Bilan - Une année 2021 en dix instants bleus

  • Les Bleus ont réalisé une merveilleuse année 2021.
    Les Bleus ont réalisé une merveilleuse année 2021. Icon Sport
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Quatre défaites en onze matchs. Et donc sept victoires. Voilà le bilan comptable des Bleus, en 2021. Au-delà, il y a eu cette victoire historique face à la Nouvelle-Zélande (40-25), un succès en Australie malgré une équipe remaniée (28-26) et une victoire en Irlande, chose rare ces quinze dernières années. Et quelques grands frissons, des actions mémorables ou des « boulettes » coupables. Des émotions, quoiqu’il arrive, que l’on vous conte ici.

6 mars : Italie - France > Dupont régale Vincent pour le premier frisson

Voir Antoine Dupont réaliser un festival n’a rien d’original ou de surprenant. Le demi de mêlée du Stade toulousain et du XV de France n’a pas été élu Oscar monde Midi Olympique, puis joueur mondial de l’année par World Rugby, par hasard. Sous le maillot des Bleus, son récital a commencé… dès le premier match de la saison internationale, en Italie pour l’ouverture du Tournoi des 6 Nations en février.

Ce jour-là, le Pyrénéen - impeccable en défense - avait été exceptionnel sur le plan offensif, effectuant des différences énormes quand le ballon lui passait entre les mains et traversant une partie du terrain à plusieurs reprises. Au-delà, le numéro 9 avait montré à quel point il avait évolué ces dernières saisons pour élargir sa palette personnelle et faire jouer ses partenaires autour de lui. Le meilleur exemple ? Il est survenu à la demi-heure de jeu à Rome. Sur un ballon de récupération à l’entrée du camp français, c’est lui qui avait tapé un long coup de pied pour mettre la pression sur la défense transalpine devant les vingt-deux mètres adverses. L’ailier de Toulon Gabin Villière avait alors récupéré la possession.

Plaqué, il était parvenu à servir Dupont comme il le pouvait. Le Toulousain était évidemment au soutien, comme toujours, lui qui sent les coups comme personne. Celui-ci avait du coup accéléré mais avait été repris par le dernier défenseur italien à seulement cinq mètres de l’en-but. C’est là qu’il eut cette inspiration de génie pour l’un des plus beaux essais de l’année. Alors qu’il était propulsé au sol, il est arrivé à effectuer une passe à l’aveugle et à l’opposé de son angle de course. Une merveille d’offrande qui atterrissait dans les bras du trois-quarts centre Arthur Vincent, lancé plein axe, lequel achevait cette action de rêve. C’était certainement le premier grand moment d’une année 2021 qui s’est terminée par un succès de prestige contre les All Blacks pour les Bleus.

 

14 février : Irlande - France > Le grattage gagnant d’Antoine Dupont

Ce jour de Saint-Valentin ne fut probablement pas le match enlevé de l’équipe de France cette année, ainsi qu’en témoigne le score étriqué de sa victoire en Irlande (13-15), sa première à l’Aviva Stadium depuis dix ans.

En raison ? Une (très) forte possession de balle irlandaise, d’abord, qui constitua aux yeux du staff un déclic quant à la recherche d’un nouvel équilibre. Mais aussi l’immense pression défensive mise par les irlandais sur Antoine Dupont, au point de faire déjouer le demi de mêlée français.

Reste que, malgré d’inhabituelles scories de la part du futur meilleur joueur du monde, Fabien Galthié allait lui maintenir une confiance aveugle, au point de le laisser sur le terrain pendant 80 minutes au détriment de Baptiste Serin. Un non-coaching payant puisqu’au plus fort de la pression adverse, alors que les Irlandais multipliaient les temps de jeu au près, Antoine Dupont ne laissa à personne d’autre le soin de gratter le ballon de la victoire, qui fit exploser de joie le camp français.

 

13 mars : Angleterre - France > Penaud conclut un bijou de première main

Si c’est une autre réalisation de l’ailier tricolore qui fut retenu par World rugby pour le titre d’essai de l’année (lire ci-contre), le staff du XV de France lui préfère assurément celui-ci.

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il fut la somme d’un travail de titan, dans l’analyse de la défense anglaise sur touche (à savoir leur tendance à défendre très serrés autour de Ford), mais surtout dans la construction d’un lancement de jeu unique, qui se réalisait jusqu’alors uniquement sur mêlée.

Pour ce faire ? À la 32e minute de ce Crunch, les Bleus profitaient d’un lancer sur les 22 mètres anglais pour demander à Julien Marchand de lancer directement à 17 mètres pour son centre Gaël Fickou, lequel utilisait Teddy Thomas en leurre à son intérieur pour jouer dans l’axe sur Antoine Dupont. Un nouveau leurre à hauteur de Vakatawa permettait alors au demi de mêlée d’alerter au large son ouvreur Mathieu Jalibert, qui redressait parfaitement sa course pour mieux sauter Brie Dulin et alerter directement Damian Penaud.

 

Damian Penaud a inscrit le premier essai des Bleus à Twickenham.
Damian Penaud a inscrit le premier essai des Bleus à Twickenham. MB Media / Icon Sport

 

20 mars : France - Pays de Galles > Cinq dernières minutes de pure folie

On jouait la 68e, et le XV de France n’en menait pas large. Parce que les Gallois menaient 20-30. Parce que Marchand puis Dulin venaient de se faire refuser deux essais à la vidéo. Mais surtout parce que ce dernier avait été annulé par une fourchette de Willemse sur le pilier Wyn Jones, synonyme d’expulsion…

Toutefois, c’est alors que tout semblait perdu qu’impossible ne fut plus Français. Ainsi, le troisième ligne Faletau (72e) et Liam Williams (73e) concédèrent deux cartons jaunes, qui permettant aux Tricolores de terminer le match en supériorité numérique. La suite ? Elle appartient à la légende d’un groupe emmené par son capitaine Charles Ollivon, auteur de l’essai de l’espoir (76e).

Dans la foulée, les Bleus réussirent à obtenir une dernière munition sur les 22 mètres gallois, prélude à un enchaînement de 11 temps dans les arrêts de jeu, jusqu’à ce fabuleux essai de la victoire pointé en coin par Dulin, après un décalage merveilleusement amené par Fickou et Vincent. Du pur french flair...

 

26 mars : France - Écosse > Brice Dulin, la boulette finale

C’est une histoire qu’on ne peut décemment pas séparer de son contexte… En effet, en ce 26 mars face à l’Ecosse, l’équipe de France jouait ni plus ni moins que la victoire dans le Tournoi des Six Nations, à condition de l’emporter avec le bonus offensif et par 21 points d’écart. Un enjeu supplémentaire dans lequel les Bleus se sont malheureusement perdus, ceux-ci se voyaient même menés à la 62e (18-20).

Pis, alors qu’un essai de Swan Rebbadj venait de faire repasser les Tricolores devant au score, un carton jaune évitable concédé par Baptiste Serin (73e) doucha tous les espoirs de bonus offensif. De fait, on n’attendait plus des Bleus qu’ils gèrent leur fin de match en bons pères de famille. Et qu’ils expédient directement le ballon en touche lorsqu’à la 80e. Mais Dulin décida inexplicablement de contre-attaquer depuis ses cinq mètres… Une erreur de jugement qui permit aux Ecossais de récolter une ultime pénalité puis d’aller chercher par l’intermédiaire du solide Duhan Van der Merwe leur première victoire en France depuis 22 ans (23-27).

 

Brice Dulin a été malheureux en fin de rencontre face aux Écossais.
Brice Dulin a été malheureux en fin de rencontre face aux Écossais. Icon Sport

 

Penaud avait pourtant ouvert la voie

Malgré la défaite, ce France-Ecosse aura au moins produit l’essai de l’année, selon World Rugby. Il fut aplati en deuxième mi-temps par Damian Penaud mais il fut le fruit d’une action de folie. Tout est parti d’un arrêt de volée de Brice Dulin. L’arrière joue pour lui-même rapidement et entame une relance, il avance pour fixer le premier défenseur (Johnson) alerte Romain Ntamack à son extérieur, passe après contact pour Arthur Vincent qui perce et va au sol.

La balle sort vite, Dupont alerte Virimi Vakatawa petit côté. Le centre fidjien attire à lui deux défenseurs, mais parvient à faire une passe à une main, une chistera décroisée pour Damian Penaud dans le couloir. Le trois-quarts aile de Clermont prend de la vitesse et lobe le dernier défenseur, poursuit au pied après rebond et aplatit en bonne et due forme malgré un plaquage sans ballon de Ali Price. À ce moment-là, la France mène 18-10.

La suite sera moins heureuse, mais l’essai consacre le potentiel offensif de ce XV de France, une relance de plus de 80 mètres marquée par la vitesse, la justesse et l’habileté. La confirmation des qualités de finisseur de Damian Penaud, et un statut de Janus pour Brice Dulin, associé à deux inspirations opposées. Géniale au début, tragique à la fin (lire plus haut).

 

7 juillet : Australie - France > La passe « aveugle » de Jaminet 

À une action près, le XV de France n’aurait pas eu à attendre le deuxième test de cette tournée d’été en Australie pour décrocher une première victoire au pays des Wallabies depuis 1990. Il s’en est donc fallu d’un rien. D’un tout petit rien. Avec un point d’avance (21-20) à l’instant où retentissait la sirène, les Bleus n’avaient qu’à assurer une dernière touche et dégager le ballon dans le ciel de Brisbane.

Las, le drame s’est écrit en trois actes. Le premier : une touche d’Etrillard mal ajustée pour Cretin, et contestée par un Australien. Le deuxième : Iribaren qui récupère en urgence un ballon qui traîne, court vers ses propres poteaux, et sert à bout portant Jaminet. Le troisième : ce même Jaminet qui panique face à la vague jaune qui déferle et se débarrasse du ballon, en tentant une passe vers… personne. La suite ? Vous la connaissez.

D’aucuns ont pu penser que l’arrière de l’Usap, zéro match en Top 14 à cet instant, passant donc du Pro D2 directement à un test-match face à l’Australie, venait de signer la fin de sa carrière internationale. Que nenni. Non seulement, le sélectionneur Fabien Galthié lui a renouvelé sa confiance lors des deux tests suivants. Avec une franche réussite. Mais surtout, Melvyn Jaminet est devenu en novembre dernier un élément important du dispositif tricolore.

 

13 juillet : Australie - France > L'improbable mêlée de la gagne

L’idée d’installer Cameron Woki en deuxième ligne a peut-être vu le jour ce 13 juillet 2021 de l’autre côté de la planète. Souvenez-vous. On joue alors les derniers instants du deuxième test contre les Wallabies qui mène au score d’un tout petit point (26-25). Une mêlée est ordonnée à l’avantage des Australiens dans le camp de ces derniers.

Quelques minutes plus tôt, le staff du XV de France a été contraint de bricoler à la hâte un paquet d’avants après la blessure de Geraci, faute de pouvoir faire revenir un deuxième ligne sur le terrain. Conséquence : Cameron Woki s’est installé dans la cage, Jonathan Danty le suppléant en troisième ligne. La première ligne Forletta-Etrillard-Bamba est inédite, le casting général improbable.

Et pourtant, l’impensable va se produire. Les Bleus enfoncent la mêlée australienne, contraignant l’arbitre de la rencontre à siffler une pénalité en faveur des joueurs de Galthié. En suivant, Melvyn Jaminet ne tremble pas. Le XV de France s’impose en Australie pour la première fois depuis 1990.

 

14 novembre / 20 novembre : France - Géorgie et France - Nouvelle-Zélande > Le double doublé de Mauvaka

Dire que Peato Mauvaka fut le grand gagnant de la dernière tournée d’automne est un doux euphémisme. Celle-ci a débuté pour lui par une entrée fracassante lors du premier match face à l’Argentine, ponctué par un essai personnel venu assurer le succès des Bleus en fin de match. Mais le talonneur du Stade toulousain fut loin de s’arrêter là...

Huit jours plus tard, à Bordeaux contre Géorgie, il est sorti du banc de touche prématurément, juste avant la pause, pour suppléer son ami et partenaire Julien Marchand, blessé aux côtes. Et Mauvaka n’a rien trouvé de mieux que de célébrer cette deuxième apparition de novembre par un doublé. à chaque fois, il est venu conclure la domination des avants français dans l’épreuve de force en terminant dans l’en-but sur deux ballons portés d’école. Marchand forfait, le Calédonien fut très logiquement propulsé titulaire pour le grand rendez-vous automnal, face à la Nouvelle-Zélande.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Mauvaka a continué sur son irrésistible lancée. Avec quoi à la clé ? Un nouveau doublé s’il vous plaît ! Un premier essai d’entrée, derrière un autre maul porté, qui a planté le décor et assommé les All Blacks. Puis un deuxième sur lequel il s’est détaché à quelques mètres de l’en-but pour faire parler sa puissance.

 

Peato Mauvaka a inscrit un doublé face à la Géorgie et la Nouvelle-Zélande.
Peato Mauvaka a inscrit un doublé face à la Géorgie et la Nouvelle-Zélande. Icon Sport

 

20 novembre : France - Nouvelle-Zélande > Et Ntamack contre-attaqua depuis l’en-but...

On atteignait l’heure de jeu, et les Bleus semblaient particulièrement mal embarqués lorsqu’à 27-25, un long coup de pied à suivre néo-zélandais roula dans l’en-but tricolore.

La suite ? Elle appartient désormais à la postérité, qui vit Romain Ntamack se saisir en catastrophe du ballon avant de catapulter d’un raffût son vis-à-vis Richie Mo’unga, puis de déposer sur les cannes Jordie Barrett, dans son propre en-but. Et c’est précisément ici, alors que 99 joueurs sur cent auraient probablement dégagé le ballon en catastrophe, que la magie opéra. Relevant la tête, Ntamack continua sa course le long de la ligne de touche avant de réaliser alors un tour de magie, en ouvrant d’une passe aveugle un espace à Melvyn Jaminet, pour une contre-attaque fabuleuse relayée par Antoine Dupont.

Las, une gourmandise de Cameron Woki sur le temps de jeu suivant ne permit pas de concrétiser cette contre-attaque du bout du monde, mais qu’importe. L’essentiel reste que pour enrayer l’action, le numéro 8 des Black Ardie Savea récolta un carton jaune qui fut le vrai tournant du match. Assez pour envoyer l’action dans la légende des Bleus...

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