Les Bleus rallient tous les suffrages

  • Sur la lancée d’une tournée d’automne réussie, le XV de France est considéré comme le grand favori de cette édition. Un statut que la bande à Dupont devra assumer face à des rivaux déterminés. L’hiver promet d’être chaud.
    Sur la lancée d’une tournée d’automne réussie, le XV de France est considéré comme le grand favori de cette édition. Un statut que la bande à Dupont devra assumer face à des rivaux déterminés. L’hiver promet d’être chaud. Icon Sport - Icon Sport
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Sur la lancée d’une tournée d’automne réussie, le XV de France est considéré comme le grand favori de cette édition. Un statut que la bande à Dupont devra assumer face à des rivaux déterminés. L’hiver promet d’être chaud.

De 1,6 à 2,6 contre 1. Des deux côtés de la Manche, les spécialistes des paris sportifs ont accordé leurs prévisions : la France est unanimement présentée comme la grande favorite du Tournoi des 6 Nations 2022, devant l’Angleterre et l’Irlande. Les Bleus n’avaient plus été considérés comme les principaux prétendants à la victoire finale dans l’épreuve depuis une longue décennie. Depuis leur dernier sacre dans la compétition, à l’hiver 2010, probablement. A l’époque, Antoine Dupont évoluait encore au Magnoac FC dans les Hautes-Pyrénées, Matthieu Jalibert venait de revenir de Nouvelle-Calédonie et la charnière des minimes du RCT était composée de Melvyn Jaminet et Louis Carbonel. Les moins de 20 ans ne s’en rappellent peut-être même pas...
Le XV de France a renoué avec son aura des années 2000 quand, emmené par Bernard Laporte, il paraissait être en mesure de s’imposer chaque année dans la plus historique des compétitions internationales. L’ancien international anglais Austin Healey, capé à 51 reprises, a dit tout haut, en début d’année, ce que l’Europe du rugby pense tout bas : « La France mène la danse des tests-matchs et je pense qu’elle va gagner le Tournoi des 6 Nations et très probablement la Coupe du monde 2023 également. » Au-delà des talents individuels, l’ex-centre apprécie le rugby total pratiqué par les Bleus, capables d’enflammer une partie comme de faire preuve d’un sang-froid glacial : « L’approche offensive observée en championnat se propage au niveau international. » La France en est l’incarnation parfaite.

Comment pourrait-on aller contre la prédiction de l’ancienne gloire du XV de la Rose ? Depuis un an, la montée en puissance de la sélection tricolore a dépassé toutes les attentes : elle possède désormais dans ses rangs le meilleur joueur du monde en la personne d’Antoine Dupont et probablement même la charnière la plus performante de la planète ovale ; elle ne présente pour ainsi dire plus de point faible sur les basiques avec un buteur à 95 %, un pack solide et une défense efficace ; elle dispose d’un réservoir et d’une homogénéité de talents sans équivalence, comme l’a prouvé la piégeuse tournée d’été de juillet dernier ; elle dégage désormais une forme de sérénité assez rassurante, avec une ossature affirmée et un vécu riche de performances comme de mésaventures ; enfin, aspect le plus notable, elle a fini par convertir ses promesses en résultats concrets, avec un succès historique en Australie en juillet dernier – le premier depuis 1990 - et un sans-faute à l’automne, avec, en guise de conclusion, une démonstration de force face aux All Blacks, record de points à l’appui (40-25).

Des circonstances favorables

Pour couronner le tout, le calendrier des deux prochains mois dégage quelque peu l’horizon des Français : ils vont pouvoir se jauger face à l’adversaire le plus faible, l’Italie, en ouverture ; leurs deux principaux rivaux, l’Angleterre et l’Irlande, devront ensuite venir à Paris ; et ils n’auront peut-être pas à affronter l’enfer du Principality Stadium, le pays de Galles envisageant de délocaliser ses matchs à domicile en Angleterre pour éviter le huis clos. Alors, peut-on miser le PEL sur une victoire finale de la bande à Galthié sans sourciller ? La confiance n’exclut pas la vigilance. Rarement le Tournoi aura paru aussi homogène : l’Angleterre et surtout l’Irlande, toujours devant les Bleus au classement mondial, ont retrouvé de leur superbe, en fin d’année, en dominant respectivement les Boks et les Blacks ; l’Ecosse, vainqueur à Twickenham puis à Saint-Denis l’an dernier, poursuit son épatante progression tandis que le tenant du titre, le pays de Galles, même affaibli et en transition, reste une formidable machine de compétition. La mission promet d’être ardue mais elle est à la portée d’Antoine Dupont et de ses partenaires, dauphins des deux dernières éditions après avoir été en mesure de l’emporter à chaque fois jusqu’à la dernière journée.

L’ambition de Galthié

Tout comme le regard des observateurs et les cotes des sites de paris sportifs, le discours de Fabien Galthié a changé ces derniers temps. A mi-mandat, son projet a pris la forme attendue. L’espoir peut donc légitimement laisser place à l’ambition : « Nous voulons continuer à progresser, a déclaré depuis Tournon le technicien, à l’occasion de sa rentrée médiatique, le 4 janvier. Nous avons progressé à tous les niveaux et nous avons encore des marges de manœuvre. Nous sommes ambitieux pour le Tournoi. (...) Nous entendons cette injonction : « Il faut gagner le Tournoi. » Il y a deux ans, quand j’ai pris le poste, on me disait : « Bon courage. » Il y a une évolution dans les attentes et c’est très positif. Nous voulons et nous pouvons gagner les compétitions dans lesquelles nous allons nous engager. »

A moins de deux ans de sa propre Coupe du monde, le XV de France nouvelle génération n’a pas encore donné la plénitude de ses moyens ni commencer à garnir sa vitrine à trophées. La promesse est tellement belle que ne pas la tenir dès cet hiver serait un crève-cœur pour les millions de supporters tricolores. Depuis douze ans, ils languissent ce moment : voir leur capitaine soulever la prestigieuse coupe argentée que se partagent Anglais, Gallois et Irlandais. Cette espérance, les Dupont, Jaminet, Ntamack, Alldritt et autres Marchand devront la convertir en énergie et en force de conviction pour accomplir leur destinée. D’autant plus que toute l’Europe du rugby est déterminée à se mettre en travers de leur route.

Une hierarchie chamboulée ?

La tournée d’automne du XV de France pourrait amener le staff à réactualiser la hiérarchie à plusieurs postes. A commencer par celui de centre. Jonathan Danty, convaincant en novembre, a des chances de gagner sa place dans le XV de départ en lieu et place de Virimi Vakatawa, le Racingman, perturbé par les blessures, étant moins performant ces derniers temps. Devant, Cameron Woki a marqué beaucoup de points et s’est affirmé comme un titulaire en puissance. Reste à savoir à quel poste : en deuxième ligne, aux côtés de Paul Willemse, ou en troisième ? Au “talon”, Peato Mauvaka, auteur de cinq essais en novembre, a relancé la concurrence avec Julien Marchand. Toujours en première ligne, Uini Atonio avait été choisi pour affronter les All Blacks. Le Rochelais pourrait voir sa position de premier choix affirmée au détriment de Mohamed Haouas, resté hors groupe face à la Nouvelle-Zélande.

Le joueur à suivre : Danty, l’audacieux doit confirmer

Pour reprendre une expression chère au sélectionneur Fabien Galthié, « il est venu chercher le maillot ». Jonathan Danty a clairement bousculé la hiérarchie au poste de trois-quarts centre du XV de France.

Après les premiers mois de l’ère de Galthié à la tête du XV de France, on pensait la paire Fickou-Vakatawa installée pour longtemps au centre de l’attaque tricolore. Très longtemps. D’aucuns affirmaient que ces deux-là étaient de la même veine que D’Arcy-O’Driscoll ou Nonu-Smith, des duos iconiques à la durée de vie inestimable. D’autres avançaient qu’ils formaient la meilleure paire de centres du monde. Et puis ? Jonathan Danty est réapparu. D’abord, lors de la Coupe d’Automne des Nations 2020. Le joueur du Stade français, parti à La Rochelle l’été dernier, a profité de la convention entre la FFR et la LNR contraignant le staff tricolore à ne pas faire jouer plus de trois matchs par joueur, pour se glisser dans la rotation. Avec un franc succès. Surtout, il a remis ça lors de la tournée en Australie en juillet dernier. Là encore, le sélectionneur Fabien Galthié et ses adjoints avaient été privés des finalistes du Top 14, une mesure laissant le champ libre à d’autres éléments. Et que n’a-on pas entendu alors ? Ces Bleus-là ne devaient être que de vulgaires sparring-partners. Autrement dit : une équipe promise à l’humiliation. La suite ? Vous la connaissez.

Pour reprendre une expression chère au sélectionneur Fabien Galthié, « il est venu chercher le maillot ». Jonathan Danty a clairement bousculé la hiérarchie au poste de trois-quarts centre du XV de France.
Pour reprendre une expression chère au sélectionneur Fabien Galthié, « il est venu chercher le maillot ». Jonathan Danty a clairement bousculé la hiérarchie au poste de trois-quarts centre du XV de France. Icon Sport - Icon Sport

C’est dans ce contexte que Jonathan Danty a tiré son épingle du jeu. « Il a été exceptionnel durant l’Autumn Nations Cup et en Australie », a même commenté en novembre dernier Fabien Galthié, pourtant pas le plus enclin à tresser des louanges individuelles. C’était juste avant la dernière rencontre face à la Nouvelle-Zélande. Jusque-là, Danty avait débuté deux fois sur le banc, contre l’Argentine, puis face à la Géorgie. Et pour cause. Il fallait faire de la place à l’association Jalibert-Ntamack, tant fantasmée. Mais, à chaque fois, il a fait des entrées remarquées qui ont rééquilibré un collectif parfois bousculé. Par son explosivité et sa puissance, il a apporté une densité physique dans l’axe du terrain, véritable carence née du repositionnement de Romain Ntamack au poste de premier centre. Sa complémentarité avec Fickou n’a pas manqué également d’être soulignée. « Il ne faut pas oublier que Jonathan a évolué pendant trois saisons avec Gaël Fickou sous les couleurs du Stade français. C’est un atout considérable », a d’ailleurs insisté Galthié à l’heure de justifier la titularisation du Rochelais contre les Blacks.

Un atout supplémentaire pour l’avenir dans la manche de Danty. Avec Fickou, les repères sont bien présents, la complicité aussi.
Cette association est sortie vainqueur des Blacks en épilogue d’une tournée aboutie sur le plan comptable. Danty a répondu présent sur sa capacité à franchir le cap, à rivaliser avec ce qui se fait de mieux au niveau international, ce qui n’avait pas complètement été le cas jusque-là. Evidemment, tout n’a pas été parfait. L’ancien Soldat rose le sait. Il s’en est même amusé à l’issue de la rencontre. Souvenez-vous de son petit jeu au pied rasant aussi raté qu’inutile en début de rencontre contre la Nouvelle-Zélande aboutissant à un dégagement totalement dévissé de l’arrière Jordie Barrett puis à l’essai de Peato Mauvaka en suivant. Souvenez-vous encore de ce ballon arraché dans ses mains par Sam Cane en seconde période provoquant, in fine, la somptueuse relance de Romain Ntamack. A croire que la chance sourit aux audacieux. Ce déchet-là, Danty doit le gommer pour s’installer durablement à côté de Gaël Fickou. Il en a conscience. Le Tournoi des 6 Nations qui s’avance doit lui permettre de confirmer son nouveau statut. Un statut précaire, Arthur Vincent et surtout Virimi Vakatawa pouvant témoigner.

Le capitaine : Dupont, bien plus qu’un intérimaire

En l’absence de Charles Ollivon, Antoine Dupont est le capitaine incontestable et incontesté du XV de France. Lui qui, par son statut de meilleur joueur du monde, prend déjà beaucoup de place.
En l’absence de Charles Ollivon, Antoine Dupont est le capitaine incontestable et incontesté du XV de France. Lui qui, par son statut de meilleur joueur du monde, prend déjà beaucoup de place. Icon Sport - Icon Sport
Charles Ollivon fauché par une grave blessure au genou et forfait pour la dernière tournée de novembre, Fabien Galthié avait choisi de nommer son demi de mêlée Antoine Dupont pour l’intermède automnal. Une décision en forme d’évidence, tant l’intéressé est incontournable dans ce XV de France. Au-delà, le garçon avait prouvé au Stade toulousain qu’il était capable de tenir ce genre de responsabilités, prenant la succession de Julien Marchand dès que celui-ci n’est pas sur le terrain. Dupont fut notamment le capitaine du sacre européen des Rouge et Noir à Twickenham, face à La Rochelle, au printemps dernier. Avec les Bleus en novembre, il fut encore impeccable. « C’était la bonne personne, a dit le président de la FFR Bernard Laporte. Il ne parle pas beaucoup mais, quand il le fait, il est écouté. Il a été un excellent capitaine. » Il fut donc celui de la victoire face aux All Blacks, chef-d’œuvre de l’ère Galthié. Un succès qui comptera dans la carrière du Toulousain, autant que dans la construction de cette équipe de France. Du coup, Ollivon trop juste pour postuler lors du Tournoi 2022 comme le sélectionneur l’a rapidement expliqué, Dupont va logiquement poursuivre sa mission, celle de mener le groupe dans les semaines à venir.

 

« De plus en plus à l’aise »

Même si le troisième ligne toulonnais est le capitaine nommé par le sélectionneur en début de mandat, difficile pour autant de considérer son successeur du moment comme un simple intérimaire. Surtout par rapport au statut qui est le sien aujourd’hui. Élu Oscar monde Midi Olympique en novembre puis meilleur joueur du monde par World Rugby en décembre, Dupont a encore changé de dimension. Une notoriété grandissante qu’il assume parfaitement et qui n’a jamais freiné son ascension, que ce soit en club ou en sélection. Même le capitanat chez les Bleus ne l’a en rien perturbé. Il l’avouait le lendemain du succès face à la Nouvelle-Zélande dans Midi Olympique : « Cette responsabilité fut juste quelque chose de supplémentaire à appréhender, notamment durant la semaine avant le test contre l’Argentine (pour entamer la tournée, N.D.L.R.). Cela m’a amené à me poser un peu plus de questions mais c’est venu assez naturellement par la suite. Je me suis senti de plus en plus à l’aise. » Plus récemment, il est de nouveau revenu sur cette charge en équipe nationale qui n’en est pas vraiment une à ses yeux : « Par mon poste, j’ai toujours un rôle de leader. C’est une situation dans laquelle je me retrouve finalement de plus en plus et dans laquelle je me sens de mieux en mieux. Même si j’ai encore quelques progrès à faire... » Il a un Tournoi des 6 Nations pour y parvenir. Avec l’ambition, avec s’être offert la meilleure nation du monde, d’être le premier capitaine français à remporter cette compétition depuis 2010.

L’œil de benjamin Kayser : « Les Bleus sont favoris »

« Le XV de France tient son match référence avec cette victoire contre la Nouvelle- Zélande (40-25). Elle peut construire sur ce succès, s’appuyer sur des certitudes. Désormais, les Bleus savent qu’ils peuvent battre n’importe quelle équipe. Et pour la confiance, c’est précieux. Cette équipe est pour moi, notamment aussi parce que le calendrier est assez favorable, la grande favorite de la compétition. Mais attention ! D’abord, à l’Irlande (lire par ailleurs). Ensuite, à l’Angleterre qu’on croyait en perdition. Les Anglais, avec une nouvelle génération de joueurs, a battu l’Afrique du Sud et l’Australie en novembre. Deux matchs références. Et puis, pour la symbolique, Leicester, leader du championnat anglais, a gagné à Bordeaux, premier du Top 14, en Champions Cup. Bref, j’attends de cette équipe de France qu’elle me régale encore une fois et qu’elle gagne enfin un titre. Avec ou sans grand chelem, mais qu’elle gagne ! Je crois qu’elle en a la capacité. Cette génération de joueurs est formidablement talentueuse. Et puis, les deux dernières années ont montré combien le réservoir de joueurs est grand. J’ai le sentiment que Fabien Galthié et son staff ont su fédérer autour de leur projet et ont permis à des joueurs de se révéler au plus haut niveau international. Vraiment, c’est le bon moment pour marquer encore un peu plus les esprits. Dans la perspective de la préparation du Mondial, gagner le tournoi, ça aurait de la gueule ! »

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