La tendance de Marc Duzan : « T'en vas pas, Rory... »

  • Au printemps prochain, Rory Kockott quittera définitivement la scène du Top 14.
    Au printemps prochain, Rory Kockott quittera définitivement la scène du Top 14. Icon Sport
Publié le

Au printemps prochain, Rory Kockott quittera définitivement la scène et quoi qu'en pensent les arbitres du Top 14, le demi de mêlée du Castres olympique, 35 balais et près de 250 matchs disputés avec le CO, nous manquera à en crever. Kockott, débarqué des Sharks il y a onze ans, est d'abord un formidable rugbyman, un numéro 9 intelligent, rapide, doté d'une belle passe et d'un jeu au pied souvent pertinent.

Aussi, l'originalité de son patronyme, hérité d'ancêtres qui plumaient des volailles en Allemagne, était au « Midol » l'alibi à toutes nos titrailles les plus foireuses. Enfin, parce que Rory Kockott, neuvième avant et grande gueule, sûr de lui pour ses coéquipiers ou puant d'orgueil pour les autres, est un personnage irremplaçable de la commedia dell'arte du rugby pro.

Ses échanges - nombreux, innombrables, même - avec les arbitres du championnat appartiennent aujourd'hui à la légende et, si l'on comprend parfois qu'il les exaspère, Kockott a surtout créé avec eux un jeu auquel il ne se dérobe jamais, depuis dix ans. Au jour d'été 2020 où Mathieu Raynal l'exhorta, exapéré, à rester « constructif », le directeur de jeu se vit ainsi répondre dans un clin d'oeil : « comme toujours, Monsieur l'arbitre ».

Comme beaucoup de grands numéros 9 (George Gregan, Agustin Pichot...), Rory Kockott a compris ce qu'il pouvait perdre et gagner dans sa relation souvent conflictuelle aux autres, qu'ils soient arbitres ou adversaires. Entrant dans la tête des leaders d'en-face, il fit un jour sortir Bakkies Botha de son match ou poussa si loin le bouchon avec l'Anglais Chris Ashton que celui-ci lui colla, un soir de coupe d'Europe, une droite monumentale et qui valut, peuchère, un carton rouge à chacun d'entre-eux.

Mais qui nous fera rire ou hurler, maintenant que Rory a décidé de partir ? Qui nous fera comprendre, aussi, qu'une conférence de presse d'après-match a tout d'une chambre de torture, pour un sportif tout juste vaincu ? Un soir de l'hiver 2015 où le XV de France venait de s'incliner lourdement à Dublin, on lui demandait comment il expliquait les mauvais choix de la charnière qu'il formait alors avec Camille Lopez. À ces mots, Kockott avait souri, nous avait défié du regard et lancé : « T'as déjà joué, toi, à Lansdwone Road ? Tu sais ce que c'est ? »

On lui répondit, le lendemain et dans ces colonnes, qu'il n'était pas nécessaire d'avoir une plume dans le cul pour apprécier un spectacle des Folies Bergères. Il n'avait pas aimé, nous l'avait fait savoir et on se dit, a posteriori, que l'on préférait largement ce genre de rapport frontal, loyal et humain aux « visios » désincarnées qui font aujourd'hui notre quotidien. Allez, sans rancune, Rory... Et du fond du cœur, merci...

Cet article est réservé aux abonnés
Abonnez-vous pour en profiter
à partir de 0,99€/mois, sans engagement
  • Tous les articles en illimité sur le site et l'application
  • Le journal en version numérique dès 20h30 la veille
  • Les newsletters exclusives
Voir les commentaires
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?