Gaël Fickou : « Il y a un potentiel de dingue dans cette équipe »

  • "Il y a un potentiel de dingue dans ce groupe"
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    "Il y a un potentiel de dingue dans ce groupe"
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Le Racingman, qui a connu les années de galère avec le XV de France, savoure la réussite actuelle d’une équipe qui fait tomber les barrières les unes après les autres. Et lui veut désormais ouvrir son palmarès en sélection...

Vous n’aviez pas gagné à Murrayfield dans le Tournoi depuis 2014. Que ressentez-vous après ce succès ?

C’est une victoire importante. Cela faisait pas mal d’années que le XV de France ne s’était pas imposé là-bas, parce que c’est un adversaire dur à manœuvrer sur ses terres. On l’a d’ailleurs encore vu en début de match, quand les Ecossais ont réussi à nous tenir au score. Puis, petit à petit, nous sommes parvenus à mettre notre jeu en place, à les mettre sous pression et à les faire déjouer.

Il y a eu cette scène, avant le match, où vous êtes restés plusieurs minutes sur la pelouse en attendant les Ecossais. Avez-vous craint d’y perdre de l’énergie ?

Non, ce contexte n’a jamais pris le dessus et rester groupé ne prend pas d’énergie. C’est juste chiant d’attendre… C’est une mise en scène de leur part pour nous mettre la pression et nous intimider. Ils incitent leurs supporters à chanter pendant que nous sommes déjà dans le stade mais cela ne nous a pas atteints. On sait que les Ecossais aiment ça, donc nous y étions préparés.

Dans l’histoire récente, le XV de France s’est parfois laissé déborder par ce genre de contexte…

On évolue forcément dans tous les secteurs. Celui-ci en fait partie. On travaille au quotidien pour résister à ce genre de choses. Aujourd’hui, ça paye. Le groupe grandit. Quand nous avons commencé l’aventure il y a deux ans, il y avait beaucoup de joueurs qui connaissaient leurs premières sélections. La moyenne d’âge a augmenté, celle de sélections aussi. Il y a plus d’expérience et de maturité.

Qu’avez-vous pensé en voyant Antoine Dupont récupérer ce ballon en situation délicate dans son camp à la 7e minute, avant de traverser le terrain ?

Je connais Antoine et ses qualités énormes. Tous les joueurs derrière ont les capacités pour relancer ce genre de ballons. Surtout lui qui, avec ses appuis, nous met souvent dans l’avancée. On vit ces situations à l’entraînement et une fois qu’Antoine est parti, qu’il s’est sorti de deux ou trois plaquages, il fallait le suivre.

Votre force n’est-elle pas de parvenir à placer les attaquants français dans les conditions idéales ?

Bien sûr. Chaque joueur est essentiel dans son registre et tout le monde, dans son rôle, apporte sa pierre à l’édifice. Notre stratégie collective s’inscrit dans cette logique. Et puis, il y a les individualités…

C’est-à-dire ?

Elles peuvent s’exprimer et on sait qu’il y a beaucoup de talents individuels dans cette équipe, capables de réaliser des différences décisives. On travaille en ce sens. À un moment donné, chacun sait qu’un joueur va prendre une initiative et le rôle des autres est de converger vers lui. Cela relève de l’inspiration mais c’est aussi quelque chose qui est bossé toute la semaine.

N’avez-vous pas effectué le plus beau travers de votre carrière pour inscrire votre essai, juste avant la mi-temps ?

(Il éclate de rire) Je ne sais pas trop ! En tout cas, il fait plaisir vu que je marque à la fin et que ça a mis de la distance au score avec l’Écosse. Qu’importe la manière, le plus important était de finir dans l’en-but.

Vous êtes le patron de la défense et elle a encore été déterminante à Édimbourg…

On progresse beaucoup avec Shaun Edwards, qui est un excellent coach de la défense. Il nous fait énormément évoluer. L’Écosse est une équipe mobile, capable de nous poser des problèmes mais nous avons plutôt bien réagi. Contre l’Italie, nous étions passés au travers sur la discipline. Mais, face à l’Irlande et en Écosse, nous avons été ultra-disciplinés. On a la chance de travailler avec un arbitre comme Jérôme Garcès qui est une référence. Défensivement, on doit continuer dans le même état d’esprit. Il ne faut pas s’emballer mais, sur ce secteur clé au haut niveau, l’équipe a pris le bon wagon.

Vous avez découvert le rôle de capitaine de la défense il y a deux ans. Comment vous sentez-vous dans ce costume ?

Je le vis comme une continuité. J’essaye d’aider mes coéquipiers sur les systèmes défensifs, de leur apporter un peu de confiance. Mais ils sont tellement performants aujourd’hui que mon rôle est très simple, en réalité. Je le fais de façon naturelle. Je donne quelques petits conseils mais n’allez pas croire que je suis sans cesse en train de dire à chacun ce qu’il doit faire. Tout le monde sait prendre ses responsabilités.

Moi, je veille juste à faire quelques rappels quand je sens que nous sommes dominés dans ce secteur, dans les moments où on glisse mal, où on ne monte pas assez fort. Cela reste de simples rappels.

Quand on connaît le garçon au potentiel offensif incroyable que vous étiez à votre arrivée en équipe de France, il faut une forme d’humilité pour connaître cette évolution personnelle, être capable de se mettre au service des autres…

C’est gentil de me le dire. Mais le rugby est avant tout un sport collectif. Je pars du principe que, si je fais briller mes collèges, je brillerai aussi avec eux. L’objectif est là, de lire les situations ensemble, de les exploiter au mieux pour que l’équipe en sorte plus forte. Au début de ma carrière, je faisais plus d’exploits individuels mais je voulais varier mon jeu pour évoluer et être plus complet.

Maxime Médard nous disait un jour que rien ne résiste à cette nouvelle génération française. Le percevez-vous aussi de l’intérieur ?

Elle croit beaucoup en elle. Cette génération a énormément d’ambitions et travaille très dur. Surtout, tout le monde va dans le même sens. La clé, elle est là. Et puis, il y a du talent aussi, d’excellents joueurs comme Yoram Moefana qui a peu de capes mais a fait un super match à Murrayfield. Il y a un potentiel de dingue dans ce groupe, ça aide.

Justement, pour son premier match international à l’aile, vous attendiez-vous à ce genre de performance de Moefana ?

Évidemment. Ce garçon ne fait que progresser et il a encore une énorme marge. Il va apporter beaucoup au rugby français dans les années à venir. Il est polyvalent, technique, costaud, bon défenseur. Il a toutes les qualités nécessaires pour être un grand joueur.

Vous n’avez jamais caché votre envie de gagner des titres avec l’équipe de France. Sentez-vous que cette possibilité se rapproche ?

Oui, elle se rapproche mais elle est pourtant encore loin. Il reste deux matchs dans ce Tournoi. On va nous encenser dans les prochains jours, on le sait, mais on doit garder les pieds sur terre, pour continuer à bosser dans la bonne humeur. On prend du plaisir ensemble. Si on poursuit dans cette voie, ça viendra. Il n’y a pas de raison que ça n’arrive pas.

Vous avez connu les galères en sélection. Qu’est-ce que cela change de se construire dans la victoire ?

On en parlait avec Uini Atonio et Romain Taofifenua. On se disait qu’on a de la chance de vivre ce genre de moments désormais. Gagner dans des stades pleins, voir que plus de 10 000 Français étaient présents en Écosse… C’est incroyable. Pourvu que ça dure. Le rendez-vous au Pays de Galles, dans moins de deux semaines, va être un tournant pour nous. On veut se donner le privilège de disputer une finale au Stade de France contre l’Angleterre. Cela passe par un gros match à Cardiff.

Vous y avez gagné il y a deux ans, donc vous connaissez le chemin…

Non, ça ne change rien. Chaque match est une nouvelle histoire, dans une nouvelle compétition et avec de nouveaux joueurs. Chaque année, tous les compteurs sont remis à zéro. Il faut toujours se remettre en question. Si on se prépare bien et qu’on met tous arguments de notre côté, on a le potentiel pour rivaliser là-bas. C’est certitude.

Et on pourra vous parler de Grand Chelem après le pays de Galles alors…

On se donne rendez-vous après le match à Cardiff (sourire).

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Les commentaires (1)
Jacquot56 Il y a 9 mois Le 28/02/2022 à 11:23

J'étais à Murrayfield ce week-end et j'ai assisté à un match fantastique de l'EdF. Concernant les tirs au but de notre buteur. Une remarque: il y avait beaucoup de vent et tourbillonnant. Dans l'heure précédant le match, j'ai vu Finn Russell s'entraîner à tirer des quatre coins du stade pour régler sa mire. A part Lucu qui s'est également entrainé aux perches, ni Melvyn Jaminet, ni Romain Ntamack s'y sont exercés. A mon avis, quand on compare les taux de réussite de Finn Russell et Melvyn Jaminet, cela a été une erreur des deux buteurs français pour domestiquer le vent écossais.
Cette remarque n'est pas une critique mais la démonstration d'un point à améliorer pour Cardiff.
Vive le rugby Français!