L’avenir très proche…

  • La joie des joueurs d'Oyonnax face à Narbonne
    La joie des joueurs d'Oyonnax face à Narbonne Icon Sport
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L'édito du lundi par Emmanuel Massicard... C’est drôle comme un week-end sans ou si peu de rugby peut parfois vous donner à réfléchir. La Coupe d’Europe à l’arrêt, plaquée par la pandémie et désormais suspendue à un avenir incertain, le rugby français a brillé sous les phares de sa compétition secondaire : le Pro D2. Ici-bas, la lutte fait rage sans que l’on ne sache vraiment encore quels seront les maîtres du jeu, ou ses victimes. Et rarement ce championnat n’était apparu aussi incertain, homogène, disputé. à mi-parcours, tout est encore possible, même pour des Narbonnais pour l’heure distancés.

Trois réflexions, peu ou prou liées, accompagnent le tableau du week-end et viennent titiller nos certitudes. Pour commencer, à propos du contexte. La mondialisation des compétitions européennes (concrétisée pour le « United Rugby Championship » ; à venir pour le Tournoi des 6 Nations, Challenge et Champions Cup) peut bien être une aubaine financière, l’idée paraît quand même aujourd’hui un brin fumeuse - voire funeste - face à la pandémie et aux difficultés de circulation d’un pays à l’autre. Ajoutez-y l’hérésie écologique que représente le fait de jongler entre les continents d’un week-end à l’autre, sur le modèle de la Formule 1 et vous comprendrez à quel point le concept d’Europe du rugby élargie à l’Afrique du Sud ou au Japon semble dépassé.

Surtout qu’à l’opposé de ce modèle, le rugby français n’en a pas terminé avec son développement. à voir les performances réalisées depuis des années par Oyonnax, Nevers, Vannes et désormais Rouen autour de leurs formidables présidents-bâtisseurs, on mesure l’intérêt qu’auront la Ligue et la Fédération à tendre la main vers le projet de Lille (Marcq-en-Baroeul) porté avec détermination par Olivier Gradel, et demain ceux qui ne manqueront pas d’émerger dans le sillage de la Coupe du monde 2023 du côté de Nantes, Brest, Strasbourg, Orléans, Metz ou Limoges. C’est à ce prix, et en prenant garde de ne pas délaisser ses fiefs historiques du grand Sud-Est/Sud-Ouest, que la discipline prendra une vraie dimension. Et face à la déliquescence du football de haut niveau, le rugby a d’ailleurs une belle carte à jouer.

Dernier point, qui nous ramène au sportif : si le Top 14 concentre une très grande partie des attentions, ressources (financières) et espoirs de développement, ses présidents et les dirigeants de la Ligue nationale de rugby seraient avisés de ne jamais délaisser le « petit frère ». Parce que c’est bien le Pro D2 qui constitue, avec la Nationale, le socle de la pyramide du rugby pro ; et qu’ensemble ils maillent le territoire. Parce qu’elle est la pouponnière et le réservoir de jeunes joueurs français quand les membres de l’élite, eux, ont si peu le temps de former ou aguerrir ; et qu’ils auront toujours plus besoin de stars françaises ou étrangères.

Terminée l’époque où il suffisait de « bricoler » son effectif, avec ce qu’il faut d’expérience et de caractère, pour exister en Pro D2 loin de la pression et des enjeux qui président en Top 14. L’antichambre est désormais mature, préparée, structurée, à la page du rugby actuel même si, soyons francs, tous les matchs du « club des 16 » n’atteignent pas des sommets. L’essentiel est ailleurs, situé dans ce qui doit être la mission du Pro D2 : former et donner du temps de jeu aux talents issus de nos clubs. Pour ce faire et, aller au bout de notre modèle, cette D2 doit vivre selon ses propres codes, proche de ses supporters, avec des quotas de joueurs « Jiff » renforcés et des incitations majorées pour récompenser les meilleurs élèves. C’est à ce prix que le rugby pro trouvera ses points d’équilibre. Loin des fantasmes de la mondialisation.

En attendant, bonnes fêtes à tous !

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