Pierre Mignoni, entretien exclusif : «Quand tu es faible, les gens le ressentent»

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Il est à a tête du club lyonnais depuis sept saisons. L’occasion de dresser le bilan de sa mission, de la saison en cours mais aussi de se projeter sur son futur qui devrait toujours passer par la capitale des gaules

Le manager du Lou est-il satisfait de cette première partie de saison ?

Notre bilan est mitigé mais correct. Ce qui m’intéresse, au-delà de notre classement, ce sont nos performances. Quand on les analyse, on perçoit notre inconstance malgré quelques sorties très, très bonnes. C’est l’un de nos axes de travail actuel : gagner en régularité, en consistance dans notre jeu. On doit aussi développer notre confiance en nous, notamment à l’extérieur.

Lyon a-t-il eu du mal à se remettre de l’absence de qualification pour les phases finales, l’an dernier ?

Prenez depuis notre retour en Top 14, et cela ne fait pas si longtemps : mise à part la première saison où on jouait le maintien, nous avons été par trois fois en demi-finale. Sauf l’an dernier. Le club avait toujours connu une progression. L’an passé, on peut parler de premier échec ou de coup d’arrêt. L’objectif était la qualification et ne pas le réaliser était une faute. C’était pourtant mérité.

Pourquoi ?

Nous ne méritions pas d’être en phases finales, tout simplement. On ne peut s’en prendre qu’à nous-mêmes. Pour répondre à votre première question : cet échec a engendré une très grosse remise en question de l’équipe, des joueurs mais aussi personnel. Cela nous a fait énormément de bien. Nous ne sommes pas le Stade toulousain, nous sommes encore assez jeunes en tant que club. Nous manquions peut-être d’une certaine maturité. Le Lou est encore dans une phase de construction. Alors, oui, l’été a été important.

Le Lou a-t-il repris sa marche en avant ?

Je sens vraiment une différence cette année, au sein de mon groupe. Nous sommes repartis en fixant de nouveaux objectifs, après une grosse remise en question. J’ai une équipe jeune dans son noyau dur, qui a évolué dans le bon sens me semble-t-il. Je le vois, notamment au travers des réunions en semaine avec les leaders du groupe. Nous sommes en train d’arriver à maturité et ceci ne se construit pas d’un coup de baguette magique. Il faut se tromper, connaître des échecs pour progresser. Des joueurs se révèlent, confirment et c’est bien pour l’avenir du club.

On peut citer Baptiste Couilloud et Léo Berdeu, à la charnière, qui ont pris une autre dimension. Sans grande charnière, impossible de viser un titre ?

Vous avez raison. Même si Lima Sopoaga va énormément nous apporter, il y a une paire à la charnière qui se détache. Léo Berdeu symbolise ce qui nous est arrivé, avec une grosse remise en question à l’intersaison sur ses objectifs, sa façon de travailler. Ça lui a été bénéfique. Je n’étais pas en accord avec lui, on s’est expliqué. J’essaye d’avoir un management clair, de dire les choses avec honnêteté et simplicité. Il a eu l’intelligence de changer sa façon de faire, de prendre en compte mes remarques.

Quel était le point de discorde entre vous ?

Sur son attitude… Mais c’est normal. Quand tu es jeune, tu as besoin de te faire remettre, parfois, sur le bon chemin. Léo n’avait pas une mauvaise attitude. Il est très respectueux. C’est plutôt sur son investissement. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’entraîner un autre joueur et il est récompensé par cette présélection. Léo ne la doit qu’à lui-même. À lui d’optimiser ses points forts.

Avez-vous l’impression de disposer du groupe le plus performant, depuis que vous êtes aux manettes du club ?

Oui. Nous avançons à petits pas, on est moins médiatiques que d’autres, mais cela me va bien. Nous faisons partie des quatre meilleures attaques et des quatre meilleures défenses du Top 14. On postule pour le Top 6. Mais si ce groupe a un vrai potentiel, il a aussi besoin de prendre conscience qu’il est capable de faire de grandes choses. Je vais être clair avec vous : on vit dans un monde, particulièrement dans le sport professionnel, où les gens font parfois semblant. Même souvent. En tant que coach, une de mes missions, c’est de déterminer ce que pensent vraiment mes joueurs, s’ils croient en eux. C’est facile de dire, « je veux gagner le Top 14 ». De là à le faire, il y a une vraie marge. Cette marge, c’est que tout le monde doit croire en l’objectif. Nous avons réalisé des choses bien, avec trois demi-finales, ce que le Lou n’avait pas connu depuis des décennies. Il fallait faire comprendre que c’était possible. La prochaine marche, c’est de gagner un championnat. En sachant que sur 14 clubs, il n’y en a qu’un heureux.

Un Lou qui gagne, toujours avec Pierre Mignoni à sa tête ? Depuis plusieurs semaines, le bruit court que vous pourriez ne pas poursuivre votre mission…

L’an dernier, ce fut un échec. Un échec personnel. La première personne qui devait se remettre en question, c’était moi. Et croyez-moi, je me suis posé pas mal de questions. Un coach ne doit pas avoir peur de se faire virer, de prendre des risques, d’être libre de tenter des choses. Autrement tu es faible et quand tu es faible, les gens le ressentent.

Ce n’est pas l’image que vous renvoyez.

On m’a collé l’image d’un entraîneur exigeant, je n’ai pas de problème avec cela. Mais mon management a évolué depuis les sept saisons que je suis au Lou. Je prends un vrai plaisir, actuellement, dans mon rôle de manager. Mes relations avec mes joueurs sont saines et constructives. Cette relation de confiance nous permet d’avoir une connexion qui peut nous amener loin.

Vous allez donc prolonger votre contrat ?

Mon cas personnel n’est pas important. L’institution doit être plus forte qu’une personne. L’ambiance de travail, si. L’an passé, nous avions perdu cet élan de travail, pour plusieurs raisons que je n’ai pas envie de développer ici. Mais la responsabilité était partagée entre les joueurs, les coachs et les dirigeants ! Cela fait sept ans que je suis dans ce club. Je ne suis pas là pour durer. J’ai une très bonne relation avec l’actionnaire, Monsieur Ginon qui m’a proposé, il y a deux mois, une prolongation longue durée. J’ai été touché par cette marque de confiance. Mes interrogations ne sont pas d’avoir un job, de savoir si je prolonge ou pas. L’important, c’est ce qui est bon pour le club.

Ne serait-ce pas dommage de partir, quand on voit tous ces jeunes percer au plus haut niveau comme Bamba, Geraci, Couilloud, Berdeu ? Même s’il est vrai que le Lou va perdre Barassi ou Laporte.

J’entends ce que vous dites, je connais mon groupe par cœur. Mais la question est simple : est-ce que ce groupe a besoin de moi pour franchir ce dernier palier ou de quelqu’un d’autre ? Suis-je la bonne personne ? Aujourd’hui, si je suis honnête, cela se passe bien. Très bien, même. Nous ne sommes pas en fin de cycle. J’ai l’impression que nous ne sommes pas encore au bout de notre histoire. On partage la même vision. Est-ce que ce sera toujours le cas dans deux ou trois ans ? On ne peut pas savoir. Ma reconduction de contrat n’est donc pas importante, ni à l’ordre du jour. Lyon doit être capable de rapidement jouer le titre.

Dès cette saison ?

Hé, pourquoi pas ! Nous avons fait trois demi-finales avec un effectif qui était moins bon que celui actuel. Cela fait deux ans que nous sommes au plafond du Salary Cap. La première année où l’on a autant de joueurs pris dans le groupe France. Tout cela est nouveau, c’est aussi preuve du travail effectué par les joueurs. Le club grandit, il est en croissance.

Est-ce que Mathieu Bastareaud rejouera un jour avec le maillot du Lou ?

Je suis vraiment triste que Mathieu ne soit pas avec nous tous les jours. J’ai une relation particulière avec lui, du fait de notre passé commun à Toulon. « Basta » fait partie de cette trempe de joueurs qui t’aident à remporter des matchs, à faire la différence, à porter les autres. Cela me ferait de la peine de le voir terminer sa carrière comme cela. Mais dans le rugby professionnel, tu ne choisis pas quand tu commences, d’abord, et encore moins comment tu finis. Jonny Wilkinson a terminé sur un doublé Coupe d’Europe — Top 14. Deux titres. Mais lui, il est béni des dieux ! Pour en revenir à Mathieu, il faut d’abord qu’il prenne la décision s’il a envie de continuer. Après j’ai envie de le revoir sur un terrain. Il sait que pour cela, il va devoir faire des efforts incroyables. Mais que ce serait beau ! À Lyon ou ailleurs. C’est mon regard de passionné. Ce n’est pas l’entraîneur qui parle.

En 2019, vous avez refusé l’offre de Bernard Laporte d’être l’un des adjoints de Fabien Galthié. Pourtant, vous avez toujours dit qu’il n’y avait rien de plus beau que le maillot bleu. Pouvez-vous nous expliquer cette décision ?

D’abord, j’ai remercié Bernard (Laporte) et Fabien (Galthié) d’avoir pensé à moi. Je me suis forcément posé la question. Le XV de France reste magique et en tant que coach du Top 14, je percevais, comme d’autres de mes confrères, l’émergence de cette fabuleuse génération. La perspective de vivre une Coupe du monde en France en tant que coach, c’est énorme. Alors pourquoi j’ai dit non ? D’abord, je m’étais engagé auprès de mes joueurs et de M. Ginon. Certes, dans mon contrat, j’avais une clause qui me permettait de partir pour l’équipe de France mais quelques semaines auparavant, quand mon nom a commencé à circuler, j’avais donné ma parole. C’est très important pour moi. Honnêtement, aller en numéro 1 chez les Bleus, c’était trop tôt pour moi. Je le sais pour l’avoir vécu en tant que joueur : j’ai été sélectionné jeune, trop jeune. Je ne voulais pas refaire les mêmes erreurs en tant qu’entraîneur. Le fait de prendre Fabien était le bon choix. Être son adjoint, dans cette aventure, ne m’aurait posé aucun problème. Au contraire. Mais, j’avais des engagements avec mes joueurs. Je fais toujours ce que je dis. J’ai donc dit « non ».

Propos recueillis par Pierre-Laurent GOU

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