Bakkies Botha : « Plus je regarde le RCT, moins j’ai envie de le voir... »

  •  De 2011 à 2015, Bakkies Botha (42 ans, 85 sélections) fut le très grand deuxième ligne du Rct. Éperdument attaché à Toulon, il décrypte, à sa manière, et donc sans fard, les problèmes actuellement traversés par le club Rouge et Noir.
     De 2011 à 2015, Bakkies Botha (42 ans, 85 sélections) fut le très grand deuxième ligne du Rct. Éperdument attaché à Toulon, il décrypte, à sa manière, et donc sans fard, les problèmes actuellement traversés par le club Rouge et Noir. Manuel Blondeau / Icon Sport - Manuel Blondeau / Icon Sport
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De 2011 à 2015, Bakkies Botha (42 ans, 85 sélections) fut le très grand deuxième ligne du RCT. Éperdument attaché à Toulon, il décrypte, à sa manière, et donc sans fard, les problèmes actuellement traversés par le club Rouge et Noir.

Vous avez quitté Toulon en 2015. Suivez-vous encore le Top 14 ?

Comment pouvez-vous en douter ? J’ai passé quatre des plus belles années de ma vie à Toulon. Le Top 14, c’est un championnat d’hommes durs, un championnat qui me plaît et je continue donc de le regarder régulièrement.

Regardez-vous les matchs de Toulon ?

Plus je regarde le RCT, moins j’ai envie de le voir… Toulon est en difficulté, Toulon souffre et je souffre avec lui. Le RCT, Mayol et ses supporters sont beaucoup trop près de mon cœur pour que je reste insensible à ce qu’il se passe aujourd’hui sur la rade.

Quel est le problème, au juste ?

Je vais être direct, comme j’en ai l’habitude : le président de Toulon (Bernard Lemaître) semble plutôt bien traiter ses joueurs ; dès lors, pourquoi ne lui rendent-ils pas son investissement ? Quand tu gagnes de l’argent, et ils en gagnent encore plus qu’au temps où j’y étais, tu dois être réglo ; tu as la responsabilité d’incarner ce club, de le porter sur tes épaules.

On vous suit.

Je comprends la douleur du président. Il investit des millions dans des joueurs de classe mondiale et ceux-là doivent lui rendre cette confiance, qu’ils soient blessés ou pas, dans le groupe ou à l’infirmerie… En signant dans un club, tu as un engagement moral vis-à-vis de celui-ci. Moi, j’ai joué avec Jonny Wilkinson, Matt Giteau et beaucoup de stars du rugby international. On nous offrait alors un salaire confortable, mais aussi une ligne de vie : on aimait le RCT, on passait du temps avec les gens et on était Toulonnais, quoi !

En clair ?

Un joueur qui signe au RCT doit embrasser la culture toulonnaise et certains joueurs de l’effectif actuel ne le font pas ! C’est ce que nous avons fait avec Matt Giteau ou Joe Van Niekerk ! Le chèque en fin de mois ne doit pas être la seule motivation.

Vous parlez visiblement de votre concitoyen Eben Etzebeth…

(il coupe) Eben Etzebeth ? Incroyable combattant, meilleur deuxième ligne du monde, meilleur Springbok de la dernière tournée d’automne et homme du match face à l’Angleterre… Mais je regrette qu’il montre uniquement son meilleur visage avec les Springboks. À Toulon, il est toujours un peu blessé, commotionné et au final, ne joue jamais… Visiblement, il n’était pas fait pour la France et aujourd’hui, il va tourner le dos aux problèmes traversés par le club pour revenir en Afrique du Sud. C’est décevant.

Vous êtes dur…

J’adore Eben (Etzebeth), je le répète. Mais tu ne peux pas dire en arrivant à Toulon « Je veux être champion de France ! » et partir quelque temps plus tard sans avoir marqué le club d’une façon ou d’une autre… Sa première saison n’était pas mal mais ce n’est pas suffisant. Quand on recrute un joueur de classe mondiale, c’est pour qu’il fasse une différence.

Et vous ? Aviez-vous mis du temps avant de vous faire à Toulon, à votre arrivée ?

Je suis arrivé à Toulon blessé au tendon d’Achille. Je ne pouvais même pas marcher. Mais en attendant d’être remis sur pied, je ne suis pas resté inactif. J’ai dit à Mourad Boudjellal : « J’ai 80 sélections avec les Springboks, je suis champion du monde mais je repars avec toi sur un nouveau chapitre de ma carrière. Laisse-moi huit semaines et je ferai de toi un champion d’Europe. » Je ne lui avais pas menti. Et puis, je vois une autre problématique dans le RCT actuel.

Laquelle ?

Quand un joueur perçoit un salaire cinq fois supérieur aux autres et qu’il est seulement disponible deux mois dans la saison, les autres mecs du vestiaire, ceux qui se battent tous les week-ends pour la survie de l’équipe, font la gueule ! Ça crée une mauvaise ambiance dans le groupe !

Quid de Cheslin Kolbe, à présent ?

Il est l’autre gros salaire de l’équipe… Il y a un truc qui m’échappe au sujet de Kolbe. Pourquoi l’ont-ils signé ?

Parce qu’il est le meilleur ailier au monde, non ?

Exact ! Alors, pourquoi le faire jouer arrière ? Ça n’a pas de sens et ça me fend le cœur de vous parler ainsi du RCT… Mais quand on a un joueur comme Kolbe, il faut un gros paquet d’avants pour lui offrir de bons ballons. Ce n’est pas le cas, en ce moment. Ce club a perdu la culture de la gagne.

Comment ça ?

Quand Mourad Boudjellal et Bernard Laporte recrutaient un Simon Shaw âgé de 36 ans, ils se payaient surtout quelqu’un qui avait cette culture de la gagne et savait la transmettre. Si Xavier Chiocci, Christophe Samson ou Jocelino Suta sont devenus internationaux à cette époque, c’est parce qu’ils ont aussi profité de l’expérience de ces joueurs-là. Car un rugbyman de standing international a aussi un devoir d’exemplarité vis-à-vis des mecs du club qui sortent de l’académie.

Reviendrez-vous à Toulon, si Bernard Lemaître vous appelle ?

(il se marre) On m’a déjà proposé des jobs de coach mais je les ai pour l’instant tous refusés. On verra bien ce que Dieu a prévu pour moi…

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Les commentaires (1)
Olivier83 Il y a 9 mois Le 18/02/2022 à 09:05

Bakkies... Le meilleur deuxième ligne ayant jamais joué à Toulon. L'ensemble du corps arbitral se frottait les mains d'avance, à l’annonce de sa venue en Flop14 "on va le surveiller de près, le boucher"... Résultat des courses : seulement trois cartons jaunes en 4 saisons passées au club. Un monsieur non seulement (très) dur au mal, provocateur mais en plus d'une intelligence rare...
Bonne retraite à lui.