France-Irlande : le sommet du Tournoi

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Le XV de France et la sélection irlandaise sont à ce jour les deux grands favoris du Tournoi des 6 Nations. Et rien que pour ça, l’affrontement qui se dessine à Saint Denis s’annonce jouissif, planant, orgasmique...

L’Irlande fait peur. L’Irlande se pointe à Paris avec en pognes le scalp des All Blacks, la tête de l’Argentine ou les dépouilles encore chaudes des Gallois et soudainement, ce sont toutes nos certitudes qui vacillent. Certains de vous qui, comme moi, ont connu le Tournoi des 5 Nations se rappellent des Celtes des années 90, ceux d’avant le rugby pro, qui débarquaient en guenilles au Parc des Princes pour quitter Paris un temps plus tard, le plus souvent à poil. Ces poètes s’appelaient alors Simon Geoghegan, Nick Popplewell, Richard Costello ou Eric Elwood ; ils portaient les chaussettes aux chevilles, n’étaient pas vraiment emmerdés par le talent et étaient dangereux vingt minutes, le temps que ne s’essouffle leur fameux « fighting spirit » et avec lui, les clameurs faussement terrifiées de Salviac et « Bala »…

Pour la simple et bonne raison que les Irlandais étaient globalement inoffensifs, on avait alors pour eux une affection réelle, une complaisance à peine dissimulée et qui n’a évidemment plus lieu d’être, aujourd’hui. D’où vient la soudaine appréhension qui accompagne désormais la réception de l’Irlande à Paris ? Et comment expliquer, en fait, que ce micropays de 5 millions d’habitants produise à la chaîne autant de grands rugbymen ? Interpellés par le sujet, on a récemment posé la question à Simon Zebo, le bonnard ailier du Munster, talentueux ou plus encore… et pourtant non-retenu dans le groupe irlandais qui affrontera les Bleus, samedi. « Le passage au professionnalisme a radicalement transformé le rugby irlandais, nous répondit-il alors. Le rugby à XV est en effet le seul sport pro de l’île et tôt ou tard, les profils les plus athlétiques du pays, les meilleurs sportsmen de l’Irlande, s’y retrouvent donc. La réussite actuelle n’est pas due au hasard ; aujourd’hui, notre réservoir d’internationaux n’a rien à envier aux autres nations du top 8. » Alors, comme on fut subjugué il y a cinq ans par les débuts internationaux du meilleur droitier du monde, Tadhg Furlong, on admire aujourd’hui l’élégance aristocratique de l’arrière Hugo Keenan, le punch du talonneur Ronan Kelleher, l’hyperactivité du numéro 8 Jack Conan…

Pas de levier psychologique

Ainsi, il semble y avoir un tel potentiel dans cette équipe irlandaise qu’on ne sait plus vraiment si l’on doit croire les bookmakers, lorsque ceux-ci donnent encore le XV de France comme probable vainqueur du vieux Tournoi. Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, on regrettera aussi que Neil Francis, cet ancien deuxième ligne du XV irlandais qui sévissait depuis plusieurs années dans les colonnes de l’Irish Independent, ait récemment été licencié dudit canard, son départ privant cette semaine la bande à Galthié d’un levier psychologique bienvenu, le « pundit »* le plus célèbre de l’île ayant par exemple un jour jugé, avant un France - Irlande, que le chignon de Teddy Thomas n’était pas digne d’un rugbyman. Mortecouille… Ce bon vieux Neil et ses repères moyenâgeux…

Ras la gueule, ras le cœur

Ainsi, le XV de la Rose ayant lâché l’épaule lors de sa première mêlée du Tournoi, en écosse, le grand rival des Tricolores dans la course au sacre s’appelle désormais l’Irlande et en ce sens, le match de samedi incarne le sommet de l’hiver. Quel souffle attend donc le XV de France, ce week-end ? Et quel emballement populaire s’apprête-t-il une nouvelle fois à porter cette équipe, six jours après l’avoir poussé de toutes ses forces face à la Nazionale ? Au fil des semaines, la ferveur populaire qui accompagne la sélection tricolore depuis deux ans ne cesse en effet de grandir, à tel point que le dernier France - Italie, reluqué dimanche après-midi par près de 7 millions de téléspectateurs, enfla aussi le « SDF » de 62000 bougres… quand ils n’étaient que 26 000 pour ce même affrontement en 2019, soit une poignée de temps avant que les Bleus ne s’envolent pour le Mondial japonais…
Que viennent-ils d’ailleurs chercher, chez cette équipe de France ? Qu’aiment-ils, chez ces gosses? Une facilité, du talent et quelques tonnes d’impertinence, à n’en pas douter.

À ce sujet, on serait d’ailleurs sot de craindre que l’infâme première mi-temps des coéquipiers d’Antoine Dupont face à l’Italie tienne lieu d’un quelconque avertissement. Les Tricolores, faciles et un tantinet désinvoltes face à des adversaires qui leur sont a priori inférieurs (l’Argentine, la Géorgie, l’Italie…), savent aussi se transfigurer dès lors que les grands évènements surviennent et l’ont d’ailleurs montré ces deux dernières années, en Angleterre avec une équipe bis, en Australie avec un fort contingent de bizuts ou contre les Blacks à l’automne. Où est le mal, alors ? Disons qu’il faudra aux Tricolores un surplus de jugeote (ils ont été pénalisés quatorze fois contre l’Italie), un surcroît d’énergie pour empêcher les Celtes de mettre la main sur la balle et d’enchaîner les séquences, jusqu’à l’overdose. Il leur faudra à la fois harceler le jeune Joey Carbery, remplaçant de Sexton comme ils l’avaient fait l’an passé à Dublin, garder leur sang-froid sous les bombes et surtout, résister aux impacts physiques de l’équipe considérée comme la plus dense - et la plus « fit » - du Tournoi des 6 Nations.

Franchement ? On aime déjà ce match. On aime ce France - Irlande parce qu’il replace pour quelques heures le rugby sur le devant de la scène médiatique, à un niveau que ne pourront jamais atteindre le Top 14 ou les phases finales de Coupe d’Europe. On aime ce match parce qu’il a le pouvoir de projeter le XV de France vers un grand chelem derrière lequel il court depuis douze ans. Et puis, on aime surtout ce match parce qu’il incarne une formidable opposition de styles, entre une équipe de France déchirée entre la rigueur maladive de son staff et l’insolence de ses joueurs, et une sélection irlandaise qui, certes moins chiante qu’à l’époque maudite de Joe Schmidt, frappe, tape, ronge puis anéantit ses adversaires à l’usure. Ça promet, nom d’un trèfle…

 

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