Affaire Laporte-Altrad : le rapport de la BRDE est "salé", la défense de Laporte monte au front

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Le rapport des enquêteurs de la BRDE, que nous avons consulté, relève quatre délits majeurs dans les relations mêlant Bernard Laporte à Mohed Altrad, depuis 2016. Maître Versini-Campinchi, l’avocat de Bernard Laporte, donne le point de vue de la défense sur chacune de ces accusations.

1) La FFR a-t-elle intercédé en faveur

du groupe Altrad dans le rachat avorté de Gloucester ?

En 2016, Mohed Altrad, déjà président du MHR, émet le souhait de racheter 55 % des parts de Gloucester, une transaction qui ferait de lui le nouveau propriétaire du club anglais. Si cela n’aboutira pas (l’EPCR s’opposera au deal), les enquêteurs stigmatisent le fait que Bernard Laporte, en tant que président de la FFR, ne se soit pas opposé à l’idée. Maître Versini-Campinchi, l’avocat de Bernard Laporte dans cette affaire, répond : "Le 31 octobre 2016, la RFU (la fédération anglaise, N.D.L.R.) a donné son accord de principe au projet du groupe Altrad de racheter Gloucester. Le 14 décembre 2016, le comité directeur de la FFR, reprenant l’analyse du département juridique de la fédération, a également donné son accord de principe, sous réserve de celui de l’EPCR (instance gérant les coupes d’Europe, N.D.L.R.) et de World Rugby. Le 18 décembre 2016, World Rugby avalise le projet, qui sera finalement retoqué par l’EPCR. Ici, l’accord de principe formulé par le comité directeur de la FFR n’est en rien suspect et juste conforme à l’analyse du service juridique de la FFR et aux positions de la RFU ou de World Rugby. Il est d’ailleurs acté par les policiers enquêteurs qu’aucun membre du service juridique de la FFR (certains ont été auditionnés, N.DL.R.) n’a reçu la moindre instruction de Bernard Laporte à ce sujet."

2) Comment Bernard Laporte,

alors président de la FFR, a-t-il accepté de signer un contrat d’image avec Mohed Altrad ?

"M. Laporte a choisi d’exercer bénévolement les fonctions de président de la FFR, poursuit Versini-Campinchi. Il consacre l’essentiel de son temps à la fédération. En 2016, il a refusé un pont d’or de Mohed Altrad (1, 2 millions par saison, N.D.L.R.), qui souhaitait faire de lui le manager de Montpellier ; Laporte lui ayant répondu qu’il ne pouvait pas accepter puisqu’il voulait maintenir sa candidature à la présidence de la FFR. M. Altrad lui a, à ce moment-là, proposé d’être un des communicants de son groupe (Laporte fait ce type de ménage depuis près de 20 ans, N.D.L.R.). C’est une maladresse, d’accord. Mais ce contrat, qui n’a finalement pas été exécuté et que M. Laporte rembourse depuis plusieurs années, sert aux policiers de pierre angulaire pour asseoir leur raisonnement : ils considèrent que tout ce qu’a pu faire B. Laporte ensuite, serait en remerciement de ce contrat : le coup de téléphone à Jean-Daniel Simonet (alors président de la commission d’appel de la FFR, N.D.L.R.), l’intervention de la FFR en faveur du rachat de Gloucester, le sponsoring du maillot… C’est complètement inexact et ce raisonnement ne tiendra pas devant un tribunal. Les faits énoncés par les policiers ne deviennent de supposés délits que parce que les policiers croient à un renvoi d’ascenseur qui n’existe pas. C’est injurieux de penser que Bernard Laporte aurait pu agir dans un intérêt autre que celui de la fédération à laquelle il est entièrement dévoué."

3) Le maillot des Bleus a-t-il été

bradé en faveur du groupe Altrad ?

En janvier 2018, la FFR annonce que le groupe Altrad devient le nouveau partenaire maillot du XV de France pour la somme de 6,8 millions d’euros. Au sein de leur rapport, les policiers soulignent l’opacité d’un appel d’offres qu’ils considèrent tronqué. à ce sujet, Versini-Campinchi enchaîne : "Dans l’enquête sur la vente du maillot, les experts précisent qu’aucun sponsor n’a souhaité payer 6,8 millions (ce qu’a déboursé M. Altrad pour devenir sponsor maillot du XV de France, N.D.L.R.). Aucun ! Les partenaires officiels ont été consultés et ils n’ont pas souhaité formuler une proposition pour figurer sur le maillot, même pour un prix moindre. On ne peut accuser M. Laporte d’avoir fait cadeau du maillot des Bleus au groupe Altrad !" La défense assure aussi que le vice-président de la FFR Serge Simon, avant que la transaction avec le groupe Altrad ne soit effectuée, est entré en contact avec les agences de marketing sportif les plus cotées de la place pour informer que la fédération était en recherche active d’un sponsor maillot, lesquelles agences l’ont confirmé. Entendu dans le cadre de l’enquête, le représentant d’une de l’agence Infront a ainsi déclaré : "Ce contrat (entre la FFR et le groupe Altrad) est cohérent. Ce maillot a été bien vendu, je n’aurais pas fait mieux et c’est pourtant", une déclaration que les enquêteurs ne mentionnent pas dans leur rapport de synthèse.

4) Laporte a-t-il fait pression

sur le président de la commission d’appel afin de porter secours au MHR ?

Le 29 juin 2017, les sanctions à l’encontre du MHR émises par la commission de discipline de la Ligue Nationale de Rugby sont maintenues par la commission d’appel de la FFR. Pourtant, elles auraient été modifiées le 30 juin après un appel téléphonique de Laporte à Simonet, alors président de la commission d’appel : Montpellier n’est plus suspendu de stade pour un match, voit son amende passer de 70 000 à 20 000 euros. à ce titre, le rapport de la BRDE énonce que le président de la Commission d’appel et celui de la FFR se seraient téléphoné à sept reprises ce jour-là. Jean-Pierre Versini-Campinchi réagit : "Le coup de fil à Jean-Daniel Simonet a toujours été reconnu, il n’y a pas débat. Mais si M. Simonet n’est pas poursuivi dans cette affaire, c’est qu’il a été établi que le coup de fil de M. Laporte est postérieur à la date de délibéré de la commission de discipline. Le 30 juin 2017, M. Altrad a appelé Bernard Laporte pour connaître le résultat rendu la veille, Laporte l’ignorant, il a appelé M. Simonet qui lui a indiqué qu’elle n’était pas rendue. Ils ont ensuite évoqué les rapports alors mauvais entre la Ligue et la Fédération. Laporte n’a jamais demandé que la sanction du MHR soit réduite. Au moment où il décroche son téléphone, M. Laporte pense que la décision est déjà rendue et s’il appelle M. Simonet, c’est simplement pour savoir quelle était la sanction pas pour la faire modifier."

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