Montauban : deuxième Dan

  • Montauban - ColomiersLe deuxième ligne de Montauban Dan Malafosse n’est pas qu’un simple rugbyman. Celui qui utilise largement son corps imposant pour le ballon ovale, utilise aussi son intellect pour un autre métier-passion : celui d’entrepreneur insatiable. Découverte de la deuxième vie d’un bonhomme pas comme les autres.
    Montauban - ColomiersLe deuxième ligne de Montauban Dan Malafosse n’est pas qu’un simple rugbyman. Celui qui utilise largement son corps imposant pour le ballon ovale, utilise aussi son intellect pour un autre métier-passion : celui d’entrepreneur insatiable. Découverte de la deuxième vie d’un bonhomme pas comme les autres. Midi Olympique/Stéphanie Biscaye - Stéphanie Biscaye
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Le deuxième ligne de Montauban Dan Malafosse n’est pas qu’un simple rugbyman. Celui qui utilise largement son corps imposant pour le ballon ovale, utilise aussi son intellect pour un autre métier-passion : celui d’entrepreneur insatiable. Découverte de la deuxième vie d’un bonhomme pas comme les autres.

Dan Malafosse loge dans une bâtisse moderne, nichée en plein cœur de Montauban qui, comme lui, cache bien son jeu. « C’est immense, ça fait deux étages », prévient le maître des lieux. Sur la table de la cuisine, à côté de ballons d’anniversaire faisant rappeler que le colosse a soufflé sa trentième bougie la semaine passée, le deuxième ligne passé par Mont-de-Marsan et Brive prépare son sac de match, méthodiquement. « C’est bon tout est prêt », sourit le Montalbanais avant qu’un appel ne vienne le couper dans son élan. Au bout du fil, un de ses fournisseurs lui propose un produit. « Mais non, envoie le produit sur mon autre adresse mail. » Après cet échange, le joueur s’empresse de montrer sur son téléphone son idée de panier, qui pourrait faire partie de son projet de box gastronomiques. Car oui, Dan Malafosse mène une double vie.

Éduqué dans le travail

En plus de sa carrière, déjà bien remplie, le fils de Michel Malafosse, ancien troisième ligne de Bourgoin, a hérité d’une autre des spécificités de son père : celle de l’entreprenariat. « Avec mes parents, nous possèdons une société, Comevents, qu’ils ont créé il y a vingt ans autour de la communication. Moi, je suis en train d’y prendre de plus en plus de place, s’applique à expliquer le gaillard, à la diction parfaite. Dans ça, il y a une marque dans laquelle je suis pleinement investi : « Gourmets de France », où il y a notamment « La Dégustation Box ». Enfin, on a une filiale qui s’appelle Epatient Digital Medias, qui fait le lien entre les médecins de ville et les établissements. » Il n’y a qu’à voir la manière très détaillée dans laquelle il partage son ressenti sur son deuxième « métier-passion », pour voir à quel point cette partie de lui est importante. « J’ai été éduqué ainsi. L’entreprenariat est vraiment une façon d’être et de réfléchir. Dans mes repas de famille, on parle souvent boulot sans en avoir l’impression… On prend du plaisir. Comme quand on parle rugby avec mon père. »

Féru de travail, Malafosse a donc hérité de ce trait de caractère de ses parents. Mais pour lui, il était impossible de devenir le fils pourri-gâté, couvé par ses géniteurs et éduqué dans une sécurité qu’ils avaient eux-mêmes construit. « Je voulais créer ma marque, celle des dégustations box, pour m’acheter une crédibilité et ne pas être « le fils de ». Déjà, dans le rugby, j’étais le fils de Michel et lui est finalement devenu le père de Dan. La notion de travail m’a toujours été inculquée. » Comme lorsque, à seulement 12 ans, il accompagnait son père coller des panneaux d’affichages avant d’aller à l’école. Cette notion de travail, qui a donc fait partie intégrante de son éducation, le suit jusque dans sa vie privée et a surpris sa femme à plusieurs reprises. « Il y a plusieurs anecdotes mais quand je discute avec elle, par exemple, je dis « viens, on debrief », et elle rigole. Parce que pour certains, c’est une notion de travail mais pour moi non. »

Son goût d’entreprendre, en revanche, il l’a surtout développé au cours de sa carrière de rugbyman, remplie de mésaventures. Promis à un bel avenir, avec ses belles performances en jeune sous le maillot de Brive, Malafosse est tombé de haut lorsque, après une blessure, il est redescendu en Fédérale 1, du côté de Soyaux-Angoulême. Là-bas, il a commencé à travailler dans le service commercial du club. Depuis, dans chaque club où il passe, il désire exercer une autre activité. « À Mont-de-Marsan, j’avais contacté Sud Ouest pour une chronique. À Pau, j’avais de grosses ambitions rugbystiques qui se sont effondrées parce que ça ne s’est pas bien passé. Alors, quand je suis retourné à Brive, j’ai dit : « Est-ce que je continue à croire au rugby ou est-ce que je regarde la vérité en face ?" Cette vérité, c’était que j’avais raté le coche et je n’avais qu’une chose à faire : prendre du plaisir. Mais à côté, il fallait que je crée quelque chose de solide l’après. » Cette notion d’avoir « toujours le plan C avant d’avoir le plan B » est dans son tempérament. Une caractéristique qui fait de lui quelqu’un de très rassis, presque méditatif.

Dans son approche des choses aussi, l’ancien Briviste tient un comportement singulier. Toujours dans l’analyse, il est de ceux qui réfléchissent avant d’agir. « J’intellectualise beaucoup les choses et des fois je ferais mieux d’être plus instinctif. » Un comportement jugé par certains comme de la froideur, alors qu’il s’agit simplement d’une manière de rester pertinent dans tout ce qu’il fait et qu’il dit. « Je suis très distant de tout. Du coup, je parais très nonchalant et désinvolte alors que pas du tout. Ça m’a desservi. Au rugby, ma façon de penser dérange souvent parce que j’ai une vision à le long terme. Sauf que dans le sport de haut niveau, tout est remis en question quotidiennement. Quand ça ne marche pas, souvent, on arrête, alors que je pense plutôt qu qu’il faut continuer pour que ça fonctionne. »

S’épanouir entre deux vies

Venons-en au rugby d’ailleurs. Comment est-ce que le joueur de l’USM parvient à allier ses deux métiers, qui ne lui laissent que très peu de repos ? Lorsqu’il n’est pas sur le terrain, le deuxième ligne s’évertue à ne pas gâcher la moindre minute. « Mais je m’en fous du repos, je n’aime pas ça, coupe-t-il. Ça fait chier ma femme mais si tu me dis de rien faire, c’est compliqué. Je m’arrête peu intellectuellement. J’ai un besoin de réfléchir, de comprendre. D’ailleurs, je suis plus fatigué quand je fais une sieste que quand je travaille. » Hyperactif, il fait encore souvent des allers-retours entre Montauban et Brive pour former son employé, recruté pour le remplacer en Corrèze. « J’ai même plus qu’une double vie parce que j’ai aussi ma vie privée ! »

Exercer son deuxième métier permet à Malafosse de s’assurer une sécurité, aussi bien financière que psychologique. Ainsi, il parvient à se libérer complètement sur le terrain et à s’investir pleinement dans le projet actuel de Montauban. « Je fais tout sans pression ! Je vais jouer avec le sourire. Quand je vais voir mes potes de l’USM, je me régale. Dans mon esprit, tout est cadré et je me libère beaucoup plus. Et j’ai de meilleurs résultats. » D’ailleurs, ses qualités d’entrepreneurs sont un atout pour sa carrière sportive, toujours avec ce même leitmotiv : celui de construire, inexorablement. « Dans le rugby, je suis aussi dans ce désir d’entreprendre, de vouloir aider tous ceux qui le demandent et d’être dans une dynamique de construction. Et c’est ce qui me motive tous les matins. »

Au top de sa carrière

À l’inverse, il tire aussi profit du fait de jouer pour un club pro dans sa vie d’entreprise. « Le réseau rugby est très important. Pour les partenaires, si tu es Dan Malafosse, le joueur de Montauban, avec lequel ils collaborent, tu vas voir directement le directeur. Alors que sinon ça traîne. Ça m’a ouvert des portes. » Malgré tout, il perçoit les disparités entre les deux milieux, qui ont chacun leur spécificité et dans lesquels il tient lui-même un rôle différent. « Dans l’entreprise, celui qui décide, c’est celui qui paye. Dans le rugby, ceux qui décident peuvent, potentiellement, ne plus décider d’un jour à l’autre… »

Très lucide, son plan de vie est totalement clair. « Aujourd’hui, je pense que je suis vraiment dans la quintessence de ma carrière. Je prends du plaisir, je suis dans un groupe super sympa. » Alors, pour un hyperactif comme lui, capable d’allier deux métiers à forte pression et à enjeux financiers importants, la fin de carrière pourrait causer un manque. Sans compter que le rugby est un sport qui demande une forte implication physique et qui permet de dépenser une énergie folle. Mais là encore, la tête pensante a tout prévu. « Avec mon épouse, on a pour objectif de faire plusieurs marathons. Et après, j’espère fonder une famille. »

Rien d’étonnant, Malafosse a toujours un coup d’avance et continue son bonhomme de chemin dans une vie bien remplie avec ce désir de construire, créer et découvrir. « Personne n’envie mon style de vie. Mais après, on a tous la possibilité de faire la même chose. » En associant ses métiers-passion, Malafosse est en tout cas plus heureux et épanoui que jamais. « Rugbyman, je suis plus vers la fin que vers le début. Entrepreneur, je suis plus vers le début que vers la fin. Mais en tout cas, mes voies, je les ai trouvées. 

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Yanis GUILLOU
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