bien trouver des clubs avec une économie différente, comme le Racing ou Montpellier, et un gros niveau de performance. Je sais que l’économie n’est pas un gage de réussite. Sauf que chez nous, si on est en réussite sportive, on est de fait en meilleure réussite économique, donc plus à l’aise dans la défense de nos budgets.

L’obligation de résultats sportifs est-elle donc plus forte dans ce genre d’économie ?

C’est une évidence. Ce sont justement ces résultats qui permettent d’engager la machine. Puis cet amorçage crée du public, de l’économie et ainsi de suite. En cas de mauvais résultats et d’attractivité moins grande, l’économie s’en ressent assez rapidement.

Il y a quelques années, cette économie réelle était jugée désuète. Aujourd’hui, certains clubs avec un argentier à leur tête font moins d’extravagances financières…

Il y a peut-être moins de coups médiatiques en termes de recrutement et la richesse des effectifs s’est sûrement un peu atténuée. Mais, encore une fois, je ne suis pas sûr que ce soit lié à l’économie. Ou alors, l’explication viendrait de la reconnaissance du travail en profondeur, avec une vision de plus long terme pour éviter les "à-coups". Honnêtement, je suis mesuré là-dessus. Si je parle de Toulouse, la stabilité - que l’on recherche avec un besoin de sécurisation - est certainement louable dans un vestiaire. Mais, je demeure très vigilant avant d’affirmer quoi que ce soit.

Pourquoi ?

Parce que, même avec une économie totalement différente, la mayonnaise peut prendre dans des équipes en capacité d’avoir une parfaite osmose. Personnellement, à l’heure de trouver une explication, je suis assez persuadé que nous sommes dans une situation plus conjoncturelle que structurelle.

Avant la dernière finale de Top 14, vous disiez que, malgré votre affrontement pour l’élection à la LNR, vous vous sentiez plus proche de Vincent Merling en termes de gestion de club que d’autres présidents…

Oui, c’est une réalité. Les élections de la LNR ont généré une certaine cassure, plus médiatique qu’effective d’ailleurs. Il me semblait qu’une autre thématique était au centre des discussions, qui n’était pas liée au modèle économique mais à l’évolution des choses autour de l’équipe de France, de la FFR et de l’objectif Coupe du monde. Cela a davantage prévalu sur cette élection. Il n’empêche, j’ai un énorme respect et une relation particulière avec Vincent Merling ou Laurent Marti. Cela ne signifie pas que ce n’est pas le cas avec les autres présidents mais on a des points communs. Voilà, il y a eu la conjonction des élections et celle de la réussite du Stade toulousain, de ce que cela peut générer.

C’est-à-dire ?

On a la chance, dans le rugby, de garder des rapports courtois et polis, pas juste policées, avec les personnes dont on se sent parfois le moins proche. Laurent Marti et Vincent Merling sont évidemment des gens avec qui on partage des points de vue sur le contenu sportif et économique.

Vos modèles vous poussent à avoir des stades pleins. La crise sanitaire traversée a-t-elle servi de prise de conscience sur ce besoin ?

Oui. Une personne qui le nourrissait déjà dans ses déclarations, c’était Mourad Boudjellal. Il défendait souvent le Stade toulousain car il avait une réalité économique devant lui qui l’amenait à dire que notre club remplissait les stades, dont le sien. Je ne citerais personne mais certains clubs, même avec un effectif reluisant, n’étaient pas capables de remplir le leur. Toulouse, en toute humilité, crée de l’affluence dans tous les stades, pas seulement le nôtre, avec souvent des guichets fermés quand on se déplace. Notre club génère les plus grosses audiences à la télévision, donc un intérêt du diffuseur qui se monétise et se transforme en revenus supplémentaires sur l’ensemble du rugby français. C’est aussi ça, une position de leader. Pas juste de succomber à certaines vilaineries que j’entends sur le "rugby cassoulet" alors qu’on n’a pas l’impression d’être avantagé, loin s’en faut.

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