Tournoi des 6 Nations 2022 - Yoram Moefana et l’héritage du « petit caporal »

  • Contre l'Écosse, le Girondin Yoram Moefana a réussi son examen de passage au poste d’ailier.
    Contre l'Écosse, le Girondin Yoram Moefana a réussi son examen de passage au poste d’ailier. Icon Sport
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Yoram Moefana a réussi son examen de passage au poste d’ailier. Il comptait des supporters particuliers à Édimbourg, liés à son père et à… Jacques Fouroux.

Yoram Moefana était une attraction de cet Ecosse-France car Fabien Galthié avait décidé de le titulariser à l’aile, à la place de Gabin Villière. Il était plutôt catalogué comme un centre depuis ses débuts professionnels. Mais on avait vu, dans ce choix, le désir du sélectionneur de conserver les talents les plus éclatants sur la pelouse au détriment des purs spécialistes. Yoram Moefana a donc pris le dessus sur Mathis Lebel et son profil de sprinteur.

Le Bordelais aura marqué des points précieux pour sa crédibilité. Un premier duel gagné à la 5e, des avancées constantes jusqu’au bout. Il a aussi marqué son premier essai international sur son aile opposée, à l’intérieur de Cyril Baille, merveilleux passeur à la conclusion d’une superbe offensive. Yoram Moefana poursuivra son œuvre dans la peau d’un attaquant petit format de loin, mais très impressionnant de près.

Il aura parfaitement tenu la distance face à Duhan Van der Meerwe et Darcy Graham, annoncés comme des armes fatales possibles du XV du Chardon. Moefana n’aura à se reprocher qu’une passe sous pression trop dangereuse dans ses 22m, en deuxième période.

Pourtant, à Edimbourg, nous avons parlé à l’un de ses supporters les plus acharnés. Il porte un nom connu, Fouroux. Jean-Baptiste Fouroux, fils de l’ancien sélectionneur est un inconditionnel : « Chaque fois qu’il touche le ballon, je hurle. Je le connais par rapport à son père avec qui j’ai joué, à Orléans, puis à Niort. Il a même habité chez moi. Pour moi, c’est un frère. Je l’avais présenté à Henry Broncan qui entraînait à Auch, mais il s’est cassé un genou et il a dû renoncer à sa carrière. Mais quand je vois jouer Yoram, c’est très troublant. Je revois son père qui n’avait pas le même nom que lui. Il s’appelait Falatea. Ils avaient le même style. Et la même attitude, timide dans la vie et dur au mal sur le terrain. Vous avez vu les cuisses de Yoram ! Imaginez-vous en train d’essayer de le plaquer, alors qu’il arrive lancé face à vous. »

Évidemment, Jacques Fouroux, décédé en 2005, n’a pas connu Yoram joueur. Il n’a connu que son papa, désormais président d’un club en Nouvelle-Calédonie. « Nous avons encore échangé des messages récemment et il est venu me voir à Montauban. Mais je vous assure que mon père aurait adoré le style de Yoram. Il aurait été sur le terrain s’il avait été encore entraîneur. »

C’est vrai, la conjonction entre le Gersois, capitaine puis sélectionneur du XV de France des années 70-80 et le centre-ailier de l’UBB n’est pas évidente. Et pourtant… « Quand je vois Yoram sous le maillot bleu, j’ai l’impression que la famille Fouroux est toujours représentée en équipe de France. Centre ou ailier, je n’ai pas de préférence. Vous savez, les trois quarts d’aujourd’hui sont tellement polyvalents... » 

Jean-Baptiste Fouroux a sans doute côtoyé bien des joueurs de renom dans son enfance, mais il s’est forgé ses propres références au gré d’une carrière de bon joueur de fédérale. Quand il parle de Yoram, il met en avant une séquence qui l’a touché au cœur. « J’ai revu en lui la même éducation que celle de son père. Cette profonde gentillesse et cette façon d’offrir aux autres tout ce qu’il a. Après France-Irlande, je l’ai vu donner tout son équipement à des supporters. Il n’a gardé que son GPS. »

Jean-Baptiste Fouroux, avenant et généreux, comptait bien féliciter directement son neveu spirituel avant de quitter Edimbourg, peut-être boire un verre avec lui si les protocoles le permettaient évidemment. Nous étions partis pour écrire un article sur un garçon venu du Pacifique, la magie du Tournoi nous l’a transformé en descendant du Petit Caporal. Non, celle-là, on ne l’a pas vu venir.

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