Chris Ambadiang à propos de Ludovic Radosavljevic : « S’il veut m’appeler... »

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    Chris Ambadiang à propos de Ludovic Radosavljevic : « S’il veut m’appeler... » Icon Sport
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S’il n’a rien oublié, l'ailier nivernais Chris Ambadiang tend la main à son agresseur.

Quel souvenir gardez-vous de ce match du 3 septembre 2021 ?

Chaque fois que l’on m’a demandé ce qui m’était arrivé ce jour-là, je ne me suis pas senti à l’aise. Pour moi, c’était comme rouvrir une vieille blessure. Et je n’aime pas remuer le couteau dans la plaie. Je préfère garder les bons moments. Car le reste fait mal. Ce jour-là, avant de réagir, j’ai décidé de laisser l’homme qui m’avait insulté (Ludovic Radosavljevic N.D.L.R.) réfléchir à ce qu’il venait de dire. J’ai préféré garder le contrôle de moi-même, afin de ne pas être guidé par la colère. Après, j’ai exprimé mon opinion sur les réseaux sociaux. Car ce qui s’est passé au cours de cette rencontre, on ne peut pas l’admettre dans notre société.

Au football, on a parfois vu des joueurs essayer de sortir du terrain après avoir été victimes d’injures racistes. Au moment des faits, pourquoi ne pas tenter de quitter le terrain ?

Quand cela s’est produit, peu avant à la mi-temps, on rentrait aux vestiaires. (Il marque une pause) J’étais dans la partie. Pour moi, c’était même un bon match. Je profitais du jeu, j’appréciais mon rugby… C’était un privilège d’être sur le terrain pour représenter l’USON Nevers Rugby. Lorsque les mots sont prononcés, je suis encore plein d’adrénaline. Alors oui, ça rentre dans la tête. Mais je voulais avant tout en finir avec ce match.

Était-ce la première fois que vous étiez confronté au racisme sur un terrain ?

(Avec émotion) Absolument. C’était la première fois… Et j’espère aussi la dernière. On ne parle pas comme ça à un être humain. La seule chose qui nous sépare, lui et moi, c’est notre couleur de peau. J’ai été en colère, mais je me suis contrôlé. Lui n’a pas eu ce contrôle, il a lancé les mots qui lui ont traversé l’esprit. Malheureusement, j’étais la personne dans son collimateur. En tout cas, quand je lui ai parlé, je lui ai dit une chose : "Tu as des joueurs de la même couleur que moi dans ton équipe. Imagine que tu leur dis la même chose qu’à moi, qu’arriverait-il ? Rentre chez toi, dors en pensant à tout ça, et souviens-toi de ce qui vient de se produire."

Une semaine seulement après l’incident d’Aix-en-Provence, vous étiez déjà de retour sur le terrain. Est-ce vous qui aviez insisté ?

On m’a demandé si je voulais jouer le match (face à Oyonnax N.D.L.R.). J’ai répondu que tout allait bien, que je pouvais jouer. L’accueil du public de Nevers m’a fait chaud au cœur. Pour un petit nouveau comme moi, le niveau de soutien affiché par les fans de toutes les équipes du championnat était vraiment surprenant. Mais les fans de Nevers, ils m’ont… (il marque une pause) Ils m’ont fait pleurer…

Avec le recul, cet incident vous a-t-il plutôt fragilisé ou endurci ?

Je n’avais jamais imaginé devoir faire face à une telle situation. Ça m’a rendu plus fort. Et puis, user mes mots, délivrer un message, sensibiliser… J’ai l’impression d’avoir aussi gagné en sagesse.

Ludovic Radosavljevic a rapidement avoué qu’il était à l’origine des insultes racistes prononcées à votre encontre. Quel effet vous a fait sa révélation au grand public ?

Après le match, lorsqu’il avait fait face à moi et aux entraîneurs, il n’avait pas nié. Bon, ça m’aurait surpris qu’il dise que c’était faux… Concernant sa révélation, je ne voulais pas qu’il poste son message sur Instagram. Il y a des gens qui peuvent être malveillants et envoyer de méchants messages, voire même des menaces. Je ne voulais pas qu’il puisse lui arriver quelque chose de mal. Mais il l’a quand même fait. Je reste malgré tout heureux qu’il ait assumé son erreur.

Est-ce que vous lui en voulez encore ?

J’ai été en colère après le match. Mais on ne peut pas en vouloir à quelqu’un éternellement. Je préfère qu’il réfléchisse à son action, qu’il médite là-dessus. Mais pour moi, pas de colère, juste des mots. S’il veut m’appeler… Je lui parlerai de son erreur, des mots qu’il n’aurait jamais dû prononcer.

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Dorian VIDAL
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