L'édito : le chef-d’œuvre de Shaun

  • Shaun EDWARDS, (France).
    Shaun EDWARDS, (France). Icon Sport - Icon Sport
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L'édito du vendredi par Léo Faure... C’est une présence qui peut vite vous glacer. Bouche en bas cerclée d’un bouc finement ciselé, crâne chauve, regard qui vous scrute et vous dépouille. Sa bonhomie sincère, Shaun Edwards la dissimule derrière cette carapace de type peu avenant. L’Anglais le sait, comme il sait en jouer. Il sait aussi sa réputation d’homme dur au mal et aux mâles, bâtie sur onze années au chevet du pays de Galles, à l’épaule de Warren Gatland.

Sa science des choses de la défense, Edwards l’a parfois infusée au marteau-piqueur dans les crânes gallois. Ce sont les joueurs qui le disent. Elle a surtout fait passer les « boys » de Cardiff de gentils faire-valoir du vieux Tournoi en une meute de loups, quatre fois sacrée (2008, 2012, 2013 2019) et les pognes posées sur trois grands chelems (2008, 2012, 2019). Ça positionne un homme et un entraîneur.

La recette galloise était donc là. En rugby, on assoit souvent les succès sur le triptyque « défense-conquête-occupation ». Edwards et Gatland avaient échafaudé un autre plan : le triptyque « pression-pression-pression ». En défense comme en attaque. Tout le temps. Tout devait se faire vite et fort. La « très haute intensité », quinze ans avant la sacralisation du terme par Galthié et ses mantras de communication.

Le succès des Bleus à Édimbourg, voilà six jours, ne dit rien d’autre et confirme toute l’importance du treiziste anglais dans le staff d’experts du XV de France. Après Murrayfield, on s’est longtemps attardés sur les six essais inscrits par les Français, une rareté dans le Tournoi (hors Italie). On a parlé de l’inspiration de Dupont sur la première réalisation, géniale pour le commun des mortels, banale pour le demi de mêlée des Bleus. On a causé de Damian « machine à marquer » Penaud, des grattages de Julien Marchand et de la qualité de mains « codorniesque » de Cyril Baille. Suave, pour un pilier.

Avant tout ça, on doit vous asséner cette vérité : la victoire des Bleus à Édimbourg fut un chef-d’œuvre défensif. Par ces temps modernes, on ne parle d’ailleurs plus de défense : on parle d’attaque sans ballon. Il y aurait là volontiers un onanisme intellectuel. Sauf qu’il n’en est rien. Et le XV de France l’a prouvé : s’il a marqué ces six essais, c’est d’abord parce qu’il a très bien défendu.

À ce propos : lundi soir, attablés au Valexpo d’Oyonnax au soir de l’Oscar Midi Olympique remis à Charlie Cassang, on a discuté de la chose avec Joe El Abd. Anglo-saxon, francophone et francophile, entraîneur et désormais manager, il a forcément un avis pertinent sur la question. Et sans surprise, « big Joe » avait été bluffé par la performance défensive des Bleus à Murrayfield. Avec cette précision. « J’ai observé de près leur système, les courses, les dispositions des joueurs : je n’y ai rien trouvé de révolutionnaire. Cela m’a même paru assez simple. En revanche, leur état d’esprit fut incroyable. Ils ont chassé chaque ballon, chaque ruck, pressé chaque attaquant écossais. Les Bleus ne lâchent jamais rien, avancent tout le temps. C’est impressionnant. C’est là le vrai miracle de Shaun Edwards » On vous suit à ce sujet, cher Joe.

Ce lundi toujours, au long d’un autre papier de louanges sur le XV de France et sa performance écossaise, Midi Olympique faisait remarquer que ces Bleus s’étaient mués en deux années de chèvres en loups. De chassés en chasseurs. De proies en prédateurs. La plus grande révolution de cette équipe est sûrement là. Au-delà des talents individuels, puisque nombre de ces jeunes et brillants joueurs étaient déjà là lors des mandats précédents. Mais, désormais, ils ont la dalle et la confiance qu’il faut pour la rassasier. Une révolution, oui. Et Shaun Edwards ne saurait y être pleinement étranger.

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