Le rugby est Alfie

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    Le rugby est Alfie.
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L'édito du vendredi par Léo Faure... C’est le petit événement social de la semaine. Réseau social, il s’entend. Un papa gallois a donc publié, sur son compte Twitter, l’histoire d’une photo elle-même publiée sur un autre réseau, toujours social : Facebook. La photo de son fils, Alfie, qu’il avait finalement dû retirer pour des commentaires malveillants et s’en prenant à l’embonpoint du jeune homme. Et cette conclusion, forcément touchante : "Si seulement les gens savaient à quel point il travaille dur pour être en forme et à quel point sa confiance est faible."

Alfie, coupable d’être plus grand et plus lourd que ses petits camarades ? C’est l’idée. Et selon les lois de la viralité, les messages de soutien se sont multipliés. Jerome Kaino, Nigel Owens, Augustin Creevy, Neil Back, Matthieu Jalibert, Liam Williams, Louis Rees-Zammit, Uini Atonio, Jamie Heaslip, Bryan Habana, Kobus Wiese, Joe Marler lui ont envoyé un message. Les Bleus, les Blacks, les Anglais et les Australiens en ont fait de même. Siya Kolisi lui a adressé une vidéo, BFM TV et "C à Vous" (France 5) en ont fait un sujet d’émission. Bill Beaumont, supremo de l’organe suprême, n’est pas passé à côté non plus.

C’est devenu le sujet à ne pas rater cette semaine et les communicants, qui gèrent désormais l’image des joueurs professionnels, se sont empressés de l’inonder de messages. Certains dont on veut bien croire la sincérité, tout de même, quand il s’agissait d’un retour d’expérience personnelle. Comme Matthieu Jalibert : "Je me suis entendu dire toute ma jeunesse que j’étais trop petit, trop maigre, trop fluet. Quand je lis le poste de ton papa j’ai mal au cœur."

Permettez-nous tout de même de lire cette vague de soutien avec un brin de recul. Et d’y avoir, parfois, une forme d’ironie hypocrite. Le rugby, auto revendiqué "sport pour tous" de par la diversité des profils qu’il réclame sur un terrain, n’en reste pas moins soumis aux lois de l’effet de groupe. De grands groupes, en ce qui le concerne. Qui s’apparente souvent à la "loi des plus forts", d’autant plus qu’on monte en niveau, que la concurrence devient féroce pour arracher une place parmi l’élite. Cela n’encourage pas toujours et franchement aux démarches inclusives des plus faibles. Ces groupes protègent également leurs membres par une forme d’omerta : la femme d’un joueur condamné pour violences conjugales pourra bien attendre, elle, un éventuel message de soutien.

Le rugby est Alfie, en ce sens qu’il est parfois excluant, d’autres fois admirable de solidarité. Qui a déjà foulé les pelouses d’une école de rugby sait qu’il y a parfois, dans un groupe, des enfants moqués et des éducateurs qui ferment les yeux et les oreilles. Qui a déjà laissé traîner les écoutilles près d’une main courante sait qu’il y a des parents hystériques et d’autres vulgaires. Y compris envers de jeunes enfants, sous prétexte qu’ils sont trop grands, trop maigres, trop mauvais ou trop adversaires.

Alors, oui, l’élan envers le jeune Alfie est superbe et fait chaud au cœur. Il tend à prouver qu’une passerelle entre les stars de ce jeu et leur base reste d’actualité. C’est tant mieux. L’épisode ne doit pas faire oublier qu’en matière d’accueil et d’intégration, le rugby n’est pas différent de la société qui l’entoure : parfois cruel. Surtout quand il se frotte aux problématiques de l’adolescence et de la parentalité toxique.

Léo FAURE
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