John Jeffrey (Président du Conseil du Tournoi des 6 Nations) : « Faire du Tournoi la meilleure compétition annuelle au monde »

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L’ex-international écossais, que l’on surnommait "le grand requin blanc" dans les années 80, nous dessine les contours du futur du tournoi : la place de cvc, la montée en puissance des féminines, le partenariat avec tik tok et le passage obligé par les réseaux sociaux, la place de l’italie, l’ouverture à une nation étrangère comme l’afrique du Sud... le flanker aux 40 sélections répond à tout.

Beaucoup disent que l’édition qui arrive s’annonce très serrée, partagez-vous ce sentiment ?

Je vais vous dire une chose : depuis que j’ai pris ma retraite de joueur, je n’ai jamais été aussi enthousiaste et impatient à l’approche d’un Tournoi ! Pourquoi ? Parce que durant les tests d’automne, j’ai trouvé que toutes nos nations étaient performantes, qu’elles avaient progressé. Même l’Italie. J’ai l’impression que ce Tournoi va se jouer sur un rebond favorable, une passe manquée ou une pénalité qui frappe le poteau. Alors, je ne vais pas faire mon parieur, mais j’ai l’impression que beaucoup de nations peuvent l’emporter. Et j’ai également très hâte de voir le Tournoi féminin. Maintenant qu’elles disposent de leur propre fenêtre, les féminines auront l’exposition médiatique qu’elles méritent.

On imagine que vous avez une sensibilité particulière pour l’écosse…

En tant que président de la fédération écossaise, je vais avoir du mal à cacher mes couleurs ! Je suis très proche de l’équipe, qui dispose aujourd’hui de plus de puissance et de profondeur. Avant, on se faisait du souci en regardant notre banc… Maintenant, tous les remplaçants peuvent apporter quelque chose sur le terrain.

La recrudescence du variant Omicron vous inquiète-t-elle ?

Ce variant est clairement plus contagieux, mais fort heureusement, il paraît moins sévère. Nous sommes, dans une grande majorité, vaccinés. Je suis heureux que tout le monde ait pris conscience de l’importance de ce geste car je veux rappeler que nous avons vécu un terrible Tournoi l’année passée, sans nos spectateurs. Il n’y avait pas d’ambiance, rien autour… Le Tournoi, ce n’est pas que des matchs de rugby qui durent 80 minutes. Ce sont aussi des événements qui rassemblent des gens venus de tous horizons, qui en rencontrent d’autres… Tout cela crée une camaraderie incroyable, qui n’existe pas ailleurs. Pour préserver cela, nous sommes en contact quotidiens avec les autorités sanitaires pour renouveler les protocoles, évaluer les risques et garantir la tenue des rencontres. Au-delà de la santé des équipes, nous voulons protéger la santé de tous nos fans.

Le Tournoi rapporte-t-il plus d’argent qu’il n’en a jamais rapporté ?

(Rires) Ecoutez, on se porte plutôt bien ! Le Tournoi est en bonne place. Depuis notre accord avec CVC, nous sommes sept autour de la table, et nos parts sont égales. Ils nous ont apporté énormément pour améliorer notre produit, ce que l’on donne aux supporters. Vous ne le voyez pas de l’extérieur, mais c’est énorme. La santé financière du Tournoi est bonne, même si elle aurait pu être meilleure s’il n’y avait pas eu cette pandémie. Dans les trois ou quatre années à venir, le 6 Nations va encore décoller, se développer. Nous allons encore améliorer les rediffusions télévisuelles pour les gens qui ne peuvent aller au stade. On veut leur offrir un meilleur spectacle encore.

Comment s’est fait le partenariat avec TikTok et pourquoi avez-vous décidé de l’associer au Tournoi féminin ?

Nous avons voulu montrer que nous sommes ouverts au monde, et pas uniquement aux hommes ou aux endroits où l’on a l’habitude de voir du rugby. Nous sommes ouverts à la diversité, à l’inclusion, aux jeunes… Et comment faire pour atteindre ces jeunes ? Par les réseaux sociaux bien sûr. Quand l’opportunité de ce partenariat avec TikTok s’est présentée, on a eu l’idée de l’associer au Tournoi féminin. Parce que nous estimons que c’est un acte fort, qui illustre notre volonté de développer le Tournoi féminin qui, à mon sens, va connaître une croissance exponentielle dans les cinq prochaines années. Ce développement va passer par les réseaux sociaux : les gens vont tomber sur des petits clips, qui vont leur donner envie d’aller voir des matchs et de suivre une équipe. Nous voulons qu’il devienne la plus grande compétition sportive féminine dans le monde.

Pouvons nous imaginer qu’un jour, les moins de 20 ans disposent de leur propre fenêtre également ?

Cela fait partie des discussions. Mais pour l’instant, non. C’est simplement pour des raisons de calendrier : le Mondial des moins de 20 ans est traditionnellement en mai-juin. Donc on ne peut pas retarder le Tournoi U20. Et puis ils ont aussi leurs études à gérer, de même que leurs carrières en club. Donc pour l’instant, il n’y a pas de raison de changer.

Chaque année, la place de l’Italie est discutée du fait de leurs résultats. Quelle est votre position ?

Ils ont fini derniers sur les deux ou trois dernières années, c’est vrai. Mais je me souviens d’un temps où l’Ecosse ne faisait pas mieux. Nous ne pouvons qu’encourager les Italiens à progresser, et je ne sais pas comment. Mais ils sont des partenaires comme d’autres. Et sportivement, vous remarquerez que les Italiens sont souvent compétitifs pendant une heure, avant de céder dans les 20 dernières minutes, ce qui donne ces larges scores. Leurs U20 sont de plus en plus compétitifs, ainsi que leurs franchises. Donc il n’y a pas de raison qu’ils ne progressent pas.

D’autres nations comme l’Afrique du Sud, la Géorgie ou le Japon frappent à la porte. Êtes-vous ouvert à l’idée d’intégrer des équipes non-européennes ?

Pas pour le moment. Notre business-model fonctionne bien, très bien même. Il faudrait vraiment une preuve irréfutable pour changer cela. Après, je ne dis pas que cela ne viendra pas avec le temps mais pour l’instant, nous échangeons avec World Rugby pour avoir une saison internationale structurée de façon cohérente. Nous nous concentrons là-dessus à l’heure actuelle. Ceci étant dit, nous réfléchissons en permanence à toutes les façons d’améliorer le Tournoi. Nous voulons faire de celui-ci la meilleure compétition sportive annuelle du monde. Nous savons que si nous restons sur nos acquis, nous régresserons. C’est pour cela que nous songeons à toutes les possibilités. Si le fait d’intégrer une nouvelle équipe rend le Tournoi, nous le ferons, mais il ne faut pas oublier tout ce que cela implique : un week-end en plus, voire deux, dans un calendrier déjà chargé, notamment pour les championnats domestiques… Nous voulons rester à l’écoute des clubs, aussi. Car les joueurs passent la majeure partie du temps avec eux et qu’on ne peut pas se concentrer que sur les fenêtres internationales de juillet ou de novembre. Nous devons assurer un équilibre entre les intérêts des joueurs, des clubs et du rugby international.

On constate que l’Afrique du Sud est aujourd’hui de plus en plus isolée dans l’hémisphère Sud. À tel point que le Tournoi semblerait être leur seule possibilité de rejoindre une compétition internationale de haut niveau…

C’est aussi le cas de l’Argentine : que doit-elle faire aujourd’hui ? Nous ne les occultons pas non plus, car ils ont produit de superbes performances par le passé au sein du Rugby Championship, ou lors des Coupes du monde. La question dépasse donc le simple cas de l’Afrique du Sud. Il y a d’autres équipes qui pourraient avoir cette envie.

Mais ces équipes ne sont pas européennes. Cela vous poserait un problème ?

Le 6 Nations a une chose que les autres championnats tels que le Rugby Championship n’a pas : la tradition. Il existe depuis des années et des années. Mais l’autre grand avantage de ce Tournoi, c’est que les supporters peuvent facilement voyager entre les matchs, puisqu’il n’y a grosso modo que deux heures de vol entre les villes. On peut donc prendre un vol le jeudi, assister au match le vendredi, profiter de l’ambiance du Tournoi pendant quelques nuits et rentrer le dimanche pour être à son travail le lundi matin. On ne pourrait pas faire cela si des pays plus lointains venaient à intégrer la compétition, parce que cela implique des vols longs, avec des décalages horaires… C’est aussi cette proximité entre les nations qui rend ce Tournoi unique : nous sommes tous voisins. Cela nous rend à la fois rivaux et amis. C’est génial. Personne ne veut que le Tournoi devienne une compétition globale, mondiale.

Pourquoi ?

Parce que si l’Argentine et l’Afrique du Sud venaient à nous rejoindre, cela ferait une sorte de mini Coupe du monde chaque année ! Le 6 Nations, ce n’est pas cela. Pour l’instant, il se porte très bien comme il est, même si bien sûr nous étudions toutes les options possibles pour le faire évoluer.

Quelle est votre position concernant la création d’un match de barrage, avec un système de promotion et de relégation avec le Groupe B ?

Cela ne se fera pas à court terme. D’abord pour une question légale, car chaque nation est un partenaire égal à un autre. Et puis cela renvoie toujours à la même question : celle de la performance des équipes sur le moment. Si ce système de promotion/relégation avait été instauré à l’époque où j’étais encore joueur, on aurait certainement intégré la Roumanie, et pas l’Italie car à cette équipe, la Roumanie était meilleure. C’était il y a 20 ans. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Donc quand on a une compétition qui est viable, on la garde. Après, je ne dis pas que cela n’arrivera jamais. Mais en tout cas pas à court terme. Imaginez que l’Ecosse soit reléguée du Tournoi. L’année suivante, elle se retrouverait à jouer contre l’Espagne ou la Belgique à domicile. J’ai le plus grand respect pour ces nations, et l’Ecosse l’aurait mérité puisqu’elle aurait été reléguée mais cela aurait de terribles répercussions financières pour la fédération qui aurait du mal à tenir le choc. Donc ce n’est pas dans les plans pour le moment, même si nous sommes prêts à mettre tous les sujets sur la table.

À vous entendre, on comprend que le 6 Nations doit continuer à se développer en faisant un compromis entre tradition et modernité…

C’est exactement cela. Il est très important que le Tournoi dépasse les frontières des nations et des fédérations qui y participent.

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Les commentaires (1)
jmbegue Il y a 9 mois Le 02/02/2022 à 00:02

"Notre business-model fonctionne bien"
"Ils nous ont apporté énormément pour améliorer notre produit"
Il parle de rugby là??? ou d'une marque de savon???