Galles - France : tout est bon dans le cochon !

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    Tout est bon dans le cochon !
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Les Bleus ont terrassé le pays de Galles sur ses terres grâce à une défense épatante. La bande à Galthié sait décidément tout faire, tout renverser. Face à l’Angleterre, il ne lui reste désormais qu’à aller chercher un grand chelem qui lui tend les mains. Un défi. Une obsession.

L’anecdote pourrait devenir une fable pour petits enfants gallois, à l’heure du coucher. Celle de trois petits cochons à qui l’on avait prédit un funeste destin dans l’antre d’un dragon. Vendredi matin, le boucher du mythique Cardiff Market, dans le centre de Cardiff, avait disposé, à la vue de tous, trois têtes de porcelets flanqués des noms de Baille, Atonio et Marchand. Selon la croyance des irréductibles gallois, cette représentation théâtrale préfigurait ce qui attendait les trois bestiaux au cœur de la ville : un barbecue géant, avec flammes ardentes, sous le nez de quelque 63 000 convives affamés. Un festin de roi pour la Principauté et ses serviteurs. Le soir même, le peuple alimenta le feu jusqu’à perdre haleine en soufflant sur les braises et ses soldats enchaînèrent les coups de boutoir à ne plus en pouvoir. En vain. Les trois petits cochons et leurs camarades avaient bâti une maison tellement solide que jamais elle ne s’écroula. Et le dragon dut se contenter de miettes… La morale, là-dedans ? Il faut bien plus qu’un vilain sort, un peu d’humour du boucher local et un énorme appétit pour terrasser des bêtes intelligentes et puissantes. Voilà pour la version enfantine du conte.

Dans une boucherie du Cardiff Market le jour du match.
Dans une boucherie du Cardiff Market le jour du match.

Vendredi soir, les grands ont aussi pu tirer une leçon de la fable galloise : pour s’extirper de tous les pièges et parvenir au sommet, même l’équipe la plus talentueuse au monde doit pouvoir compter sur son cœur et son âme. À Cardiff, les Bleus de Fabien Galthié ont porté la défense au rang d’art face à une armée rouge épatante de détermination et un tantinet navrante d’impuissance : 131 plaquages réussis pour seulement 8 échecs, un seul franchissement concédé, huit pénalités sifflées, cinq ballons grattés dans les rucks, neuf points encaissés et zéro essai.

Imaginez : la dernière fois que le XV du Poireau n’avait pas marqué dans son enceinte chérie, le capitaine des Bleus s’appelait Lionel Nallet et un jeune buteur prometteur du nom de Leigh Halfpenny effectuait ses débuts dans la compétition. C’était en 2009, contre l’Irlande précisément. Dan Biggar n’avait jamais connu ça : « Nous avons été les meilleurs mais il y avait la meilleure équipe du monde en face », soufflait l’ouvreur et capitaine au coup de sifflet final. Désolé Biggie mais on appelle ça la loi du plus fort. C’est cruel. Ça peut paraître injuste. Mais c’est implacable. Et pour être honnête avec toi, même au plus fort de votre domination, on n’a jamais vraiment été inquiet pour les « Blues ». Avant d’aller noyer son désarroi dans une pinte de blonde amère, le maître à jouer de la Principauté ajoutait un peu plus de rancœur à son dépit : « Il y avait une très bonne défense, avec un très bon entraîneur. » Un mauvais souvenir devenu cauchemar. Pendant une décennie, Shaun Edwards l’a terrifié avec ses coups de gueule de pression. Depuis trois ans et son départ, il le martyrise encore plus à chaque fois que leurs routes se croisent. Galles 0 - Edwards et sa compagnie tricolore 3.

Willemse, profession équarrisseur

De Saint-Denis à Cardiff en passant par Edimbourg cet hiver, le XV de France n’a jamais proposé le même visage mais il l’a toujours emporté. Voilà pourquoi il est si fort. Et aussi attachant. Aucun de ses succès ne se ressemble. Tantôt, il souffle sur ce collectif une insouciance et une fraîcheur venues directement des Pyrénées de Dupont ou du Gers de Jelonch ; souvent, on sent le savoir-faire et la maîtrise de gamins au destin doré, celui des Ntamack, Fickou, Marchand, éduqués à la gagne ; à l’occasion, c’est la résilience des Villière, Willemse, Atonio et autres Jaminet, OVNIS au parcours cabossé, qui reprend le flambeau. Samedi, il y a eu un peu de tout ça. Mais il y a aussi et surtout eu du Shaun Edwards. On ne parle pas là tant d’organisation, de système que d’état d’esprit. Le natif de Wigan, fils et petit fils de mineur, grand adepte de la défense offensive, a apprécié plus que quiconque de voir ses protégés aller au charbon dans la fournaise du Principality Stadium de Cardiff. Vendredi soir, Paul Willemse, le véritable boucher de Cardiff, a brisé les corps adverses avec une puissance destructrice rare : Anthony Jelonch a fait valoir son intelligence musclée, Jonathan Danty et Gaël Fickou sont ressortis grandis de chaque bras de fer proposé par l’adversaire, Gabin Villière a sacrifié son corps face à Faletau… Enfin, avec une énergie savamment gérée par l’encadrement au fil des semaines et des entraînements, François Cros et sa troupe ont brillé dans l’ombre. Si le pays de Galles avait attaqué toute la nuit, aurait-il fini par trouver la faille ? Permettez-nous d’en douter.

La chance du champion

Inspirés par les gagneurs que sont les Galthié, Ibanez et autres Edwards, les Bleus ont compris le plus important : seule la victoire est belle. Coûte que coûte. Qu’elle arrive au terme d’un festival d’art et d’essais ou après une litanie de plaquages. Qu’elle soit le résultat d’une supériorité technique évidente ou le fruit d’une dimension physique dont sûrement seuls les Boks peuvent se targuer. Portés par leur restant de jeunesse, leur détermination et ce qui commence à ressembler à de la maturité, Antoine Dupont et ses partenaires sont devenus des chercheurs d’or tout-terrain. Qu’il pleuve ou qu’il vente, que l’adversaire soit gallois, italien ou néo-zélandais, qu’ils soient eux-mêmes dans un grand jour ou pas.

Vendredi, dans cette formidable arène du Principality Stadium, il flottait comme un air de demi-finale, ces rencontres qu’il ne faut surtout pas perdre sous peine de se trimballer des regrets pour l’éternité. Les Tricolores ont assuré l’essentiel sur les rives du Taff : maintenir en vie leur rêve d’un grand chelem. Avec le petit soupçon de réussite qui va bien, encore et toujours : le même qui avait convaincu les Irlandais de ne pas aller en touche sur leur dernière pénalité au Stade de France, qui avait fait échapper le ballon des mains de Stuart Hogg à Murrayfield, qui a retardé d’une semaine le grand retour sur les pelouses du géant Alun-Wyn Jones et qui a privé Jonathan Davies d’un possible essai vendredi soir. Certains disent que la chance ne sourit qu’aux audacieux. D’autres qu’elle est le propre des champions. Franchement, qui s’en soucie ?

Si tout se passe encore bien samedi prochain face aux Anglais, si les Bleus concrétisent leur millier de promesses en or, on se rappellera brièvement de cette escale galloise. On se remémorera l’éclair de Jaminet sur l’essai de Jelonch, le K-O. de Williams, les cartouches de Willemse, le sens du sacrifice de Danty… Et on se souviendra surtout que, quoi qu’espéraient le boucher de Market Street et les millions de supporters de rouge vêtus, les petits cochons, tout robustes qu’ils étaient, n’avaient pas été mangés par un dragon aux yeux plus gros que le ventre.

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Vincent Bissonnet
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