Christophe Urios : « Woki m’a bluffé ! »

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Publié le , mis à jour

Avec sa gouaille caractéristique, le boss des Girondins refait pour nous l’année 2021, et évoque celle à venir : Top 14, Champions Cup, les phases finales, les départs de Lam et de Seuteni, les arrivées attendues… Urios dit tout, sans filtre.

Pour quelles raisons avez-vous choisi de prolonger l’aventure avec l’UBB ?

Ce n’était pas un choix facile à faire. Mais je vais vous expliquer comment je procède à chaque fois que je dois prolonger ou non une aventure. Je me base sur trois choses : la première, est-ce que je suis l’homme de la situation ? C’est un métier difficile, il y a un phénomène d’usure, notamment sur le plan du discours. Est-ce que je vais continuer à progresser ? Moi, j’ai besoin de vibrer pour avancer, sinon je suis nul. La deuxième question, c’est la progression du club : quel est l’avenir du président, en l’occurrence Laurent (Marti, N.D.L.R.) ? Quels sont les grands chantiers du club ? La formation ? Les moyens de recrutement ? Enfin, le dernier point n’est pas essentiel mais il est important : c’est le contrat et la famille.

Pourquoi était-ce une décision difficile à prendre ?

Il est toujours compliqué de prendre une décision un an et demi à l’avance. J’ai pris un risque en annonçant que j’allais prendre ma décision fin 2021. On me sollicitait, mais je voulais jouer cartes sur tables avec Laurent. Et puis j’éprouvais un sentiment bizarre : je n’avais pas l’impression d’avoir déjà fait trois ans, tant les saisons ont été perturbées par la pandémie. La première année, on était en fusion et ça s’arrête. La deuxième, on fait trois demi-finales, c’est incroyable, mais dans un contexte très difficile à vivre. Cette année ça repart bien mais je n’ai pas l’impression d’avoir fait des années pleines. Tout ce contexte ne m’a pas aidé. Mais je n’avais pas d’alternative. Je ne regardais pas ce qui se passait à côté, je ne préparais pas de plan B. Je ne serais jamais allé voir Laurent en lui disant : « à Saint-étienne on me donne tant, toi tu me donnes tant, qu’est-ce qu’on fait ? » Je ne marche pas comme ça. Je ne voulais pas que mon agent discute avec d’autres clubs dans le dos de Laurent.

 

Honnêtement, je m’en fous de recruter des Toulousains. J’aurais pu essayer de prendre Toto Dupont, mais bon… il a envie de resigner pour 25 ans !

Ce sera un nouveau cycle ?

Je ne crois pas… Ce sera plutôt dans la continuité, même si le groupe va évoluer en termes de recrutement. Depuis notre arrivée, il n’a pas vraiment changé. Même si on a perdu des joueurs importants Semi Radradra dès la première année ou un leader comme Baptiste Serin juste avant que j’arrive. Perdre le capitaine qui est un enfant du club, il faut s’en relever. Mais à chaque fois on l’a fait.

Vous parliez d’usure du discours, comment allez-vous vous renouveler ?

Il faut sans arrêt le faire. Il faut surprendre les joueurs pour qu’ils avancent. Chaque saison est une nouvelle histoire. La fin de l’année prochaine marquera la fin de notre premier cycle, qui était en quatre temps : la première année était le cycle de la vigne, la seconde la fabrication du vin, là nous sommes dans l’élaboration du vin et l’année prochaine sera sa commercialisation. Il faudra donc faire évoluer le projet vers un nouveau cycle de deux ans, mais je ne sais pas encore à quoi cela ressemblera.

Êtes-vous satisfait de cette première place provisoire en Top 14 ?

Elle confirme les deux premières années. Et ça, c’est fantastique. On parlait de la première année juste avant… on était en fusion. Je ne parle pas d’être champion, mais simplement d’être qualifié, car c’est tout ce qui comptait pour nous. Et puis tout s’arrête. Cela a été très très dur. L’année dernière, on perd Radradra mais le groupe continue de progresser avec trois demi-finales. Cette année, on ne recrute pas de joueur majeur mais on se retrouve premiers à la fin de la phase aller. Je suis fier de ça. Cela veut dire que le club avance.

Comment envisagez-vous la phase retour ?

Elle est passionnante. Le Top 14 est très relevé, le niveau s’est resserré. Pour moi, c’est excitant. Bien sûr, il y a le Covid qui se fout dans nos pattes et qui pourrait fausser le championnat. Avec le nouveau protocole de la Ligue, tu peux jouer des équipes amoindries et je ne parle pas des doublons… Mais ça, on ne le contrôle pas. Donc je ne vais pas me plaindre.

Dans votre dernier livre sur le management, vous écrivez : « Plus c’est dur, plus ça m’excite ». C’est ce que vous essayez de transmettre à vos joueurs ?

Oui, je suis comme ça. C’est la définition du rebelle, à l’aise avec l’inconfort. J’adore la citation de John Fitzgerald Kennedy : « Quand c’est dur, ce sont les durs qui avancent. » C’est la vérité du Top 14. C’est là que l’on voit les vrais mecs.

Cela ne vous fatigue jamais ?

Non…

Même avec le Covid, qui revient sans cesse ?

Oui, oui forcément… Je ne suis pas un surhomme non plus hein ! Je le subis comme les autres. Mais je n’en souffre pas dans mon métier. Plus sur mon exploitation de vin, Château Pépusque : c’est vraiment dur d’organiser des évènements en ce moment, comme l’année dernière. Ça, ça me fatigue. Dans le rugby, c’est différent. Quand on apprend qu’on a sept cas, ça me fait ch… deux secondes mais très vite, je me mets à trouver des solutions.

Vous disiez que le Top 14 allait certainement être perturbé par le Covid, que dire de la Coupe d’Europe ?

La Coupe d’Europe est déjà faussée. Certaines équipes ont gagné avec cinq points sans même jouer, alors que d’autres ont vu leurs rencontres reportées. Cela impacte la fin du championnat, forcément. Notre ambition est de nous qualifier même si l’on a mal commencé en perdant direct à la maison contre Leicester. On va donc tout faire pour se qualifier, mais on sait aussi que la compétition n’est déjà plus équitable.

Craignez-vous que la saison s’arrête, comme il y a deux ans ?

Non… On a beaucoup plus de recul qu’avant. Et au-delà du rugby, les gens ont joué le jeu. Ils ont été formidables même. On a tous été vaccinés une fois, deux fois, trois fois, pas un seul mec ne s’est mis en travers même si parfois c’est un peu douloureux car des garçons ont des idées différentes. Bien sûr, ce variant est emmerdant car on manque de recul mais je me garderai bien de porter des jugements sur les décisions qui sont prises. Ce n’est ni ma compétence, ni ma légitimité. Je fais confiance aux gens qui sont à la tête de la Ligue. À la rigueur, je me demande s’il ne faudrait pas suspendre le championnat pendant un mois, le temps que ça se calme. Mais ce n’est qu’une idée, rien de plus. Ce qui me dérange plus par contre, ce sont les jauges.

C’est-à-dire ?

L’économie du rugby est impactée. Je me mets trois secondes à la place de nos présidents, et du mien qui travaille avec une économie réelle sans le soutien d’un grand groupe ou d’un mécène. Heureusement, j’ai l’impression que l’on revient un peu sur cette décision car j’entends dire que les jauges seront liées à la capacité du stade. Heureusement ! Comment ne mettre que 5 000 personnes à Chaban qui peut en contenir 35 000 et en mettre autant dans un stade de 12 000 ? C’est un scandale… Et puis, comment peut-on… (il marque une pause) comment peut-on mettre des jauges dans les stades et ne pas en mettre dans les meetings politiques ? Ça, c’est purement un scandale. J’ai toujours respecté nos dirigeants, et je les ai toujours suivis quand ils étaient exemplaires. Mais là, je suis désolé, ce gouvernement n’est pas exemplaire. Quand tu prends une décision comme ça, tu te fous de la gueule des gens.

Venons-en au recrutement. Vous disiez plus haut que les moyens de recrutement ont pesé dans votre décision de rester. Les prolongations de Jalibert, Petti et celle possiblement à venir de Woki vont en ce sens ?

Forcément… quand tu veux faire grandir un club sur une longue durée, il faut garder tes meilleurs joueurs. Après, ça ne marche pas à tous les coups : on a perdu Semi Radradra à l’UBB, et à Castres Antoine Dupont. Je me souviens qu’à propos d’Antoine, tout le monde me disait attention, patin couffin, bon. L’année d’après, on a été champions. Après c’est vrai qu’en termes de dynamique, de construction, d’identité, il est fondamental de garder tes meilleurs joueurs. Je suis donc très heureux que Matthieu ait prolongé, très heureux que Guido l’ait fait aussi, j’espère que Cameron va le faire. Après, ma gestion est collective, elle ne peut pas être individuelle.

Le dossier de Cameron Woki est-il en bonne voie ?

Ouais, il est en bonne voie… Enfin, je ne sais pas où ils en sont car ça, c’est le très bon boulot de mon président.

Qu’avez-vous pensé de le voir jouer en deuxième ligne ?

Au niveau international, il a montré qu’il était capable de le faire. J’ai même trouvé que c’était une bonne idée, par rapport au rythme supérieur d’un test-match. Cela ne me serait jamais venu à l’idée ! (rires) Il y a beaucoup moins de mêlées à ce niveau. C’est tout le contraire en Top 14, où l’on en a six tout les quarts d’heure. C’est pour cela que je n’y crois pas en Top 14. Ou du moins pas de façon durable. Sur du coaching, je pourrais tout à fait le faire monter à ce poste, ou à la rigueur sur une surface très rapide comme la pelouse synthétique de l’Arena. Mais en hiver, sur terrain gras ce n’est pas une bonne idée. J’avais l’habitude de faire l’inverse, faire descendre mes deuxième ligne en troisième : Capo à Castres, Ursache à Oyonnax, Petti à Bordeaux... Le Top 14 est tellement dur physiquement que si tu ne mets pas de vrais spécialistes à ce poste tu rinces les mecs.

Cameron Woki vous a donc bluffé ?

Ah oui ! Il m’a bluffé dans le travail, dans l’enchaînement des tâches, dans le sale boulot qui, pour moi, est essentiel. Je l’ai trouvé laborieux, au bon sens du terme, alors que ce n’était pas la définition initiale que j’avais de lui. C’est un joueur de coups, explosif, capable de faire basculer un match. Mais à côté de lui il lui faut des garçons qui travaillent. Là, il a été l’un de ces garçons de l’ombre : un mec qui fait 150 rucks, 20 mêlées et 25 mauls. Je n’ai qu’un regret…

Lequel ?

Qu’il n’ait pas mis le bandeau ! Quand je l’ai appris c’est le premier truc que je lui ai dit ! Il m’a répondu : « Non je ne peux pas, faut que j’abîme mes oreilles pour être un vrai rugbyman. »

Le départ de Ben Lam est-il une déception ?

C’est toujours une déception de perdre des joueurs très bien intégrés et performants. Et c’est encore plus dommage à Bordeaux car j’ai la chance d’entraîner un groupe qui vit vraiment dans la bonne humeur. En 20 ans d’entraînement de pro, j’ai rarement eu un groupe aussi fort humainement...

Même à Oyonnax ?

Oyo c’était fort, mais différent. Il n’y avait pas autant de déconnade, de joueurs capables de mettre de la bonne humeur. Le groupe était très fort, sain, riche, travailleur. Ici c’est pareil mais avec cette touche de bien vivre. Pour en revenir à Lam, le recrutement se fait sur trois points : l’état d’esprit, le potentiel et la complémentarité, et enfin le financier. Le problème de Ben, c’est qu’on ne s’attendait pas à perdre UJ Seuteni. Ben devait donner une réponse immédiate, et on n’a pas pu le bloquer car on ne savait pas comment compenser le départ d’UJ qui, en plus d’être un grand joueur et d’être un super mec, est Jiff. On n’était pas sûr de pouvoir garder Ben, donc on ne pouvait pas le bloquer.

Vous ne comprenez pas le départ de Seuteni ?

C’est toujours pareil, ce sont les choix des gens ! Moi je respecte leurs choix. Si je n’étais pas resté à Bordeaux, certains auraient dit qu’Urios est un con ! Lui, il nous a expliqué qu’il voulait vivre une autre aventure, qu’il voulait voir autre chose. Voilà quatre ans qu’il est là, on est très content de lui, il joue, mais il veut voir autre chose. C’est dur à entendre, parce que j’ai forcément une part de responsabilité et que j’ai peut-être fait des conneries avec UJ, je n’ai pas su le garder.

Que vous ont apporté Louis Picamoles et François Trinh-Duc ?

Déjà on avait besoin de spécialistes à ces postes. Ensuite, on avait besoin de leur expérience. Le groupe est jeune par son âge, mais aussi par son expérience des phases finales. Et puis François pouvait faire progresser Matthieu par sa façon d’être. Enfin, ce sont des compétiteurs. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu Louis à ce niveau, et François a fait de très bonnes entrées contre Clermont et Toulouse. L’image de faire finir ces grands joueurs et amis à Bordeaux était belle, aussi. Et ils avaient déjà de vrais amis dans ce groupe avant même d’y arriver. François est très proche de Rémi Lamerat, et Louis de Jeff Poirot. Je savais qu’ils allaient apporter de bons liens pour le groupe, qui fera tout pour leur offrir une belle sortie.

On a aussi assisté à l’éclosion de Bastien Vergnes-Taillefer…

Bastien, c’est la réussite du recrutement de l’année dernière. On a fait des joueurs d’expérience et des jeunes à fort potentiel issus de Pro D2. Bastien reflète ça : on avait besoin de joueurs affamés. Pour créer de l’émulation, l’envie d’avancer. Alban Roussel est dans la même veine, il va arriver. Après, des jeunes, ce n’est pas ce qui nous manque : Yoram Moefana, Romain Buros, Max Lamothe… ces jeunes sont en train d’exploser. Et je ne parle pas de Cameron Woki bien sûr…

Pourquoi souhaitez-vous recruter Antoine Miquel et Zack Holmes ?

J’avais essayé de faire venir Antoine à Castres quand il était à Agen. C’est un excellent joueur de club. Là-bas, il montrait beaucoup de caractère, de combat, en plus de sa faculté à jouer debout. À Toulouse, il joue moins à cause de la concurrence. Mais la grande force de cette équipe toulousaine, c’est de prendre beaucoup de points quand les cadres ne sont pas là : cela veut bien dire que les autres sont d’un très bon niveau ! Et en plus, c’est un garçon de la région. C’est bon pour l’identité du club.

Et Holmes ?

On va avoir besoin d’un ouvreur. J’aime son côté animateur de jeu, rapide. On avait aussi besoin d’un buteur si Matthieu (Jalibert) et Max (Lucu) sont en équipe de France, on a plus que François. L’autre avantage de Zack, c’est sa polyvalence 10-13.

Est-ce un petit plaisir de recruter des Toulousains ?

Non. Honnêtement, je m’en fous. J’aurais pu essayer de prendre Toto Dupont, mais bon… il a envie de resigner pour 25 ans ! (rires)

Que peut-on vous souhaiter pour 2022 ?

Plein de choses ! De continuer à progresser, à nous qualifier, à jouer des phases finales. Ce sera déjà pas mal !

Et personnellement ?

Que Château Pépusque continue à avancer. C’est un projet personnel fondamental, dans lequel je m’investis beaucoup avec une belle équipe. Ça me plaît, c’est chez moi. Je veux que cela devienne une référence dans le Minervois, et que le Minervois devienne une référence en France et dans le monde. Enfin, comme je le dis dans mon livre, j’aimerais qu’on porte tous des chaussures cirées…

Pardon ?

Porter des chaussures cirées, c’est soigner les détails. Donc voilà ce que je vais me souhaiter pour 2022 : porter des chaussures cirées. Ça, c’est la classe ! (rires)

Allez-vous prendre une bonne résolution ?

Non… (il réfléchit) En tout cas je ne compte pas perdre de poids, même si les mauvaises langues pourraient dire le contraire ! Je ne suis pas malade, et je sais quand je dois faire attention. Je n’ai pas besoin d’une nouvelle année pour prendre des résolutions.

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