Top 14 - Christopher Tolofua : « J’ai développé une forme de dépression »

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Victime d’une rupture des ligaments croisés au genou gauche, le talonneur, en fin de contrat au terme de la saison, se confie sans détour sur les doutes qui ont accompagné sa blessure, la pression inhérente aux réseaux sociaux et son avenir au RCT.

Deux semaines après votre retour sur les pelouses après huit mois d’absence, comment allez-vous ?

Ça va. J’ai de très bonnes sensations. J’ai pu m’étoffer physiquement et engranger de la confiance grâce aux entraînements. Je n’ai pas été tout de suite jeté dans l’arène. Ça m’a permis de prendre confiance. J’ai récupéré du rythme sur les entraînements à haute intensité. Le plus dur a été d’appréhender les contacts.

Après une si longue blessure, les spécialistes estiment qu’il faut de longs mois avant de retrouver son meilleur niveau…

Ça serait compliqué de dire que je me sens à mon meilleur niveau. Après huit mois de réathlétisation, je fais tout pour mettre les ingrédients et être sur la bonne voie. Mais c’est vrai, ce n’est vraiment pas évident de revenir à son plus haut niveau.

Lors de votre entrée en jeu et de votre retour face au Stade français (26-24), un immense sourire est apparu sur votre visage. À quoi pensez-vous à cet instant ?

La semaine a été longue. J’ai eu de la pression positive. J’ai reçu beaucoup de messages lors de l’annonce de l’équipe. Ce soutien m’a fait chaud au cœur. Je me suis dit : " Ça y est c’est reparti." En entrant sur le terrain, pour être honnête, j’ai pensé à ma famille, ma femme et mes enfants. Ils ont été présents sur l’ensemble de ma convalescence. J’ai été dans un état… Je ne m’étais jamais vu aussi bas.

Êtes-vous tombé en dépression ?

Je me sentais en forme au moment de la blessure. J’attendais ce match face au Stade toulousain avec une grande impatience, au moins depuis trois ans. C’était hyper important pour moi. Je me blesse à un moment où tout allait bien pour moi. J’étais en confiance. J’ai eu une micro dépression. Pas sur le moment, car on ne réalise pas. Mais après, au moment de digérer cette blessure, ça a été très compliqué.

Racontez-nous…

Il y avait beaucoup de frustration, des périodes de non-compréhension. J’ai fait deux infections : une, cinq semaines après l’opération, une autre dix jours après mon premier lavement. Les antibiotiques, je ne parvenais pas à les digérer. J’ai perdu beaucoup de poids. Je ne me sentais pas bien. Oui, j’ai développé une forme de dépression. Pour vous dire, juste en montant les escaliers, j’avais la nausée. Le moindre effort était compliqué. Ce n’était pas bénin. Je n’ai pas eu une opération simple. Ça ne s’est vraiment pas trop bien passé au début. J’ai eu la chance d’avoir une bonne génétique, notamment au niveau musculaire, pour récupérer par la suite. Alors ce sourire, face à Paris, c’était pour ma femme et mes enfants. Je tire mon chapeau à ma femme, ce n’est pas simple d’avoir un casse-pieds comme moi à la maison (sourire).

Vous étiez en forme, et vous aviez sûrement dans le viseur les Bleus. Est-ce toujours un objectif ?

Je fais partie de ceux qui pensent que c’est l’équipe qui te paye tous les mois qui te permet de retrouver l’équipe de France. Si tu ne te bats pas pour ton équipe, pour être le meilleur, tu ne risques pas d’aller chercher quoi que ce soit. Moi, je veux saisir les opportunités. J’ai eu des difficultés au début de mon aventure ici. Puis après, à l’image de l’équipe, j’étais mieux. J’avais de bonnes performances. Ça reste l’équipe avant tout.

Justement, l’équipe est en difficulté ces derniers mois. Que faire pour arranger la situation ?

On s’est mis dans la situation où on s’entraîne de la même manière que l’on joue. Ça a été important de monter le curseur. On ne peut plus respirer. On part sur un bloc de treize matchs. On en est tous conscients. Ça a été un choc pour tout le monde. C’est une période compliquée. On s’est dit nos vérités. On doit redresser le curseur sur ce que l’on fait de mieux. On doit être fort sur nos bases. On en est tous conscients, on ne va pas se qualifier pour une phase finale. On doit protéger le club, protéger l’équipe et rester en Top 14.

Qu’est-ce qui se cache en interne derrière le dicton "on se dit les choses" ?

Le club, c’est une institution. Il n’y a pas que le sportif. On doit faire l’union face à tout. Les supporters doivent savoir que l’on ne lâche pas. On ne lâchera rien jusqu’à la fin. C’est un message fort que l’on veut tous faire passer à travers nos entretiens avec la presse. On s’est dit qu’il fallait rehausser encore le curseur et être fort sur les fondamentaux. On redeviendra une grande équipe, quand le groupe sera fort sur les fondamentaux. Avec la situation au classement, on ne va pas afficher des ambitions extraordinaires. Il faut être réaliste. On va se resserrer sur ce que l’on sait faire.

Estimez-vous que le club vit dans le déni ces dernières années voire ces derniers mois avec notamment le refrain de la malchance qui s’abat constamment sur le RCT ?

Non. On fait partie de ces clubs qui suscitent beaucoup d’engouement par notre environnement, les médias, et les réseaux sociaux. Nos propos, ceux du président, du coach et des joueurs, sont parfois mal interprétés. On ne nous donne rien. Il n’y a jamais eu de déni. On a une équipe jeune. Nos leaders sont jeunes. Les mots sont forts entre nous. On a des mots très durs envers nous-mêmes. Il n’y a pas de déni. On cherche un nouveau Toulon. Le passé, les titres, on a tout mis derrière nous. C’est l’histoire du club, on ne l’oubliera jamais. Maintenant, c’est à notre génération. On ne se cache pas derrière le passé ou des excuses. On prend le flambeau. On n’a pas d’excuses.

Vous évoquez les réseaux sociaux. Après le match face à Castres (défaite 10-22), vous avez décidé de dévoiler les messages insultants que vous aviez reçus. Pourquoi ?

Je pars du principe qu’on pratique un sport de haut niveau. Nous sommes exposés par les médias et au public. Les gens ont leurs opinions. Je ne suis pas pour l’agressivité gratuite. J’ai démarré très jeune, j’ai été exposé très vite à la lumière. Je suis monté puis j’ai été mis sous terre. On doit plus en parler de ces problèmes sur les réseaux. Des joueurs dans cette équipe l’ont aussi vécu.

Continuez…

C’est traumatisant de recevoir un message comme celui que j’ai exposé. On reste des hommes, avant des sportifs. Psychologiquement, c’est dur de gérer cela en début de carrière. Moi, je l’ai mis en lumière pour les jeunes générations. Dès le début de carrière, l’exigence est plus élevée qu’auparavant à tous les niveaux : président, staff, supporters. Je ne l’ai pas mis en lumière pour que la personne se fasse descendre. J’ai mis en lumière son message, car ce n’est pas acceptable de s’exprimer comme ça. En plus, c’est un joueur de rugby, on partage des valeurs : convivialité, respect… J’ai appris le rugby dans un petit club, c’est là où j’ai le plus profité. Moi, je pense à nos jeunes exposés aux réseaux. Ce n’est pas évident de recevoir ce genre de message. Tu es confronté à ton écran avec des personnes qui pensent des choses sans te connaître.

En avez-vous souffert lorsque vous étiez plus jeune ?

C’est important d’en parler. Ça a été un traumatisme au début de ma carrière. Je lisais et j’entendais beaucoup de choses. Tu tombes dans une spirale négative avec ce genre de messages. Les messages qui touchent la personne, ce n’est jamais évident de les gérer. Ce n’est pas pour stigmatiser la personne. Je voulais juste faire passer un message : ce n’est pas à travers de l’agressivité et de la méchanceté à travers un écran que tu arrives à faire passer le message que tu veux à la personne concernée. Le mécontentement, je le comprends, après on doit se contrôler. Je ne veux plus laisser passer ça.

Est-ce que les joueurs devraient plus prendre la parole sur ce sujet ?

Il y a des joueurs qui passent à côté et qui ferment les yeux. Moi, j’ai toujours pensé que c’était important de savoir ce que les gens pensent. J’ai commencé avec Toulouse, je joue ma première saison et je deviens champion de France, puis directement les Bleus… À 18 ans et cinq jours, je joue un match de Coupe d’Europe, il faut être armé. Tes proches te protègent, mais au fond, bien sûr que tu es touché. J’ai appris dernièrement qu’une cellule a été mise en place pour préparer les jeunes à ça. Ici, l’agressivité est dans les gènes du club et parfois dans celle des supporters. Il faut savoir le digérer. C’est important d’être préparé et sensibilisé.

D’un point de vue personnel, vous arrivez en fin de contrat. Quelles sont vos volontés ?

Je reste à 200 % derrière le projet du club. Pour la prolongation… nous discutons. On est en train de peaufiner ça. Ma première envie, c’est de rester au club. Après, forcément, on est contraints de rester ouvert à toutes les éventualités. Ce n’est pas simple de prendre ce genre de décision. Il faudra prendre la décision la plus raisonnable pour ma famille et ma carrière.

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Mathias MERLO
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