« Toutes les larmes de Rouen » : le dernier hommage à Jordan Michallet

  • Triste vendredi soir à Rouen pour rendre hommage à Jordan Michallet.
    Triste vendredi soir à Rouen pour rendre hommage à Jordan Michallet. Photos André Roques
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    Triste vendredi soir à Rouen pour rendre hommage à Jordan Michallet. Photos André Roques
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    Triste vendredi soir à Rouen pour rendre hommage à Jordan Michallet. Photos André Roques
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    Triste vendredi soir à Rouen pour rendre hommage à Jordan Michallet. Photos André Roques
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    Triste vendredi soir à Rouen pour rendre hommage à Jordan Michallet. Photos André Roques
Publié le , mis à jour

Les Rouennais ont fait le choix compliqué de jouer le match. Pour leur copain, pour eux et pour le public venu en nombre les accompagner dans cette douleur qui aura du mal à se taire.

Dans le couloir qui mène aux vestiaires, un silence assourdissant. On y croise des anciens, venus soutenir leurs camarades. Enzo Mondon, aujourd’hui à Tarbes ou Yoan Domenech, encore Rouennais l’an passé. Peu de mots échangés mais des regards embués, des accolades franches, une sensation de temps d’après. Car c’est de cela dont il va s’agir, du temps d’après.

Ce vendredi soir, c’est un moment de forte émotion que le vieux Stade Robert-Diochon est en train de vivre. De ces instants qui restent gravés dans la mémoire collective. La foule est venue dire merci à Jordan Michallet, tragiquement disparu quelques jours plutôt. Le «général » comme le surnommaient ses coéquipiers. Un patronyme que lui a donné Richard Hill, l’ancien entraîneur de Rouen aujourd’hui à Périgueux. Il l’avait vu débarquer en 2018 sur la pointe des pieds et s’imposer très vite comme un cadre essentiel. « C’est lors de notre confrontation face à Strasbourg qu’il m’avait tapé dans l’œil. Je m’étais entretenu avec lui avant le match retour et j’avais eu son accord très vite pour nous rejoindre. Il était le métronome de mon équipe. Je lui avais demandé de moins s’investir dans les plaquages et la défense, pour garder du recul et un œil sur le jeu. Comme un général sur sa montagne. Le surnom lui était resté. Je garde de lui des souvenirs d’un être vivant et jovial. C’est comme cela que je veux m’en souvenir. »

Des tribunes nord et sud, Horlaville ou Lenoble, un seul souffle parcourt le stade, celui du vivre ensemble, un moment que Jordan Michallet aurait tant aimé vivre, une communion parfaite entre les acteurs et les spectateurs. Chez les joueurs et le staff, les visages sont fermés, mélange de concentration et d’envie de bien faire. Dans un coin, Nicolas Godignon, le nouvel entraîneur, arrivé cette saison, ne s’est pas exprimé de la semaine, le regard un peu perdu.

Aux portes, se presse un public chantant et encourageant, assurant à son groupe qu’il est bien là, présent, nombreux et derrière lui. Dans les travées, les bénévoles, indestructibles piliers de ce club, sont là. Dominique, une légende, ancien joueur, au club depuis 1994, confie: «C’est très dur, on ne souhaite ce genre de moment à personne. Depuis mardi, on s’affaire, on s’occupe, mais c’est compliqué. Jordan était un super garçon, un phare, toujours un mot pour les bénévoles, toujours prêt à venir saluer les plus jeunes. Sourire aux lèvres, positif. Le club perd un joueur autant qu’un homme. On ne comprend pas, on aimerait pouvoir trouver une raison mais c’est une impasse… Il faut quand même se dire que ces garçons passent plus de temps ensemble qu’avec leur famille, entre les entraînements, les matchs et les déplacements. Forcément, ça crée des amitiés fortes et une tristesse infinie. »

Au bord du terrain, des supporters restent à quelques minutes du début de la rencontre, pour suivre au plus près l’échauffement de leurs joueurs, témoignant d’un soutien absolu.

Quelques-uns partagent leur tristesse dans un moment de recueillement. D’autres adressent leurs encouragements aux joueurs rouennais, à l’instant de regagner leur vestiaire. Dans les tribunes, des brassards noirs aux initiales de Jordan Michallet cerclent tristement et fièrement les bras des partenaires du club, fortement ébranlés par la tragédie. C’est d’ailleurs l’association des partenaires « Autour des Lions » qui est à l’origine de la cagnotte en ligne*, lancée jusqu’à la fin du mois, afin de récolter des fonds pour soutenir l’épouse et la famille dans cette épreuve.

Le président rouennais Eric Leroy : « Je connais bien les partenaires qui ont lancé cette initiative, comme nous avons aussi décidé d’offrir la billetterie du soir à la famille. C’est le minimum qu’on puisse faire pour la famille de Jordan et notamment sa femme, qui est rentrée auprès de ses proches en Rhône-Alpes. Ils peuvent compter sur nous, ils le savent. Il y aura un hommage rendu la semaine prochaine à Grenoble (un des anciens clubs du joueur). Le directoire du FCG nous a prévenus, j’en suis très content, et le RNR avec moi. » Peut-être, un jour, une tribune ou le centre de formation porteront-ils le nom de Jordan Michallet ?

« Comment voulez-vous ne pas être touché… »

Alors, bien sûr, on observe une minute de recueillement suivie d’applaudissements assourdissants. Alors, bien sûr, le match a lieu, le résultat n’a lui que peu d’importance. Le cœur de tous se serre un peu plus à l’entrée des ouvreurs des deux équipes vêtus de maillots sans numéro, derniers témoignages d’un respect éternel et d’une douleur encore vive. Alors, bien sûr, au poste qu’occupait Jordan il y a quelques jours encore, Peter Lydon doit remplir ce soir sa mission et le vide laissé par son copain. Mais tout ce qui appartient au jeu, ce soir-là, est anecdotique tant le séisme est immense. Comme pour Corentin, un supporter très affecté : « Je suis venu voir des matchs au stade, je suis les résultats. Cette annonce de mardi m’a touché, beaucoup plus que je n’aurais cru. Je ne connaissais pas personnellement Jordan mais de voir toutes ces larmes, on se rend compte de la portée de ce décès, bien au-delà du club, de la Normandie. C’est tout le rugby qui est frappé de stupeur. J’avoue avoir eu du mal, tout au long de la semaine. Je voulais être là ce soir, ajouter ma présence à cette charge émotionnelle, même si c’est très dur. »

Au coup de sifflet final l’effondrement est total. Beaucoup de joueurs fondent en larmes de cette tristesse si longtemps contenue. Ce sont les Carcassonnais, émus, en pleurs qui viennent relever leurs malheureux adversaires du soir. « Comment voulez-vous ne pas être touché. On se doit d’être professionnels sur le terrain mais nous restons des hommes et, franchement, vivre ça, je ne me le souhaite jamais. On a fait ce qu’on a pu pour les réconforter. Mais quoi dire… », avoue un joueur de Carcassonne à la fin du match.

Le public est là jusqu’au bout, dans les tribunes et les travées du stade, jusqu’à ce que le dernier joueur ne disparaisse dans le tunnel. Et pour honorer la mémoire de leur ami et remercier ces guerriers qui ont donné tout ce qu’il leur reste de courage, de solidarité et d’amour, le public a applaudi longtemps. Interminablement. Éternellement, ce vendredi soir.

* (consulter le compte Facebook du Rouen Normandie Rugby)

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Par Gaël LECOEUR
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