Vague de démissions à Provale

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Publié le , mis à jour

Plusieurs démissions viennent d’être enregistrées au sein du Comité Directeur de Provale, syndicat des joueurs de rugby professionnels. Les démissionnaires remettent en cause la gestion humaine et financière du président actuel, Robins Tchale-Watchou. Explications.

Que se passe-t-il à Provale ? à l’aube des fêtes de fin d’année, le syndicat des joueurs de rugby professionnels est confronté depuis plusieurs semaines à une vague impressionnante de démissions au sein de son comité directeur (cinq sur dix-huit membres). Selon nos informations, Jérôme Fillol (ancien demi de mêlée du Stade français), Fanny Horta (ex-capitaine du VII de France féminin), Rabah Slimani (pilier de Clermont), Arthur Coville (capitaine des champions de monde des moins de 20 ans en 2018) et Laurent Sempéré (actuel entraîneur des avants du Stade français) ont tous décidé de se retirer en raison de profonds désaccords avec la gouvernance du président Robins Tchale-Watchou. Déjà en 2019, l’ancien international Julien Candelon s’était lui aussi retiré.
Les motivations de ces multiples départs seraient, selon les démissionnaires, principalement liées à la gestion humaine de l’ancien deuxième ligne de l’Usap ou encore de Montpellier. Dans la lettre de démission signée par Jérôme Fillol (datée du 19 novembre), que nous nous sommes procurée, il est écrit : « J’ai constaté d’importants problèmes sociaux : pour une structure de douzesalariés, treize départs sous la présidence actuelle, tous poussés vers la sortie, aucune démission. Cette façon de se séparer de salariés (dont la grande majorité a été recrutée par le président lui-même) est très onéreuse pour la structure (indemnités, transactions, frais d’avocat etc.). »

Ces treize départs ont été comptabilisés depuis 2016. Ils font suite à « une gestion brutale des ressources humaines » dixit une ancienne salariée de Provale. « Il règne un véritable climat de terreur au sein de l’instance », ajoute un autre ex-collaborateur. Dans les faits, seulement deux de ces treize départs ont engendré des suites devant le conseil de prud’hommes. Les autres ? « Ils ont fait l’objet de transactions financières dans un cadre légal, assure l’un des démissionnaires. Mais cela coûte très cher à Provale. »

Modification des statuts

L’un des premiers évincés, en juillet 2017, se nomme Christophe Gaubert, directeur de l’Agence XV jusqu’en décembre 2016, puis directeur du secteur formation à partir de janvier 2017 suite à la fusion des deux structures. L’affaire s’était étalée dans les médias. Depuis, la cour d’appel de la chambre sociale de Toulouse a condamné Provale à une indemnisation de 120 000 €, ce qui a donné lieu à un recouvrement par voie d’huissier puisque Provale avait déclaré ne pas être en mesure de payer. Une situation qui a surpris Gaubert. Ce dernier défend que le budget du syndicat est de 1,3 million d’euros, dont un peu plus d’un million de subventions. Toujours est-il que cette somme, représentant presque 10 % du budget, a finalement été versée à Christophe Gaubert, même si Provale vient de se pourvoir en cassation.

Plus récemment, c’est la directrice générale, Laure Vitou, qui a également été licenciée pour « insubordination ». Son tort aurait été d’alerter les membres du comité directeur d’un changement des statuts entrepris par le président Tchale-Watchou. Les faits ? Ce dernier avait fait voter en comité directeur du 24 mars 2021 plusieurs modifications lui conférant de nouveaux pouvoirs. Nous avons pu consulter le document en question. La phrase « le mandat de président ne peut être renouvelé qu’une seule fois » avait été supprimée des statuts, de sorte que l’ancien deuxième ligne puisse prétendre à un troisième mandat lors des prochaines élections, en 2022.

Constat d’huissier

Tchale-Watchou souhaitait également supprimer le paragraphe obligeant Provale à procéder à un appel à candidatures public, en amont de chaque élection. à ce sujet, avant les élections de 2018, son principal opposant, Laurent Baluc-Rittener, avait fait constater par huissier de justice que Provale n’avait déjà pas respecté cette obligation. D’autres modifications, plus ou moins importantes, avaient été aussi votées en comité directeur (en attente du vote en assemblée générale programmée le 12 avril 2021, pour être définitivement adoptée). Les démissionnaires lui reprochent ainsi de vouloir renforcer le pouvoir du président.
Le 24 mars, les documents avaient été envoyés aux membres du comité directeur, par messagerie électronique, par Mathieu Giudicelli, salarié de Provale, avec onze pièces jointes d’une dizaine de pages chacune, moins de quatre heures avant la réunion (15 h 42 pour une réunion à 19 heures). « Tout ça pour que les membres du comité directeur n’aient pas le temps matériel d’étudier les modifications », soupçonne l’un des démissionnaires. Ces modifications auraient donc dû être ratifiées lors de l’assemblée générale du 12 avril 2021. Sauf que Laure Vitou a pris l’initiative, en amont de cette AG, d’éclairer plus en profondeur les membres du comité directeur. Évidemment, plusieurs d’entre eux ont fait part de leurs interrogations au président Tchale-Watchou. Ce qui l’aurait contraint à faire machine arrière.

L’ancienne directrice générale a finalement été mise à pied en date du 23 avril 2021 puis licenciée le 26 mai suivant. Depuis, elle a engagé une procédure prud’homale. Dans sa lettre de démission, Jérôme Fillol écrit à ce sujet : « En tant que membre du comité directeur, j’aurais dû être sollicité en amont des choix de ressources humaines ; or, je n’ai pu que constater, a posteriori, les dégâts financiers et humains de ces décisions unilatérales et violentes. » Et pour cause : selon les statuts de l’association, seul le comité directeur était en capacité de voter des arbitrages liés aux ressources humaines (RH), avant que Robins Tchale-Watchou n’ajoute dans un nouveau projet de modification des statuts : « Le président a les pleins pouvoirs pour les arbitrages RH. »

Frais colossaux

Les reproches des démissionnaires portent aussi sur la gestion financière opérée par le président actuel. Par-delà les sommes versées dans le cadre des nombreuses ruptures conventionnelles signées avec d’anciens salariés, d’autres faits semblent interpeller ceux qui ont décidé de quitter le syndicat. « J’ai pu observer une mauvaise gestion politique et financière, écrit encore Jérôme Fillol dans son courrier. J’ai trouvé, lors de l’analyse des comptes 2019 (j’attends toujours ceux de 2020 depuis huit mois auprès du trésorier) des frais colossaux notamment de taxis motos et factures de téléphone s’élevant à des milliers d’euros par mois, et en parallèle des absences fréquentes du président lors des réunions et décisions importantes auxquelles il est supposé participer. »
Un sentiment partagé par la quasi-intégralité des personnes que nous avons interrogées. Face à ces critiques, nous avons joint Robins Tchale-Watchou afin de lui donner la parole. Le président de Provale n’a pas souhaité donner suite.
 

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Les commentaires (1)
Questcequidit Il y a 11 mois Le 31/12/2021 à 12:58

Si l’ensemble des éléments écrits sont vérifiés ce monsieur a du souci à se faire....et tant mieux