Steffon Armitage (Biarritz) : « Les deux équipes méritent d'être en Top 14 »

  • Steffon Armitage et Mathieu Acebes.
    Steffon Armitage et Mathieu Acebes. Midi Olympique. - Patrick Derewiany.
Publié le , mis à jour

Les deux promus s’affrontent ce samedi, à 17 heures, à Aguilera, pour un match crucial dans la lutte pour le maintien. Le BO et l’Usap comptent tous deux 19 points et sont pleinement engagés pour leur survie dans l’élite. Les deux meneurs de troupe que sont Steffon Armitage et Mathieu Acebes évoquent ce choc si particulier entre anciens rivaux du Pro D2 et reviennent sur la première partie de saison de leur formation.

Biarritz et Perpignan sont tous deux promus, concurrents directs et ont le même nombre de points. Le décor est posé. Comprenez-vous que l’on parle de match de la survie ?
Steffon Armitage : Oui, c’est tout à fait compréhensible. Au-delà de ça, Biarritz-Perpignan, c’est un match que l'on a beaucoup joué l’année dernière ou celle d’avant. Pour le reste, les saisons sont longues et ce ne sera pas fini après cette rencontre. Selon moi, c’est un match capital pour se relancer.
Mathieu Acebes : Le contexte, l’environnement médiatique et les supporters font de ce match un rendez-vous particulier. La rivalité et tout le reste, ça vient de l’extérieur. C’est un tournant très important, certes, et une rencontre excitante à disputer. Les deux équipes ont laissé pas mal de points en route jusqu’à présent et connaissent l’enjeu. Mais quoi qu’il arrive, le championnat ne s’arrêtera pas ce week-end et il faudra continuer à avancer ou bien se relever. Ce n’est pas de la langue de bois, c’est la réalité. Quand le BO est venu perdre chez nous à la 3e journée, ils ont su se remobiliser par la suite. Ce que je sais, c’est que la lutte sera très serrée jusqu’à la fin.

Votre discours de capitaine devrait tout de même être musclé, samedi, dans le vestiaire, pour ce qui s’annonce être un bras de fer acharné ?
M. A. : Pour nous, joueurs, il ne faut pas se tromper de combat : le maintien ne se jouera pas samedi. Il ne faut pas tomber dans le piège de l’excitation en oubliant les choses importantes de ce qui fait un gros match. La concentration sera primordiale pour avoir de la justesse dans notre jeu. Il faudra avoir les idées claires et ne pas perdre d’énergie à se soucier des autres. On a déjà assez à faire avec nous-mêmes.
S. A. : Le discours est simple : nous sommes allés chez eux et les choses n’ont pas tourné en notre faveur. Cette fois-ci, l’Usap vient devant notre public et on ne peut pas se tromper. Nous devons montrer que l'on est sur le bon chemin.

Ce genre de match commence-t-il déjà à se gagner dans la semaine ?
S. A. : Bien sûr. Tous les matchs gagnés le sont grâce à ce qu’on a fait pendant l’entraînement, grâce à ce qu’on a dit.
M. A. : Il n’y a pas de vérité en la matière : vous pouvez avoir des semaines excellentes et que rien ne se passe comme prévu le samedi ou l’inverse. Et vous savez, actuellement, les préparations sont tellement particulières avec les entraînements annulés et les tests de Covid… C’est une période difficile, il faut plus que jamais être focalisé sur la performance et sur nous-mêmes.

Quelle sera la clé de la partie, en sachant que la météo s’annonce capricieuse ?
S. A. : Le temps ne change pas grand-chose, puisqu’il ne fait pas tout le temps beau à Biarritz. Nous avons l’habitude. Il faudra jouer au rugby, essayer de garder le ballon et ne pas trop donner d’opportunités aux Catalans de relancer le jeu. Nous devrons jouer à notre rythme et non pas au leur. Le jeu au sol ? C’est notre point fort. Nous travaillons tout le temps pour être performant. C’est dans le domaine du jeu au sol qu’on gagne les matchs. On base notre jeu là-dessus, car nous avons les joueurs pour le faire. Mais Perpignan a aussi de très bons gratteurs. Je pense à Matthieu Ugena, un très bon joueur avec qui j’ai joué à Pau. Il est très fort au sol, c’est un combattant, je l’aime bien. Il y a aussi Seilala Lam, qui est très bon dans ce secteur. Ce sera un très bon combat qui va nous permettre de savoir où on se situe.
M. A. : Le jeu au sol sera primordial. Ils ont vraiment une qualité rare dans ce secteur, on a conscience qu’il faudra faire l’effort à ce niveau. Ça sourira à celui qui aura le plus de maîtrise au fil du match. D’autant plus qu’il y aura une forte pression des deux côtés.

Que vous manque-t-il pour passer un palier, sur la durée ?
S. A. : Il faut que l’on garde le ballon et qu’on arrête de faire des fautes. Je trouve qu’en ce moment, on en fait trop. Si nous arrivons à corriger cette indiscipline, je pense que l'équipe peut arriver à rivaliser avec toutes les formations du championnat.
M. A. : Un peu plus de pragmatisme et d’efficacité dans les zones de marque. On est aussi trop irréguliers dans les secteurs de base : un coup, il y en a un qui marche mais pas l’autre… Sur la phase retour, il faudra moins laisser filer de points.

Quel est l’état d’esprit du vestiaire à mi-saison ?
S. A. : Il faut garder la tête haute. Il reste encore beaucoup de matchs et beaucoup de points à prendre. Nous ne sommes pas passés très loin lors de plusieurs défaites. Nous devons donc continuer dans le sens où nous allons et les choses vont changer. Je suis confiant. 2022 va être une bonne année pour le Biarritz olympique.
M. A. : Notre groupe est animé par l’envie d’y croire.  Il ne faut pas commencer à se morfondre ni se poser trop de questions. On sait que ce sera dur, que rien ne nous sera donné, qu’il faudra se faire mal. Mais on est positifs quant à nos chances.
S. A. : Si tu ne donnes pas tout, tu ne mérites pas d’être sur le terrain. Dans notre équipe, tout le monde a quelque chose à prouver. Que l’on soit mené de trois ou de dix-neuf points, il y a toujours quelque chose à montrer. Pas forcément pour tous les autres, mais pour toi-même. Nous avons décidé qu’en 2022, il faudra démarrer tous les matchs en se disant qu’on n’a rien à perdre. Aujourd’hui, nous sommes derniers du classement. Que devons-nous donc faire ? Jouer et prendre du plaisir.

Steffon, la parfaite illustration de tout ça, c’est peut-être ce que vous avez fait à Bordeaux ?
S. A. : Oui, exactement. Lorsque nous étions menés 30-13, j’ai regardé le chronomètre et j’ai réuni tout le monde sous les poteaux. J’ai dit aux mecs : « Écoutez, arrêtons de regarder le temps ou le score. Nous repartons à 0-0 et jouons. Je veux voir des sourires, je veux que tout le monde bouge sans arrêt sur le terrain. » Vous savez, c’est un peu ce que nous avons fait l’an dernier. En Pro D2, il y a eu des matchs où nous étions loin derrière et nous avions réussi à revenir au score. Maintenant que nous sommes en Top 14, nous arrivons à faire ça à nouveau. Tout ça montre quelque chose de notre équipe. Aujourd’hui, les supporters nous donnent énormément. Quand on joue au rugby, c’est pour nous, mais aussi pour faire plaisir à ceux qui nous regardent à la télévision ou au stade. Voilà pourquoi nous ne voulons rien lâcher et donner tout à chaque fois. Même lorsque nous sommes fatigués, il faut pousser, donner les 5 % restants.

L’Usap et le BO ont pour point commun, sur cette phase aller, d’avoir prouvé qu’ils avaient leur place dans l’élite. Ce n’était pas gagné d’avance…
S. A. : Ça, c’est parce que tout le monde nous prend de haut. À chaque fois, on joue le match comme si c’était le dernier. Nous allons procéder de cette manière jusqu’à la fin de la saison.
M. A. : Oui, nous avons prouvé que notre place était dans l’élite. Mais vous savez, je pense que beaucoup de monde fantasme le fossé qu’il y a entre le Top 14 et le Pro D2. Je ne suis pas sûr que l’écart soit si grand que ça entre les quatre derniers de l’élite et les quatre premiers d’au-dessous. Après, oui, il y a un monde avec lequel l’on ne peut pas combattre sur la durée. On ne joue pas dans la même cour que les grosses écuries même si nous avons tous deux été capables de rivaliser avec plusieurs d’entre elles sur un match. Nous sommes derniers à égalité mais les autres devant ne sont pas non plus à 20 points.

Quel regard portez-vous sur l’équipe d’en face ?
S. A. : Ils sont comme nous. Ils ont gagné quatre matchs et ne sont pas passés loin de la victoire sur plusieurs rencontres. C’est une très bonne équipe, solide, avec un très bon effectif. Pour moi, la rencontre de samedi sera très dure. Après ce qu’ils ont fait la saison dernière, ils sont à leur place en Top 14. Nous nous méfions d’eux, mais je pense que nous n’avons pas encore montré notre vrai visage. Enfin, peut-être pendant les quatre dernières minutes à Bordeaux.
M. A. : Je suis admiratif de l’équipe qu’ils ont réussi à bâtir. Ils ont effectué de très bons recrutements et ont une formation assez complète. Tout ce qu’ils font, je trouve que c’est très cohérent. C’est une équipe très dangereuse. Ils ont de gros points forts avec des joueurs de très haut niveau. C’est un très bel effectif pour un promu.

En quoi les confrontations passées en Pro D2 auront-elles de l’influence ce samedi ?
S. A. : C’est une nouvelle année. Le contexte est complètement différent, nous sommes en Top 14. L’Usap a de nouveaux joueurs, nous aussi. La finale perdue ? Ça va toujours rester dans un coin de la tête, mais je pense que tout le monde a bien compris que c’est du passé. Désormais, nous devons nous projeter dans le futur. Il faut oublier le passé et ne se focaliser que sur le match de ce week-end.
M. A. : Tout ce qui s’est produit en Pro D2, c’est du passé. Les équipes comme l’environnement n’ont plus rien à voir. Il y a zéro ascendant psychologique. Le BO est au même niveau que nous, le classement parle de lui-même.

Si l’on regarde les annales, Mathieu, vous n’avez jamais perdu personnellement face au BO depuis que vous êtes à l’Usap : sept victoires en sept matchs...
M. A. : Ah d’accord… Vous savez, je n’ai pas forcément envie de m’étendre là-dessus (sourire). On ne vit pas dans le passé.

Ce match sera aussi la confrontation entre deux clubs historiques…
S. A. : Je supportais les deux quand j’étais petit ! Pour les supporters, voir ces deux clubs dans l’élite, c’est énorme. À mes yeux, les deux équipes méritent d’être en Top 14.
M. A. : J’ai beaucoup de respect pour les institutions que sont le BO et l’Usap. Dans les années 2000, le BO faisait rêver tout le monde avec les Galactiques. On avait l’impression que rien ne pouvait leur arriver. L’Usap aussi avait marqué cette époque avec sa grosse identité et des joueurs de renom. Les deux clubs ont eu des soucis mais sont de retour à leur place. Avec la même ambition : se maintenir.
S. A. :  Ce sont des clubs de batailleurs. Au BO, nous sommes tous des chiens. Cette saison, ces deux clubs sont aux dernières places du classement mais ils ne lâchent rien. Jamais elles ne s’arrêtent de lutter.

Mathieu, c’est un rendez-vous aussi particulier pour vous qui avez débuté en jeune au BO et qui êtes aujourd’hui capitaine de l’Usap…
M. A. : Je n’ai pas de honte à le dire, j’aime beaucoup Biarritz. J’ai grandi au Pays basque, j’ai de la famille là-bas. Maintenant, j’ai aussi beaucoup d’amour pour l’Usap avec qui je vis une très belle histoire.

Quels souvenirs gardez-vous de vos années à Aguilera ?
M. A. : Je suis arrivé en cadets au BO et j’ai quitté le club à 19 ans. Avec les pros, je n’avais disputé que des matchs amicaux. J’avais été sur la feuille en championnat mais sans entrer en jeu. Ça reste un passage très fort. À 18, 19 ans, je m’entraînais avec les meilleurs joueurs du monde. Ils avaient une incroyable mentalité de gagneurs : il y avait le Yach, Betsen, Imanol, Peyrelongue, Bidabé. J’ai eu l’honneur d’apprendre à leurs côtés. Ça m'a construit. Et ce qui prouve que ça a compté, c'est que je suis encore ami avec certains.

Un petit mot sur votre avenir. Vous avez prolongé il y a un peu plus d’un mois votre engagement avec l’Usap...
M. A. : Oui, je serai encore Catalan. C’est le club au sein duquel je suis resté le plus longtemps dans ma carrière et j’avais l’envie de lui rendre encore plus ce qu’il m’a apporté. J’ai aussi encore l’ambition de performer. Je me sens bien et j’ai encore l’âme d’un compétiteur.

Steffon, de votre côté, vous êtes le capitaine du BO, mais vous jouez moins cette saison. Est-ce frustrant ?
S. A. : Non. Vous savez, je ne suis pas loin de la fin de ma carrière. Mon objectif, c’est de pousser les jeunes pour qu’ils prennent ma place. Je veux les aider pour qu’ils fassent grandir le club. Ce sont eux qui incarnent le futur du BO et qui vont tenir la baraque pendant quelques années, pas moi. Si je suis choisi pour démarrer la rencontre, je serai là, mais je suis également ici afin de pousser les jeunes et les encadrer.

Vous avez tellement bien poussé Tornike Jalagonia qu’il enchaîne les grosses performances sur le terrain…
S. A. : Ah oui, avec lui ou Mathieu Hirigoyen, nous discutons souvent ensemble. Je suis trop content de pouvoir faire partie de leur carrière. Ces deux joueurs vont avoir une très grande carrière et je sais que j’ai fait mon boulot.

Vous jouez moins. Est-ce que cela a une influence sur votre rôle ?
S. A. : Non, pas du tout. Je préfère commencer les matchs, mais rentrer à la fin, c’est bien aussi. Que je sois sur le terrain ou en dehors, je ne changerai jamais. Je serai toujours là pour donner un coup de main aux gars, les remettre à leur place. Dans le vestiaire, j’ai besoin de parler.

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