Tournoi des 6 Nations 2022 - Laurent Labit : « Nous avons les meilleurs joueurs pour évoluer dans le désordre »

  • L’entraîneur de l’attaque tricolore nous a livré ses sentiments quant à l’évolution globale du projet offensif des siens.
    L’entraîneur de l’attaque tricolore nous a livré ses sentiments quant à l’évolution globale du projet offensif des siens. Icon Sport
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C’est à l’atterrissage de son vol en provenance d'Édimbourg que l’entraîneur de l’attaque tricolore nous a livré ses sentiments quant à l’évolution globale du projet offensif des siens. Aussi pointu que passionnant…

Vingt-quatre heures après une si convaincante victoire à Murrayfield (entretien réalisé dimanche), l’entraîneur de l’attaque que vous êtes est-il déjà dans une analyse critique, ou dans la satisfaction ?

On reste quand même sur de la satisfaction, évidemment… Au-delà du résultat et des six essais marqués, ce qui fait plaisir, c’est la façon dont les choses se sont déroulées, d’avoir identifié des choses et réussi à les mettre en place. On s’y était un peu cassé les dents voilà deux ans, puisque nous avions identifié certaines choses que nous n’avions pas réussi à exploiter. Là, on y est parvenu, et ça fait toute la différence.

Contre l’Écosse, en quoi consistaient précisément ces espaces ?

On avait déjà vu voilà deux ans que nous aurions des opportunités sur les jeux de transition et les ballons de contre-attaque, et marquer trois essais là-dessus samedi, c’est la première des satisfactions. On avait aussi remarqué que nous aurions des espaces à exploiter sur les extérieurs, car des joueurs massifs comme Tu’ipolotu, Harris ou Van der Merwe ont du mal de par leur physique à circuler pour défendre à la fois sur notre bloc du milieu du terrain et sur les extérieurs, tout en couvrant dans leur dos. Face à des joueurs comme ça, à condition d’avoir un bon positionnement au départ, on savait qu’on pourrait leur poser des problèmes en touchant les couloirs extérieurs. C’est notamment ce qui s’est passé sur l’essai de la 74e par Damian Penaud, mais aussi sur ceux de Fickou et Moefana.

Ce qui frappe avec ce XV de France, c’est qu’il demeure dangereux en première main, alors que votre panoplie de lancements est finalement assez réduite, à trois ou quatre maximum… Comment l’expliquez-vous ?

D’abord parce qu’on met en place ces animations avec les joueurs, qui ont foi en ce qu’on leur propose. On a aussi la chance d’avoir un effectif qui tourne très peu, ce qui est forcément bon pour les automatismes. Notre paire de centres est très dangereuse et derrière elle, on articule notre jeu autour d’Antoine Dupont et Romain Ntamack qui ont toujours de très bonnes lignes de course, sont en cela toujours très difficiles à lire pour les défenses, et ont en outre cette faculté à faire le bon choix, en orientant le jeu à la main ou au pied.

Qu’est-ce qui fait la différence sur vos lancements ?

La première chose, c’est la qualité de l’animation derrière nos points de fixation au milieu du terrain. En fonction du lancement, on demande à Antoine ou à Romain d’arriver légèrement à l’intérieur du ballon, pour se donner le temps de faire le bon choix et ressortir à la main ou au pied. Mais ce qui détermine ce choix, c’est la défense adverse et en cela, ce qui est essentiel, c’est le travail de positionnement en pré-action. Par exemple, ce qu’on demande à nos ailiers côté fermé, c’est de joueur un jeu de poker menteur avec l’adversaire, et de faire en sorte que leur positionnement au moment de l’introduction ne sait pas le même qu’au moment où le ballon sort. Cela afin de mettre en retard le demi de mêlée adverse. Cela afin de poser des problèmes à toute la défense, car le positionnement du demi de mêlée provoque des réactions en cascade en bout de ligne.

Au-delà des lancements de jeu, l’équipe semble s’être définitivement approprié le projet, ainsi qu’en témoigne l’essai de Paul Willemse sur lequel les joueurs ont basculé instantanément d’un jeu de poste à un jeu de rôle. N’est-ce pas cela, la plus grande satisfaction ?

Ça se fait naturellement, avec le temps. Dans la construction d’une équipe, il faut du temps. Aujourd’hui, les joueurs ont l’habitude de jouer ensemble et sont naturellement davantage en mesure de pratiquer plusieurs formes de jeu, en fonction du type d’adversaire.

Comment cela se décide-t-il, en pratique ?

Avant chaque match, dans notre organisation, on détermine des porteurs de balle privilégiés. Ce sont des choses dont on discute lors de nos entraînements, en fonction du profil de nos adversaires. Si on sait qu’on doit aller au défi et tenir le ballon, on missionnera peut-être davantage Uini Atonio, Paul Willemse, Romain Taofifenua ou Greg Alldriit. Mais dans une autre forme de jeu davantage tournée vers les extérieurs, notamment sur les ballons de récupération, on déterminera plutôt comme porteurs privilégiés des garçons comme Cyril Baille, Julien Marchand ou Cameron Woki, par exemple.

Ce qui est frappant aujourd’hui, c’est qu’au-delà de disposer de joueurs qui excellent dans les duels, le XV de France est capable de prendre n’importe quel adversaire au monde sur ses points forts...

C’est surtout que les joueurs croient et adhèrent en ce qu’on fait, et je pense que nos adversaires le ressentent. L’état d’esprit global est bon, c’est la base de tout. Dès notre prise de fonction, nous sommes partis du postulat que nous avions culturellement les meilleurs joueurs du monde pour évoluer dans le désordre et lire les situations. C’est pourquoi nous avons réfléchi à comment créer les conditions de ce désordre sur le terrain. On s’est aperçu que le jeu au pied nous le permettait, mais que cette seule stratégie pouvait aussi avoir des limites. Aujourd’hui, on a effectivement l’impression qu’on peut répondre à plusieurs genres de défi, tout en conservant nos qualités originelles. Même si on sait très bien qu’on n’est jamais à l’abri d’une déconvenue, et qu’il ne faut surtout pas se croire arrivés maintenant…

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