Baptiste Serin : « Je n’ai plus envie de laisser passer ma carrière »

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Opéré de l’épaule droite en juin, le demi de mêlée international de toulon (27 ans, 42 sélections) a retrouvé les terrains fin novembre. Une excellente nouvelle pour le joueur mais également pour le RCT, qui récupère son numéro 9 titulaire et son capitaine. Le bilan de ses deux premières saisons sur la rade, sa fin de contrat, la tournée en Australie qu’il a manquée alors qu’il aurait pu être capitaine ou encore le départ de Patrice Collazo, « Bapi » s’est longuement confié à Midi Olympique.
 

Vous revenez d’une opération à l’épaule. Quelle était la nature de votre blessure ?

Ça faisait un moment que j’avais des douleurs mais c’est finalement sur l’ultime plaquage de la saison, sur Filipo Nakosi, que ça a pété. Je suis parti en hyperextension, tout a lâché. Les tendons étaient rompus, je me suis fait opérer de la coiffe des rotateurs.

Confirmez-vous qu’il n’y a jamais de bon moment pour être éloigné des terrains ?

Se faire opérer n’est jamais une bonne nouvelle mais c’était probablement le meilleur moment pour moi. Certes, j’ai loupé la tournée en Australie et le début de saison mais ma blessure avait pris le dessus sur mon rugby et mon quotidien : quand tu te lèves le matin et qu’il te faut prendre ton autre bras pour sortir l’épaule du lit, c’est qu’il y a un problème… J’ai 27 ans, encore de belles années devant moi. Il était opportun de se faire opérer rapidement pour revenir plus fort.

On a pu entendre qu’une fin de carrière était évoquée. Était-ce le cas ?

Fin de carrière, non. Mais on a parlé d’une année d’arrêt. Là, j’ai pris une claque. Malgré tout, j’ai pris la décision de me faire opérer. Finalement, ma convalescence s’est déroulée à merveille et je suis revenu après cinq mois.

Comment avez-vous vécu cette période ?

Les quinze premiers jours, je ne dormais pas. J’avais mal, je tournais en rond. J’avais envie de tout casser chez moi. Heureusement, mes parents sont venus à Toulon. Ma mère m’habillait, me faisait à manger, mon père s’occupait de la maison, coupait ma viande, me lavait. Quand tu es parti de chez toi à 15 ans et que tu redeviens dépendant de tes parents à 27 ans, ça fait bizarre. Mais leur aide a été précieuse.

On dit que les blessures offrent le temps d’une large remise en question. Est-ce que ça a été votre cas ?

Dès mon opération, j’ai essayé de prendre du recul. Je me posais pas mal de questions : qu’est-ce qui a fonctionné durant ma première partie de carrière ? Quel joueur ai-je envie de devenir ? Quelle image ai-je envie de renvoyer ?

Avez-vous trouvé des réponses ?

J’aspire à devenir un joueur plus calme, plus serein et à être plus sûr du message que j’essaye de transmettre à mes coéquipiers, au staff et aux arbitres. J’ai 27 ans, je pense être en pleine force de l’âge. J’ai décidé de ne pas faire de cette blessure un échec mais une étape.

Comment avez-vous vécu la tournée en Australie, durant laquelle vous auriez pu être capitaine ?

Dès le lendemain de ma blessure, j’ai appelé Fabien (Galthié). Je ne voulais pas prendre de décision sans l’avoir consulté. Je lui ai dit que j’étais bien handicapé et que deux chirurgiens préconisaient l’opération. Je lui ai demandé s’il avait besoin de moi et il m’a répondu que la seule priorité était mon épaule. Patrice Collazo m’a dit la même chose. J’ai foncé.

N’est-ce pas vexant de voir qu’en votre absence, le XV de France a fait une belle tournée en Australie pour finalement battre les Blacks cet automne ?

Ça n’a jamais été mon état d’esprit. Je n’ai jamais eu ce rapport à la concurrence. J’ai continué d’envoyer des messages, j’ai pris des nouvelles de mecs qui jouaient peu. J’apporte de l’importance à ces petites choses. Donc, non, je n’ai pas eu la moindre pensée négative. Je suis heureux que l’équipe de France aille de l’avant.

Un mot sur Antoine Dupont, qui semble avoir creusé l’écart au niveau de la concurrence à la mêlée ?

Je suis super content qu’Antoine ait été élu « meilleur joueur du monde ». Il le mérite. Maintenant, à moi de voir ce que je dois tirer de cela. Ça décuple ma motivation et je me dis : « comment recoller ? ». Si je me dis : « OK c’est le meilleur, je fais une croix sur les Bleus », je fais fausse route. Au contraire, c’est une source de motivation.

En quoi mérite-t-il, selon vous, ce statut de meilleur joueur du monde ?

C’est un joueur constamment décisif. Alors, on peut dire qu’il évolue dans des collectifs rodés mais ce qui est fort, c’est que même dans les matchs où ça se passe moins bien, c’est lui qui déclenche. À notre poste, tu dois trouver des solutions, jouer des coups en solitaire, remobiliser l’équipe, avoir un impact sur l’arbitrage, être précis au pied. Antoine a cette capacité à trouver régulièrement des solutions individuelles. Comme Kolbe ou Radradra, à la différence qu’il joue à un poste moins propice. Je suis d’ailleurs convaincu que si on mettait Antoine au centre ou à l’aile, il breakerait la ligne et casserait quand même des plaquages.

Il y a Dupont mais également Lucu ou Le Garrec. Comment percevez-vous cette concurrence ?

Je reste le numéro 9 le plus capé, alors je n’ai pas envie de passer pour le vieux (rires). Quoi qu’il arrive, si tu prétends au XV de France, c’est que tu sens que tu peux amener quelque chose. D’ailleurs, si un jour je ne me sens plus au niveau, j’irai voir Fabien avec sincérité et je lui dirai que d’autres mecs peuvent apporter plus.

C’est lucide, voire trop honnête…

Si je sens que je ne suis plus invité, pourquoi monter à Marcoussis ? Pour prendre une prime ? Impossible. C’est une question d’éducation et je trouve génial que Max (Lucu) fasse de belles perfs, que le jeune Le Garrec ait aussi des qualités. Quand tu es compétiteur, tu as envie de te mesurer à eux. Blessé je n’avais pas le moyen de le faire. Maintenant que je suis revenu, j’ai envie de remettre Toulon à sa place, de performer et ensuite de venir batailler pour ma place en équipe de France.

Toulon, justement : êtes-vous resté proche de l’équipe pendant votre absence ?

J’ai essayé d’être le plus présent possible. C’était important pour moi et Patrice (Collazo) m’avait demandé de transmettre de la confiance, de la sérénité. J’ai également essayé d’apporter des clés rugbystiques, en faisant les analyses stratégiques chaque semaine. J’analysais les adversaires au niveau des opportunités en mêlée, des touches, de la défense et je transmettais à Julien (Dupuy) pour qu’il ait un regard extérieur.

Malgré tout, le début de saison fut laborieux. Comment l’avez-vous vécu ?

J’ai souffert des performances de l’équipe. Mais j’ai vite compris que si moi j’étais pessimiste, on n’allait jamais s’en sortir. Alors je parlais avec Patrice, avec Julien, avec les joueurs. Je tentais d’apporter de la confiance, je leur disais de se lâcher. Mais quand tu ne joues pas, ton impact est moindre. Maintenant de retour, je veux apporter du calme au groupe.

Entre-temps, Patrice Collazo a quitté le club. L’aviez-vous vu venir ?

Avec le recrutement réalisé, j’étais convaincu que nous étions partis pour une grosse saison. D’autant que Patrice s’était remis en question, avait changé sa méthode. Patrice est omniprésent par la parole mais il montait moins le ton. Et je trouvais qu’on allait vers du très bon. J’étais confiant, peut-être trop.

Quelle relation entreteniez-vous avec Patrice Collazo ?

J’étais l’un de ses soutiens. Il m’avait fait confiance, en me donnant le brassard, et j’essayais de transmettre son discours pour amener de la clarté. Je pensais que ça fonctionnait, malheureusement on n’avait pas les résultats.

Poursuivez…

Patrice vient d’ici, de Toulon. Il avait à cœur de réussir. Cela décuplait l’impact de ce qui pouvait se dire autour du club. Dès lors, que tu le veuilles ou non, quand on te dit quelque chose, ça te touche au plus profond. Je suis extrêmement peiné par son départ. C’est l’échec du coach mais également des joueurs et de la prépa physique.

Son départ était-il devenu inéluctable ?

Force est de constater que ça ne marchait plus : le discours passait moins, il lui manquait constamment 20 mecs depuis deux ans et c’est d’ailleurs pour cela que je le répète, il y avait un problème physique. Beaucoup de choses ne fonctionnaient pas et il a préféré prendre les devants. Je ne dirais jamais de mal de Patrice. C’est un mec entier, qui ne nous aurait jamais lâchés. D’ailleurs, à partir du moment où il a senti que ça n’allait plus, il a préféré s’en aller. Ça l’a touché mais il a fait le choix de ne pas s’entêter, pour le bien du club. Je pense que c’était inéluctable mais ça reste triste. Croyez-moi, dès qu’il retrouvera un club, ça marchera. Dès son départ, j’ai demandé aux gars qu’on prenne nos responsabilités : je refuse que Patrice ait quitté le club pour rien. Je veux qu’il se passe quelque chose, que son départ déclenche un nouveau cycle.

Revenons à vous : vous êtes arrivé à Toulon en 2019, pour donner un nouvel élan à votre carrière. Avez-vous trouvé ce que vous étiez venu chercher ?

On me demande souvent si je regrette d’avoir quitté Bègles au moment où le club a trouvé sa meilleure carburation. Je réponds que ça n’aurait aucun sens. Il me reste plein d’amis, avec qui j’ai partagé des trucs pendant 10 ans et alors qu’ils commencent à bien marcher, je serais aigri ? À Bègles, j’ai des potes pour la vie et je suis sincèrement content pour eux. Ça me fait également plaisir pour Laurent (Marti). Ceci dit, je suis convaincu d’avoir pris la bonne décision en rejoignant le RCT. J’avais besoin d’un nouvel élan, de me découvrir, de savoir si j’allais être quelqu’un de différent.

Et alors ?

Je pense avoir grandi, être plus constant, avoir beaucoup plus d’impact sur mon équipe. Puis j’ai évolué sur certains aspects, comme la défense ou les rucks. Je m’attache à de petits détails qui sont importants à Toulon. J’ai changé un peu ma manière de faire, je me suis un peu développé physiquement (85 kg). Et plus encore que par le passé, je pense être à 1 000 % dans ma façon de jouer, de m’entraîner, de pousser les mecs. Je n’ai plus envie de laisser passer ma carrière. À Bègles, je me disais que les choses allaient finir par arriver. Mais est-ce que je mettais tout en place ? Je ne sais pas. Depuis que je suis à Toulon, je ne laisse plus rien au hasard.

Vous êtes en fin de contrat : où évoluerez-vous la saison prochaine ?

Pour l’instant, mon aventure a un goût d’inachevé. On va voir ce qu’il se passe mais j’aimerais poursuivre à Toulon. Je crois en l’équipe, en ce projet et j’ai beaucoup de sympathie pour mon président, une belle personne. Nous discutons.

Vous êtes un leader important. Auriez-vous l’impression d’abandonner le navire si vous partiez de Toulon ?

Un peu. J’ai l’impression que si je pars de Toulon, je vais laisser les mecs dans le flou. J’aimerais aussi ne pas partir du jour au lendemain. Lors de ma dernière saison à Bègles, j’avais prévenu tôt que j’allais tout mettre en œuvre pour qualifier le club mais que si ça ne fonctionnait pas, je ne m’acharnerais pas. Là, c’est différent : je suis à Toulon depuis trois ans, dont une année Covid, durant laquelle je suis persuadé que nous aurions fait quelque chose. Puis, j’ai l’intime conviction que ce groupe va réussir. Je n’ai jamais évolué dans une équipe de ce niveau. Ça va prendre. J’en suis convaincu, comme je l’étais que l’UBB allait rapidement devenir une des meilleures équipes du Top 14.

D’ailleurs, comment l’UBB est-elle parvenue à changer de dimension ?

Quand je discutais avec le président, je répétais que la clé était de trouver un coach qui cadre les choses. Et quand j’ai su que Christophe Urios était en approche, j’ai conseillé à Laurent de le signer pour le plus longtemps possible. Il a mis le club dans la bonne direction.

L’UBB est-elle la meilleure équipe du Top 14 ?

La meilleure, je ne sais pas. Mais l’une des meilleures, c’est évident. Ils ont franchi un cap, l’équipe est plus mature et Christophe Urios semble être parvenu à convaincre les mecs qu’ils étaient capables de tout. Il leur donne les clés tactiques pendant la semaine et le week-end, il leur martèle qu’ils vont tout renverser.

Pour Toulon, recevoir l’UBB leader, est-ce justement l’occasion de basculer sur une dynamique très positive ?

C’est l’opportunité de retrouver nos supporters et qu’il se passe un truc de fou à Mayol. Je me rappelle lors de ma première saison, quand on gagnait au cœur de l’hiver, c’était le feu. Incroyable. Et je pense qu’on a besoin de retrouver cela pour battre Bègles. Notre objectif est de l’emporter et on ne doit pas avoir peur parce qu’ils sont leaders. On joue à domicile, face à une grosse écurie et il faudra faire un grand match pour battre une grande équipe.

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Pierrick ILIC-RUFFINATTI
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