XV de France : les jeunes de Galthié passés au crible

  • Matthias Haddad, Thomas Lavault ou  Paul Boudehent , la relève bleue est déjà dans les starting blocks. Photos Icon Sport
    Matthias Haddad, Thomas Lavault ou Paul Boudehent , la relève bleue est déjà dans les starting blocks. Photos Icon Sport
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Le 17 janvier prochain, Fabien Galthié dévoilera la liste des 42 joueurs appelés à préparer le prochain tournoi des six nations. Une liste qui devrait, comme les précédentes, comprendre plusieurs jeunes joueurs sans sélection. Une tendance observée depuis sa prise de fonction et qui devrait se poursuivre jusqu’à la prochaine coupe du monde, en 2023. Un fonctionnement qui a de nombreux avantages mais aussi des inconvénients…

Quand il travaille, le sélectionneur Fabien Gatlhié aime se sentir entouré. Par des joueurs toujours plus nombreux d’abord, puisque le technicien a réussi à obtenir des clubs et de sa fédération de travailler avec un groupe de 42 joueurs pour chaque rassemblement du XV de France. Un confort qui lui ouvre forcément le champ des possibles, parfois presque à son insu : à l’issue de la dernière tournée des Bleus en Australie, en juillet dernier, Fabien Galthié avouait déjà avoir "dépassé" ses objectifs : « En 17 matchs, on a capé 67 joueurs. C’est au-delà de l’objectif que je m’étais fixé. Je voulais caper 50 joueurs, trois par poste. On est à quatre par poste. Le groupe n’est pas fermé mais on a quasiment notre hiérarchie remplie. »

Surtout, il aime être entouré de jeunes joueurs. Depuis sa prise de fonction, Galthié a toujours appelé des groupes dont les moyennes d’âge étaient inférieures à celles de ses prédécesseurs (lire l’infographie ci-dessous). Le groupe qu’il a convoqué pour son premier Tournoi, en 2020, était un exemple édifiant : une moyenne d’âge de 24 ans, 19 joueurs sans la moindre sélection, 7 récents champions du monde des moins de 20 ans (dont cinq jamais capés car Romain Ntamack et Demba Bamba avaient déjà connu une sélection avec les "grands") et un seul trentenaire : le deuxième ligne Bernard Le Roux.

 

De nouveaux "bleus" chez les Bleus

Depuis, rien n’a changé. Et rien n’indique que cette tendance ne va pas se poursuivre. Car Fabien Gatlhié suit toujours autant de joueurs. Le 5 janvier dernier, alors qu’il était allé rendre visite au club de Tournon-Tain dans l’Ardèche, le technicien indiquait qu’il avait, avec son staff "refait un groupe de 75 joueurs", dans lequel "de nouveaux joueurs" apparaissent. Tiens donc ! Et vous savez qui l’on trouve parmi ces nouveaux noms ? Des jeunes, pardi ! Fabien Galthié énumérait ainsi les Rochelais Thomas Lavault (22 ans), Matthias Haddad (20 ans), Paul Boudehent (22 ans) et Jules Favre (22 ans), les Lyonnais Léo Berdeu (23 ans) et Ethan Dumortier (21 ans) et le Montois Léo Coly (22 ans). Même s’il avance que sa hiérarchie est identifiée, Fabien Galthié va donc continuer à sonder la profondeur du réservoir français.

Les avantages de ce fonctionnement sont multiples : outre le fait de stimuler la concurrence, le sélectionneur distribue les ressources du staff France (expertise technique, préparation physique, approche psychologique des matchs) au plus grand nombre et pour le plus grand bonheur de ces jeunes joueurs, demandeurs de ces formations de pointe. Le deuxième ligne du CO Florent Vanverberghe ne dit pas autre chose. Mais il y a aussi un inconvénient.

À force d’être convoqués sans jamais jouer la moindre minute, les joueurs peuvent être frustrés, voire démoralisés. Surtout s’ils voient d’autres joueurs leur passer devant sans même avoir eu leur chance. On pense notamment au deuxième ligne Kilian Geraci qui, bien qu’il soit jeune (22 ans) ait fait les allers et retours en novembre dernier, s’est vu doubler par un néocapé (Thibaud Flament, 24 ans), puis un troisième ligne (Cameron Woki, 23 ans). C’est là que la fameuse communication entre le staff et les joueurs doit être la plus transparente possible. Histoire de ne pas "griller" nos meilleurs jeunes avant l’heure.

 

Infographie - La moyenne d'âge des groupes France avant le 1er tournoi de chaque sélectionneur
Infographie - La moyenne d'âge des groupes France avant le 1er tournoi de chaque sélectionneur Midi Olympique

 

Les « Mister » de l'Ouest

« Quand Fabien va les appeler, je pense qu’il ne sera pas déçu. » Ronan O’Gara ne boude pas son plaisir. Lui qui répète à l’envi son désir de voir un maximum de Rochelais dans les radars des Bleus, quitte à devoir s’en passer en club, est servi par le sélectionneur Galthié. Thomas Lavault, Matthias Haddad, Paul Boudehent et Jules Favre susceptibles d’intégrer le groupe France de 42 joueurs pour préparer le 6 Nations ? « Ce sont des garçons complètement différents mais que j’adore et pousse un peu, glisse, à leur égard, le manager du club à la caravelle. Peut-être qu’il y a six mois, ils se disaient "c’est qui cet entraîneur ? ». Maintenant… Ils n’ont encore rien fait. Parler, c’est facile. Je préfère les actes aux mots.» N’empêche que le jeune quatuor (20-22 ans) semble, à plus ou moins court terme, promis à l’avenir tricolore entrevu, avec brio pour deux d’entre eux, chez les Bleuets. Avec le point commun de ne pas avoir poussé dans des terres historiques du rugby.

Si le dernier précité - Favre - a été biberonné à l’ovalie à Morteau, dans le Haut-Doubs près de la frontière suisse, ses trois compères ont attrapé le virus de l’autre côté de la France. Dans le triangle géographique, quasi isocèle, reliant La Rochelle, Tours et Vannes. Purs produits de l’Ouest, nés et forgés loin des infrastructures les plus ronflantes du pays. Prenez Thomas Lavault, par exemple. Encarté à Thouars (79) quand la plupart de ses potes en équipe de France U17 jouissait d’une licence plus "bankable". À la même époque, Matthias Haddad s’entraînait au sein de l’académie du RC Vannes, ralliée après des classes bretonnes au Rugby Club Pays Muzillac. Ces deux grands espoirs de l’ovalie ne rejoindront La Rochelle, leur club de cœur, qu’en 2016, après un court détour par le Pôle Espoirs de Tours. Avec le destin qu’on leur connaît : deux titres de champion du monde junior pour le deuxième ligne, un pour le flanker. De quoi, déjà, naturellement taper dans l’œil de Fabien Galthié. D’ailleurs, sans un test positif au Covid, il y a un an, Lavault aurait déjà pu honorer une première convocation avec le XV de France. Simple contretemps pour le plus "capé", en club, des trois misters de l’Ouest. 54 apparitions en jaune et noir. La moitié comme titulaire. Et déjà un statut de leader de touche.

 

Paul Boudehent pourrait intégrer le groupe France dans les prochains mois.
Paul Boudehent pourrait intégrer le groupe France dans les prochains mois. Icon Sport

 

Boudehent, vraie-fausse surprise

À côté, Matthias Haddad ne fait pas encore le poids. Sur le papier, tout du moins. Huit feuilles de match, en pro. Pour l’anecdote, jamais le natif de La Rochelle n’a encore levé les bras. La victoire contre Biarritz à l’automne, objectez-vous ? "Thiasfou" s’est assommé sur son premier plaquage.

Faute technique déjà observée par le passé. Le sécateur Haddad semble avoir retenu la leçon, en témoigne son match référence, il y a une semaine, à Castres. « C’est bien beau d’être double surclassé, champion du monde mais ce n’est pas avec les gloires du passé que tu fais le triomphe de ton futur », insistait à l’intersaison le gaillard de 20 ans. Déterminé à confirmer les attentes placées en lui. Médiatiquement plus fortes, à ce jour, que pour un Paul Boudehent moins exposé car longtemps freiné dans son ascension par les pépins physiques.

Privé de mondial U20 en 2018 par des ischios endoloris, l’Angevin au potentiel encore sous-exploité a vu aussi la guigne le frapper, entre autres, en pleine finale de Champions Cup. Épaule luxée sur son premier ballon. « Plein d’amis regardaient. Je me suis dit : « Paul, t’es une burne ! » (rires). Maintenant, j’en rigole mais je l’ai vécu comme une humiliation », racontait récemment le flanker. Initié au SCO avant de suivre à l’adolescence son frère aîné, Pierre, à Nantes, le cadet des Boudehent sort d’une première moitié de saison aussi remplie que réussie : « L’année dernière, je comblais les trous quand il y avait besoin. J’ai un statut différent, je n’appréhende pas du tout mes semaines de la même manière. » À La Rochelle, où il séjourne depuis 2017, personne ne serait surpris de le voir un jour évoluer, aussi en Bleu, aux côtés de Greg Alldritt.

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Simon VALZER
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