Tournoi des 6 Nations - Le Gallois Taulupe Faletau, exilé et tiraillé

  • Après plusieurs mois d’absence, Taulupe Faletau a fait son retour chez les Diables Rouges face à l’Angleterre.
    Après plusieurs mois d’absence, Taulupe Faletau a fait son retour chez les Diables Rouges face à l’Angleterre. Icon Sport - PA Images
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Taulupe Faletau a fait son retour contre l’Angleterre après onze mois d’absence. Le numero 8 de Bath incarne toutes les ambiguïtés des joueurs internationaux, tiraillés entre leur club et leur sélection.

Le numéro 8 d’origine tongienne n’avait plus joué depuis onze mois sous le maillot gallois (mars 2021). Il avait participé à la tournée des Lions en Afrique du Sud, avant de séjourner sept mois à l’infirmerie touché à la fois à un mollet et à une cheville. Mais il lui a suffi de deux matchs avec Bath pour convaincre Wayne Pivac de le rappeler en sélection.

Faletau fait partie des joueurs à qui la fédération galloise (WRU) n’a pas grand-chose à refuser. C’est pour des talents supérieurs comme lui qu’elle a fait une entorse à sa politique protectionniste. Elle ne souhaite pas sélectionner des joueurs exilés, sauf s’ils comptent plus de 60 sélections. Faletau (comme Dan Biggar par exemple) entre dans cette catégorie. En 2016, il avait rejoint le club anglais de Bath car les provinces galloises ne pouvaient pas s’aligner sur le salaire proposé. Faletau servait les Newport Gwent Dragons depuis sept ans mais son potentiel était tel qu’il était destiné à franchir le Severn Bridge pour briller dans le championnat anglais.

Un séjour à Bath sans grand relief

Six ans après, il reste l’un des plus gros salaires de Bath (environ 400 000 livres par an). Mais vu d’Angleterre, il reste un exemple typique de joueur international qui ne donne pas tout à fait en club ce qu’il montre sous le maillot de son pays. À Bath, il aura finalement peu joué à cause de multiples blessures, 64 matchs tout juste. Il n’aura rien gagné avec le prestigieux club de l’ouest de l’Angleterre, ni même joué de finale nationale ou européenne (tout juste deux demies de Challenge). On imagine que Bath s’est demandé si ce genre d’investissement en valait la chandelle. D’ailleurs, Taulupe Faletau a annoncé dès novembre qu’il rentrait au pays. Il s’est engagé avec Cardiff : c’est une façon de revenir à une situation plus logique, évidemment. En plus Bath, actuellement dernier du championnat (mais sans risque de relégation) a sans doute préféré lâcher ce gros salaire pour reconstruire une équipe. Mais les observateurs évoquent aussi une nouvelle donne : les clubs anglais refusent désormais de payer directement les commissions des agents à cause d’une nouvelle taxe. C’est donc aux joueurs de le faire. Ceci complique la situation, on peut imaginer qu’elle a facilité l’idée d’un retour au pays (les franchises galloises sont moins intransigeantes sur la question des commissions).

L’éternelle question des doublons

D’ailleurs après les remerciements d’usage, Stuart Hooper, le manager général de Bath, a fait passer un message : "Nous construisons une équipe pour la saison prochaine et nous voulons le faire avec des joueurs qui sont disponibles tout au long de la saison, c’est un paramètre crucial. Aligner une équipe compétitive au moment des "doublons" avec le calendrier international est devenu fondamental, compte tenu de l’élévation du niveau de notre championnat."

En clair, ça ne vaut pas la peine de recruter un joueur de premier plan, aussi talentueux soit-il, qui va s’absenter en novembre et en février-mars. Si l’on ajoute le risque de blessures, on comprend que Bath se sente dans la même situation que Toulon. En plus, Bath devait aussi assumer l’absence de Sam Underhill, troisième ligne international anglais, lui aussi blessé pendant un long moment et rappelé illico presto par Eddie Jones. On comprend qu’avec le salaire d’un Faletau, les gens de Bath espèrent recruter ou lancer des éléments de qualité, pas encore pris par les devoirs d’une sélection.

Taulupe Faletau a rendu hommage au club qui l’a nourri pendant six ans : "Je vais quitter Bath avec de beaux souvenirs, personnels et professionnels. Et mes deux fils sont nés ici. J’ai été très heureux de faire partie d’une équipe de chics types, tout le monde va me manquer et je sais que le meilleur va revenir pour Bath. Je suis déçu de ne pas avoir plus apporté au club, mais il me tarde de tout donner en fin de saison pour ce maillot bleu, noir et banc. Mais mon cœur est prêt pour revenir au pays de Galles et poursuivre mes ambitions de joueur." Il aura donc tiré au maximum parti de son talent naturel : les finances venues d’Angleterre, les honneurs venus du pays de Galles, 87 sélections, un grand chelem (il était blessé en 2019), deux victoires dans le Tournoi (2013 et 2021).

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