« Les mystères de West » : à la découverte d'Ihaia West, l'ouvreur du Stade rochelais

  • Tantôt adulé, tantôt moqué au gré de performances en dents de scie, le Maori ne laisse pas indifférent. Pour autant, on ne sait pas grand-chose du bientôt trentenaire et futur joueur du RC Toulon. Il se raconte pour Midi Olympique.
    Tantôt adulé, tantôt moqué au gré de performances en dents de scie, le Maori ne laisse pas indifférent. Pour autant, on ne sait pas grand-chose du bientôt trentenaire et futur joueur du RC Toulon. Il se raconte pour Midi Olympique. Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

Tantôt adulé, tantôt moqué au gré de performances en dents de scie, le Maori ne laisse pas indifférent. Pour autant, on ne sait pas grand-chose du bientôt trentenaire et futur joueur du RC Toulon. Il se raconte pour Midi Olympique.

Et dire qu’il était présenté comme un garçon très réservé, à son arrivée sur les bords de l’Atlantique, à l’été 2018. Un faux timide, en réalité. Depuis qu’il a définitivement brisé la barrière de la langue, ces derniers mois, Ihaia West n’est pas le dernier à faire des blagues. Natif d’Havelock North, près de Napier, au nord de la Nouvelle-Zélande, l’ancienne doublure de Beauden Barrett aux Hurricanes met d’ailleurs un point d’honneur à se livrer en français. La banane jusqu’aux oreilles.

Son enfance sportive

J’ai eu un ballon ovale dans les mains avant de marcher. Mes parents jouaient tous les deux au rugby. Moi, j’ai vraiment commencé quand j’avais 5 ans. Pas juste en club. Aussi à l’école, pendant la pause déjeuner puis chez moi, avec mes cousins et mes amis. Avant de glisser à l’ouverture à 13 ans, je jouais au centre. Le problème, c’est que j’ai arrêté de grandir (rires). Gamin, j’ai fait beaucoup d’autres sports. Du basket, du tennis, du golf et surtout du cricket. Je voulais être sportif professionnel, c’était mon rêve. Lors de ma dernière année scolaire, en 2009, il me fallait choisir entre cricket et rugby. J’ai finalement signé un contrat espoirs avec la province de Hawke’s Bay.

Ses modèles

Jeune, j’adorais regarder Carlos Spencer. Il faisait ce qu’il voulait sur le terrain. « Banana kick », chistera… Un vrai magicien ! Chez moi, j’essayais toujours de reproduire ses gestes. Plus grand, c’était Dan Carter, mon modèle. Pour moi, c’est le meilleur. Je l’ai toujours regardé et j’ai toujours rêvé de faire comme lui. Beauden Barrett ? Oui, aussi. On a presque le même âge. Jouer avec lui aux Hurricanes, c’était bien pour moi.

Son transfert à La Rochelle

Quand mon agent m’a appelé, en 2017, pour me dire que LaRochelle s’intéressait à moi, je lui ai dit : « Qui ? » (rires) J’ai regardé quelques vidéos pour voir l’ambiance à Deflandre et comment l’équipe jouait. Ça avait l’air super. Mais ma femme et moi n’étions pas prêts à quitter la Nouvelle-Zélande. J’ai refusé, le temps de se préparer à changer de vie et j’ai signé aux Hurricanes. Fin 2017, j’ai joué pour les Maoris all blacks contre les Barbarians français, à Bordeaux. Pendant ma journée de repos, je suis venu visiter la ville de La Rochelle et le stade Deflandre, parler avec Patrice Collazo (manager du Stade rochelais, à l’époque). Patrice m’a dit que « Garba » (Xavier Garbajosa, son adjoint) regardait beaucoup le Super Rugby et qu’il aimait mon jeu. Après, c’était plus facile de dire que je voulais signer !

Son attachement à la France

Ma femme et moi, on aime beaucoup la vie en France. On veut rester ici le plus longtemps possible. Toute ma carrière et peut-être toute notre vie, si nous le pouvons. On parle déjà de faire les démarches administratives. Pourtant, quand j’ai signé à LaRochelle, je pensais juste rester trois à cinq ans et revenir au pays. Nous sommes très contents, ici, avec ma femme. Dès que nous avons un moment libre ou des vacances, on visite, on voyage, on découvre d’autres cultures. En Nouvelle-Zélande, tu es très isolé. L’Australie, le pays le plus proche, est à troisheures d’avion. Ici, en une heure, tu es à Londres, à Paris, en Espagne. Dernièrement, on a aussi découvert Mexico, New York ou encore les îles grecques.

Sa culture maorie

Maori, that’s who I am ! (« Voilà qui je suis »). Dans ma tête, je suis tout le temps maori. C’est une grande part de ma vie. Ma mère est directrice d’une école de filles complètement maorie. Elle parle aussi maori tout le temps avec les enfants de ma sœur. On s’appelle chaque semaine. Moi, je n’ai pas d’enfant mais un bouledogue français et il comprend un peu le maori (rires). À La Rochelle, je vis aussi maori. Des fois, après l’entraînement, on dit une petite phrase en maori avec l’équipe. J’emploie la langue avec ma femme et Tawera (Kerr-Barlow). Sur le terrain, je sais ce que Tawera veut et où il veut le ballon. Et inversement. On sait comment fonctionne l’autre.

Ses échecs au pied, en finales du Top 14 et de Champions Cup

Les finales sont derrière moi. Mais pas complètement non plus. Je garde ça dans un coin de la tête. Si tu n’apprends pas de tes erreurs… Si je retourne en finale, j’espère que ce sera une force (sourire). Je peux utiliser ça comme une motivation. Je travaille dur mentalement, notamment avec notre préparateur. Pour mes tirs au but, il me pousse à me concentrer uniquement sur le déroulé, à être clair dans ma tête et ne pas ressasser un échec. Maintenant, je ne pense ni à la précédente pénalité, ni à la prochaine. J’oublie. Plus jeune, je regardais les médias, pour voir les critiques. C’était parfois difficile… Maintenant, je m’en fiche !

Ses ambitions

J’ai envie de gagner le premier titre majeur de l’histoire du Stade rochelais. C’était mon rêve, à mon arrivée, en 2018. Ça l’est encore plus, avant de partir. La sélection, un jour ? Je n’y pense pas trop. Sauf si, un jour, je rejoue en Nouvelle-Zélande. Mais à la fin de la saison prochaine, je suis disponible pour l’équipe de France (rires).

Vu par ses coéquipiers

« Marrant », « attachant », « souriant et toujours de bonne humeur » : la personnalité d’Ihaia West fait l’unanimité au sein du vestiaire rochelais. Au même titre que ses performances sur le terrain ? S’il est parfois pointé du doigt par supporters et observateurs, le Maori peut compter sur le soutien indéfectible de ses coéquipiers. « C’est un bon chef des trois-quarts, très doué. En forme, Ihaia est impitoyable ! », salue, par exemple, le double champion du monde all black, Victor Vito. « Dans son rôle de 10, il peut vraiment apporter les paroles nécessaires pour que l’équipe soit performante. C’est une qualité vachement importante pour un ouvreur que de pouvoir gérer le jeu en communiquant et en demandant la structure ou le lancement qu’il veut », appuie l’autre troisième ligne Wiaan Liebenberg. « Même si Ihaia a été moins bien sur les finales la saison passée, c’est lui qui nous y envoie, il ne faut pas l’oublier », glisse aussi en substance son ami proche, Arthur Retière. « Quand on voit le début de saison qu’il sort, là, tout le monde l’adore ! » En Top 14, seul le Toulousain Thomas Ramos présente une moyenne plus élevée que les 12,3 points par match, inscrits par le Rochelais. 

Quel rôle à Toulon ?

Après quatre saisons à faire les beaux jours du Stade rochelais, c’est finalement du côté de Toulon qu’Ihaia West poursuivra sa carrière (et ce jusqu’en juin 2025). Numériquement, le Kiwi remplacera Anthony Belleau, qui troquera le maillot du RCT pour celui de Clermont. Dès lors, West se retrouvera en concurrence directe avec l’international français Louis Carbonel (22 ans, 5 sélections). « Anthony Belleau a voulu faire un autre choix, je trouve cela très bien pour sa carrière. Louis Carbonel est là et nous avions besoin de remplacer Anthony par un joueur que l’on considère comme un cador. En l’occurrence, Ihaia West est un très bon demi d’ouverture, qui nous a fait très mal sur les derniers matchs contre La Rochelle », confiait ces derniers jours le président du RCT, Bernard Lemaitre, à nos confrères de La Marseillaise. « Nous sommes très contents d’avoir Carbonel et West pour l’avenir. » Une bonne nouvelle pour le club frappé du muguet mais surtout la garantie de posséder dans son effectif deux ouvreurs qui partagent un goût tout particulier pour l’attaque et préféreront toujours agresser le premier rideau adverse que d’user d’innombrables jeux au pied. La promesse d’un jeu aéré sur la rade ? Premiers éléments de réponse en août 2022.

Cet article est réservé aux abonnés
Accédez immédiatement
à cet article à partir de
0,99€ le premier mois
Romain Asselin
Voir les commentaires
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?