Hook : « Quiconque aime le rugby aime voir jouer Dupont et Ntamack »

  • James Hook fut un visage marquant du pays de Galles
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James Hook, c’est 81 sélections avec le pays de Galles, deux grands chelems, une tournée des Lions britanniques. C’est aussi un observateur avisé du rugby européen. Devenu entraîneur à l’académie des Ospreys et accessoirement auteur de livres pour enfants, l’ancien ouvreur de l’Usap se livre sur sa carrière, ses souvenirs et le rugby actuel. Avec un gros coup de cœur pour le XV de France.

Que devenez-vous ?
Je suis retourné vivre au pays de Galles. Je suis devenu entraîneur à l’académie des Ospreys il y a deux ans. Vous vous souvenez de Paul James et Andrew Bishop, anciens pilier et centre de la sélection ? Nous entraînons tous les trois les jeunes de la province. C’est une bonne transition pour l’après-carrière. Et une première étape dans l’entraînement à titre personnel.

Était-ce une vocation à vos yeux ?
En quelque sorte, oui. En dix-sept ans de carrière professionnelle, j’ai accumulé une grande expérience. Tout ça, j’avais envie de le transmettre aux nouvelles générations. Lorsque j’étais un jeune joueur, j’avais eu cette soif de progresser, de se développer. J’avais été vraiment inspiré par mes entraîneurs d’alors, Neil Jenkins tout particulièrement. Il a été mon entraîneur du jeu au pied pendant des années. C’est une période tellement intéressante dans la construction du joueur. Je suis de l’autre côté désormais. Et j’apprends chaque jour un peu plus sur moi en tant que formateur.

Vous ne vous imaginiez pas hors du rugby, une fois retiré des terrains ?
Ce n’était pas envisageable. J’ai trois jeunes garçons qui sont tous mordus de rugby en plus. Tous les dimanches matin, je me régale à les voir jouer. Que voulez-vous ? Je suis un passionné. Je tenais à rester acteur de ce milieu. Et au pays de Galles, c’est le sport numéro 1, c’est difficile de s’en sortir (rire).

Même si, en ce moment, le rugby des provinces est au creux de la vague…
Aucune de nos équipes n’a remporté de match encore cette saison en Coupe d’Europe. C’est bien sûr décevant. C’est une conversation qui revient beaucoup actuellement chez nous. Les régions ne sont pas performantes mais le pays de Galles reste le tenant du titre du Tournoi. Les gens ont tendance à l’oublier un peu vite. J’espère que la sélection gardera un bon niveau de performance cette année mais il y a tant de cadres blessés, à commencer par Alun-Wyn Jones…

Nous y reviendrons plus tard. En United Rugby Championship, les Ospreys sauvent l’honneur en étant relativement bien placés…
Oui, les résultats sont encourageants. Il y a deux ou trois ans, la franchise avait été en grande difficulté mais elle est repartie de l’avant. Toby Booth, le nouveau manager, a insufflé un nouvel élan.

Brock James est un de ses adjoints. Comment se comporte-t-il comme entraîneur ?
Il est responsable de l’attaque. On s’était joué régulièrement en France quand j’étais à l’Usap. C’était un formidable joueur. Il a une connaissance incroyable du jeu. Et il s’est bien intégré dans le club.

Puisque nous en sommes à évoquer les vieilles connaissances du Top 14, comment va Rhys Webb après son expérience toulonnaise plus que mitigée ?
C’est notre capitaine, actuellement, en l’absence de Justin Tipuric. Il joue vraiment très bien en ce moment. Il a enchaîné les titres d’homme du match, d’ailleurs. Il n’a pas été retenu pour le Tournoi mais il prend beaucoup de plaisir. C’est le plus important.

Revenons-en à vous. Quelle vision du rugby prônez-vous ?
Le jeu que l’on a vu lors du dernier France-Nouvelle-Zélande, ni plus ni moins. C’est un des meilleurs matchs que j’ai jamais vus. La façon dont les Français ont joué ce jour-là était épatante : la puissance de leurs avants, le génie de leur charnière, l’audace des trois-quarts… C’est incroyable d’avoir autant de talent avec Dupont, Vakatawa, Jaminet… Il sort de nulle part, d’ailleurs ? Il avait eu sa première sélection en Australie quelques mois auparavant, c’est bien ça ?

Exactement.
Et c’est devenu votre buteur numéro 1, c’est ça.

Tout à fait. Il a tourné à 92 % de réussite sur l’année dernière en sélection.
Ouah, c’est impressionnant.

On vous sent complètement sous le charme de notre équipe nationale.
Oui, la France montre au monde un nouveau rugby qui gagne. Et celui qui doit être pratiqué à mon sens. Ces dernières années, le rugby était devenu ennuyeux, avec une trop grande utilisation du jeu au pied.

Le XV de France actuel n’a plus rien à voir avec celui qui évoluait lors de votre passage à Perpignan, entre 2011 et 2014…
Oui, d’ailleurs, qu’est-ce qui explique un sursaut aussi radical ?

Une réforme de la formation et le dispositif des Jiff, en grande partie…
Vos moins de 20 ans ont gagné deux titres de champions du monde, récemment. Le rugby français a su prendre des décisions courageuses. Et que pensez-vous de Shaun Edwards ?

Il est très apprécié des joueurs et dégage l’image d’un homme charmant…
Je l’ai côtoyé un paquet d’années en sélection. Nous l’adorions car il sait rendre son message simple. C’est clair, net et efficace. Chacun sait ce qu’il a à faire.

Quelle est la place actuelle de Romain Ntamack dans le gotha des ouvreurs internationaux actuellement ?
Je pense que Dupont et Ntamack forment la meilleure charnière du monde. Dupont profite à Ntamack et vice-versa. J’aime leur approche. Quiconque aime le rugby aime les voir jouer. Vous avez beaucoup de chance de les avoir avec vous.

Vous avez arrêté votre carrière au printemps 2020, au début de la pandémie. Comment cela s’est-il passé ?
C’était dur. J’avais annoncé que c’était ma dernière saison mais je n’ai pas pu finir comme je l’ai voulu. Ça s'est achevé subitement. Heureusement, j’ai pu boucler la boucle en juin 2021 en organisant mon jubilé. Je l’ai finalement eu, mon dernier match (sourire).

Que vous inspire votre carrière, avec deux ans de recul ?
Vous savez, quand vous raccrochez, on ne peut s’empêcher de se demander ce que l'on aurait pu faire de mieux, ce qu’il aurait peut-être fallu ne pas faire… A l’arrivée, j’ai joué 81 fois pour le pays de Galles, j’ai disputé deux Coupes du monde, j’ai parcouru le monde entier pour mon plaisir. J’ai tant de bons souvenirs.

Si vous ne deviez en retenir qu’un ?
La Coupe du monde 2011. Même si l’on avait perdu contre vous. Pour tout le monde, au pays de Galles, ça a été dur à vivre et ça a laissé une cicatrice. Nous avions la chance d’aller en finale, pour la première fois. 9-8. J’en ai souffert, comme tout le monde. Ca ne pouvait pas être plus frustrant.

Vous étiez un joueur atypique, pouvant évoluer à quatre postes différents. Mais qu’étiez-vous, vraiment ?
Numéro 10, c’était mon vrai poste. Mais je n’ai jamais été vraiment fixé. Quand j’ai débuté avec les Ospreys, j’ai commencé à être décalé en premier centre. A l’époque, il y avait Shane Williams, Lee Byrne, Tommy Bowe. C’était un régal d’être cinq-huitième dans cette équipe. Avec le pays de Galles, j’étais souvent placé en 13. Mais quand le 15 se blessait, je glissais à l’arrière. C’est le poste que j’aimais le moins car je n’avais pas l’impact que je voulais dans le jeu.

Estimez-vous que ça a été une sorte de malédiction ?
Cette question me fait penser au Tournoi 2011. J’ai joué arrière face à l’Angleterre pour commencer. Lors du deuxième match, face à l’Ecosse, j’étais à l’ouverture. J’avais été performant ce jour-là. Je pensais que j’allais rester en 10. Mais Jonathan Davies s’était blessé, j’ai donc été repositionné en 13. On pouvait facilement me recycler. Ca a pu avoir ses avantages mais, comme vous l’avez dit, c’était plus dur pour trouver de la régularité et des repères sur la durée.

Votre carrière internationale a été auréolée de deux grands chelems. Que représentent-ils à vos yeux ?
Vous pouvez avoir plein de bons souvenirs dans une carrière mais, le juge de paix de tout, ça reste  les titres. Et en termes d’accomplissements, il n’y a pas grand-chose de plus fort que de ramener le trophée du Tournoi à la maison. C’étaient des sensations uniques à vivre, une grande fierté.

Vous avez aussi participé à une tournée des Lions britanniques. Au cours de laquelle vous n’aviez pas joué les tests-matchs, malheureusement…
Quand vous êtes rugbyman gallois, vous voulez d’abord passer professionnel, puis porter le maillot de la sélection et, après, être un Lion. C'est le summum. J’étais un jeune joueur quand j’ai été retenu. Je pense que j’étais au sommet de ma carrière, alors. J’étais le banc face à l’Afrique du Sud et je suis le seul remplaçant à ne pas être entré en jeu. J’ai adoré la tournée en tant que tel mais ça m’a laissé une frustration, inévitablement. En plus d’avoir perdu la série 2 à 1.

Qu’est-ce qui vous a motivé à venir en France en 2011 ?
C’était juste après la Coupe du monde d’ailleurs (sourire)… Perpignan voulait me recruter dès l’année d’avant mais je m’épanouissais totalement aux Ospreys. J’avais tout de même l’envie de découvrir un autre championnat. J’ai toujours regardé le Top 14 et j’avais en permanence cette idée derrière la tête. J’étais venu à Aimé-Giral en Coupe d’Europe et j’avais été impressionné par la ferveur des supporters. J’ai dit à ma femme : « Il faut y aller. » Je n’ai jamais regretté ce choix.

Même si les Catalans sont un peu fous…
Dans le bon sens (rire).

Il y a tout de même eu des hauts et des bas dans vos trois saisons sur place…
C’est inhérent au Top 14, avec la pression qu’il y a autour des résultats. Le fait qu’il y ait ce système de relégation change la donne. Mais en parallèle, il y avait cette ambiance unique que je suis tellement ravi d’avoir connu. Et puis, sportivement, l’équipe était très belle, surtout lors de la première année. Il y avait Maxime Mermoz, Sofiane Guitoune, Damien Chouly, Luke Charteris, Adrien Planté, Nicolas Mas, Guilhem Guirado… Et j’en oublie.

A la fin, il y a cette relégation in extremis à Clermont, en 2014. On imagine que ce jour reste un des plus noirs de votre parcours...
Cette équipe avait donné tout ce qu’elle avait pour maintenir le club en première division. Il y avait eu énormément d’efforts faits de la part de tout le monde mais ça n’a pas suffi. Oui, ça a été une triste fin. J’avais emmené toute ma famille du pays de Galles en France. En partir subitement a été un crève-cœur.

De manière générale, les Gallois ont du mal à s’acclimater au Top 14, Dan Lydiate et Rhys Webb en sont des exemples frappants…
Je ne sais pas trop. Il y a la barrière de la langue, évidemment. A un poste comme ouvreur, ça compte beaucoup. J’avais essayé d’apprendre le français. Je reconnais que j’étais loin d’être le meilleur à ce niveau mais j’ai tout mis en œuvre pour m’intégrer du mieux possible. J’avais même été capitaine de l’Usap en Coupe d’Europe.

Avez-vous gardé contact avec certains de vos coéquipiers à Perpignan ?
Oui, on s’envoie régulièrement des messages avec Florian Cazenave. C’est vraiment un chic type.

Ironie de l’histoire, il occupe peu ou prou le même poste que vous à l’Usap. Il est devenu entraîneur des cadets…
Ah, super nouvelle. Je suis sûr qu’il réussira. Il avait une vraie intelligence sur le jeu. Pour le reste, j’échange aussi avec David Mélé et Damien Chouly. J’ai aussi eu des nouvelles de Julien Candelon l’autre jour. C’est dur de maintenir le lien avec tout le monde mais je garde le souvenir d’une chouette communauté.

Vous rappelez-vous de Patrick Arlettaz, alors coach adjoint ? Il est devenu manager, depuis…
Oui, j’ai vu ça l’autre jour, en regardant Perpignan-Castres. Patrick était vraiment un bon entraîneur, un des meilleurs que j’ai eus. Je l’aimais beaucoup.

Revenons-en à l’actualité et au Tournoi des 6 Nations. Le contexte, côté gallois, n'est pas simple...
Oui, commencer en Irlande était un défi très relevé. Si le pays de Galles avait toutes ses forces vives, ça aurait été différent. Le début de compétition est crucial car il déterminera la mentalité. L’an passé, les deux premiers succès nous avaient apporté une confiance inestimable.

 
Si vous deviez donner un pronostic pour le match Galles-France...
J'ai envie de dire 20 à 18 pour le pays de Galles. Avec le facteur Cardiff. Mais les Bleus sont sur une meilleure dynamique.

Le Pays de Galles a remporté quatre des dix derniers Tournois. Quel est le secret de votre petit pays ?
Notre force, c’est d’avoir une ossature de 23, 25 joueurs très performante et expérimentée. Qui a l’habitude des compétitions internationales et un vrai savoir-faire de la gagne. En revanche, dès qu’il y a des absents, ça se complique… L’effectif est rajeuni. On disait déjà un peu la même chose l’an passé et regardez comment cela s’est fini.

Parmi les absents du début de compétition, il y avait Alun-Wyn Jones. Est-il un des plus grands avants de l’histoire du rugby, à vos yeux ?
Il suffit de voir son nombre de sélections. Il en a 150, je crois. C’est impensable. Il a eu quelques pépins récemment mais il a longtemps été épargné par les blessures. Il m’a toujours épaté par son intensité et sa force mentale. C’est un leader unique. J’ai eu le privilège de jouer à ses côtés en sélection et avec les Ospreys. Qui sait quand il arrêtera ? Personne…

Si vous ne deviez choisir qu’un joueur, côtoyé lors de votre carrière ?
Il y a eu beaucoup de grands… Je dirais Shane Williams. Si vous perdiez un match et qu’il ne restait que quelques minutes à disputer, vous cherchiez automatiquement Shane. Il avait tant de talents et une telle pointe de vitesse. Il pouvait marquer à tout moment.  

La nouvelle pépite Louis Rees-Zammit peut-il atteindre ce niveau ?
Jusqu’à présent, il a connu une progression spectaculaire. Il est aussi rapide que Shane, plus costaud... Je ne sais pas jusqu’où il ira. Ce qui est certain, c’est que c’est le genre de joueurs pour lequel vous achetez votre billet. C’est déjà un grand joueur. Il est promis à une belle et longue carrière internationale.

Quittons un peu le rugby pour parler d’une reconversion surprenante de votre part. Vous êtes donc devenu auteur pour enfants. Racontez-nous…
Oui, j’ai écrit une fiction basée sur mon itinéraire. Mais ce n’est pas autobiographique. Elle raconte l’évolution d’un jeune garçon qui veut devenir rugbyman. C’est destiné aux enfants qui ont entre 10 et 13 ans. Il y a plein de parents qui adorent, aussi. Nous avons reçu le Telegraph Sports Book Awards.

D’où vous est venue cette idée ?
Quand j’étais à Gloucester, mon aîné voulait une histoire sur le rugby. Je lui ai répondu : « Ok, sans problème, allons acheter ça. » Mais je n’ai rien trouvé à la librairie. Sur Internet non plus. Je me suis dit : « Je vais m’en occuper. » J’ai contacté un auteur que je connaissais au pays de Galles. Nous en avons écrit un, puis deux. J’espère que ça va continuer. Le personnage, Jamie Joseph, est censé grandir au fil des volumes.

Avez-vous encore d’autres projets surprenants en tête ?
Pour le moment, non. J’ai trois jeunes enfants. Avec l’entraînement et les livres à côté, les journées sont déjà bien remplies.
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