Giroud, (préparateur physique) : « Réduire le volume et la quantité d’entraînement »

  • Thibaud Giroud (préparateur physique) : « Réduire le volume et la quantité d’entraînement »
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Principal objectif de ce stage, permettre aux joueurs de maintenir leur niveau de perfomance sur les neuf semaines de compétition.

Avant la tournée de novembre, vous aviez souligné que les premiers joueurs à se présenter au soutien après franchissement chez les Blacks étaient des joueurs du cinq de devant et que le XV de France avait un déficit dans ce secteur. Qu’en est-il aujourd’hui ?
C’est un axe de travail que nous avons identifié déjà depuis la Coupe du monde 2019 au Japon et sur lequel il était important de progresser. Mais la problématique est plus globale. L’objectif est de combiner l’intensité combattue et l’intensité courue sans déviation. Cette projection du cinq de devant, c’est une résultante de ces mixités de régimes de contractions pour avoir cette capacité à combiner les deux intensités. Le joueur, notamment du cinq de devant, doit être performant dans la zone de combat et être capable de se projeter pour être au soutien en cas de franchissement. Nous travaillons sur cet axe de travail depuis plus de deux ans. D’abord, dans le choix des profils de joueurs; ensuite, sur le développement des qualités spécifiques.

En novembre, nous n’avons pas pu le mettre en place avec efficacité sur les deux premiers matchs (Argentine et Géorgie) car le « ball in play » -ballon en mouvement - n’était pas très important, le combat ayant été vraiment prédominant. En revanche, sur le match contre les Blacks, nous avons eu le sentiment d’un véritable transfert des qualités dans le projet de jeu. En clair, les avants ont beaucoup été dans le combat mais aussi très mobiles et très réactifs sur cette alternance entre intensité combattue et intensité courue, et donc ont pu fournir des accélérations fulgurantes sur les soutiens. Ça nous a permis d’avoir des joueurs qui se projetaient en avance sur la ligne d’avantage. On va le rabâcher cette semaine car on doit avoir de la continuité dans ce secteur de jeu.

Mais prépare-t-on le Tournoi des 6 Nations contre des équipes européennes de la même façon que des rencontres face aux formations du Sud ?
Impossible d’isoler une dimension athlétique plus qu’une autre. Ce serait comme un peintre qui a une palette de 25 couleurs mais qui n’en utilise que quatre ou cinq. Les meilleures équipes sont celles qui ont cette faculté à jouer sur l’alternance entre intensité courue et intensité combattue à des moments clés du match. Je ne crois pas qu’on puisse réduire les équipes du Sud uniquement à l’intensité courue et celle du Nord à l’intensité combattue. Le jeu a beaucoup trop évolué.

Toutes les nations travaillent sur les changements de rythme au cœur d’un match, toutes recherchent cette alternance entre les deux intensités. C’est là où, pour être capable de se projeter vers l’avant, le jeu sans ballon est primordial. C’est lui qui permet d’être en avance sur la ligne d’avantage, d’être réactif sur les « escorts » ou sur les « chasses » et aussi sur les montées défensives. Le différentiel, notamment pour le 5 de devant, entre jeu avec ou sans ballon est important. Un joueur peut passer 60 % d’un match sans le ballon. Mais avec beaucoup de changements de rythme. Il y a quelques années, le changement de rythme se produisait essentiellement dans la zone de marque (22 mètres adverses) C’est fini. Aujourd’hui, les changements de rythme sont planifiés dans toutes les zones du terrain, quelle que soit la nation en face.

Fabien Galthié a déclaré vouloir durcir la préparation. Est-ce la raison de ce stage avec la Légion étrangère ?
Je vous rassure, on ne va pas partir pour des marches de nuit avec les rangers aux pieds ou dans des footings de cinq heures à ramper dans la boue avec des sacs sur le dos. Ce n’est pas l’objectif. Le sélectionneur a voulu changer de cadre pour apporter de la nouveauté. Le lieu n’est pas anodin, il est chargé d’histoire, d’une culture différente de la nôtre. Les joueurs vont pouvoir se nourrir des échanges avec les légionnaires. Mais sur le plan de la performance, on va surtout intensifier les séances mais réduire le volume et la quantité d’entraînement. On s’est rendu compte qu’en fin de Tournoi, nous étions un peu justes parfois.

Or, on doit réussir à maintenir le même niveau de performance sur les neuf semaines de compétition. On va donc encore augmenter nos exigences dans le domaine neuromusculaire, on a d’ailleurs fait évoluer nos contenus.

Qu’entendez-vous par domaine neuromusculaire ?
Pendant longtemps le rugby a été un sport axé sur l’énergique avec du travail d’endurance de base. Aujourd’hui, nous sommes dans une dimension largement plus neuromusculaire avec des séquences de jeu plus courtes, mais avec une intensité plus forte. Ça tape plus fort, ça court plus vite. Les joueurs atteignent leur vélocité max sur des distances d’accélération plus courtes. C’est donc plus explosif. Par rapport à la Coupe du monde 2019, les séquences de jeu ont été divisées par deux. Nous sommes passés de séquences pouvant aller jusqu’à trois minutes ou au-delà, à des séquences de moins d’une minute. Nous sommes vraiment sur un travail de changement de rythme.

On doit donc façonner des joueurs pour ce jeu et ce type d’effort, surtout sur le huit de devant. D’ailleurs, ce n’est pas tant la vitesse qui est prépondérante, c’est l’accélération et cette capacité dans la répétition à se rapprocher de son pic sans une déviation importante sur des séquences répétées pendant 80 minutes. C’est pour ça que nous avons demandé à certains joueurs de perdre beaucoup de poids sans perdre en qualité d’explosivité, de force et de puissance. L’objectif est de trouver le bon ratio entre force absolue et poids de corps donc de trouver la puissance relative optimum de chaque joueur. C’est le travail qui a été réalisé entre autres avec des garçons comme Demba Bamba, Paul Willemse, Romain Taofifenua ou encore Bernard Le Roux.

Avez-vous déjà des informations sur l’état de forme des joueurs à ce jour ?
Nous avons une radiographie globale grâce à l’échange de data qui a été mise en place entre les clubs et le XV de France. Nous les suivons toute l’année mais plus spécifiquement quatre semaines avant chaque regroupement. Mais ces quinze jours de préparation que nous avons avant notre premier match nous permettent d’avoir un développement de qualités spécifiques très important. Autant lors du Tournoi 2021, nous avions eu à gérer des états de forme très différents, autant là il y a une vraie homogénéité. C’était d’ailleurs le cas en novembre dernier.

Évidemment, nous allons avoir le problème des joueurs « covidés » à gérer. Une remise à niveau sera nécessaire, mais ce ne sont pas cinq ou sept jours d’arrêt qui vont poser problème. Nous sommes très bien staffés pour la performance avec Nicolas Jeanjean, Manu Plaza, Quentin Rinaldi ou encore Quentin Bernard. Entre nous, il y a beaucoup d’échanges. Ils sont force de proposition. Et dans ce genre de situation, c’est précieux.

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