XV de France - Un château en Écosse !

  • Un château en écosse !
    Un château en écosse ! MIDI OLYMPIQUE - PATRICK DEREWIANY
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Samedi, à Édimbourg, le XV de France doit continuer sur marche en avant et veut prolonger ses rêves de Grand Chelem. Face à une équipe qui les a battus lors des deux précédents Tournois, les Bleus ont aussi l’occasion de solder un certain passif, dans le stade même où ils ont connu leur gros raté en 2020.

Mais que manque-t-il à cette génération française ? Sur le papier, rien. Ou alors, si peu. Si une chose est bien certaine, c’est qu’elle n’est dépourvue ni de talent, ni de caractère, ni de ressources. Cette bande en or, emmenée par son capitaine et accesoirement meilleur joueur du monde Antoine Dupont, a tout pour faire de la France la nation la plus forte de la planète. Chacun de ses adversaires le reconnaît d’ailleurs aisément... Et voilà qu’on entend, ici et là, que ces Bleus sont terrifiants, qu’ils n’ont actuellement pas d’égal ou qu’ils sont les légitimes favoris de la Coupe du monde 2023 sur leurs terres. Le hic ? C’est que pour rafler le trophée Webb-Ellis, il faut d’abord gagner d’autres titres durant les mois ou les années précédentes. Ce n’est ni une injonction de supporters, ni même une analyse moralisatrice de journaliste. Ce sont juste des faits historiques. Chaque champion du monde a d’abord remporté un Rugby Championship (feu "Four Nations") ou un Tournoi des 6 Nations.

Or, dans cette dernière compétition, le XV de France s’est contenté de la deuxième marche du podium en 2020 puis en 2021. Les deux fois, il avait largement les moyens de décrocher la timballe mais il n’en fut rien. Le point commun ? L’écosse pardi. Ce XV du Chardon, qui n’a pas la profondeur de l’Angleterre, qui n’a pas le palmarès récent du Pays de Galles et qui n’a pas le rugby ultra structuré de l’Irlande. Mais cette écosse en pleine progression qui, même s’il serait incongru de la qualifier de "All Blacks du Nord" comme l’avait fait Marc Lièvremont en son temps, est toujours venue barrer la route de Fabien Galthié et ses hommes dans le Tournoi.

2020, gravé au fer rouge

L’an passé, obsédés par un bonus offensif qui leur aurait offert le sacre le Stade de France, ils en avaient oublié de battre les troupes de Gregor Tonwsend. Il y a deux ans, lancés vers la gloire après avoir dominé Anglais et Gallois, ils avaient subi la loi des écossais à Murrayfield (19-28). Une défaite, gravée au fer rouge pour cette génération, qui a marqué un tournant de l’ère Galthié. Ce jour-là, les Bleus avaient pris tous les vents contraires en pleine face (carton jaune de Cros, blessure de Ntamack, expulsion de Haouas) pour ce qui reste le revers le plus lourd du mandat, plus sur la physionomie que par le score. Peut-être même son seul vrai et gros raté. Un souvenir d’autant plus inoubliable qu’après ce match, précédant le premier confinement, le rugby avait été à l’arrêt durant de longs mois à cause de cette satanée épidémie de Covid.

Ce samedi, Dupont et ses partenaires auront forcément ce stigmate en mémoire. Avec, en compétiteurs hors pair qu’ils sont, cette irrémédiable besoin de laver l’affront. De prouver qu’ils sont désormais deux ans et tellement d’armes supplémentaires en leur possession. Là, à édimbourg, dans cette antre de Murrayfield qui avait symbolisé leurs limites de mars 2020. Même s’ils s’y sont imposés, dans une enceinte vide lors de la Coupe d’Autromne des Nations six mois plus tard, l’écosse se dresse, qu’ils le veuillent ou non, comme leur plafond de verre des dernières saisons. Un écueil à braver pour viser les sommets et enfin prononcer cette expression tabou, celle de "grand chelem". L’équipe de France est la seule, après seulement deux journées, à pouvoir le réaliser.

Entre retenue et ambitions

Ces Bleus-là en ont évidemment la stature mais leur passif (et les leçons qu’ils en ont retenu, à commencer par celle d’avancer parfois à visage un brin moins découvert) leur confère logiquement une forme de retenue et d’humilité, qui les empêche aujourd’hui de le clamer à haute voix. C’est tout à fait normal, messieurs, et cela n’altère en rien les attentes autour de vous. Allez d’abord sauter sur ce château d’Édimbourg et, après vous en être emparé, vous aurez le loisir de construire votre royaume. Du moins de l’élargir plus encore. «J’ai envie de penser que cette équipe n’a rien à craindre si elle continue à jouer de cette façon, s’est enthousiasmé Marc Lièvremont dans ces colonnes après le succès XXL face à l’Irlande. On a le droit de rêver et d’espérer le meilleur. [...] Jamais une équipe de France ne m’a semblé aussi forte, aussi constante et n’a dégagé un tel sentiment de puissance.» C’est sûrement l’heure d’en faire une nouvelle éclatante démonstration. Autant pour solder le passé que pour affirmer les ambitions.

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