Reportage - Le jour de gloire du rugby espagnol

  • Les Espagnols sont qualifiés pour la coupe du monde 2023
    Les Espagnols sont qualifiés pour la coupe du monde 2023 Midi Olympique/Pablo Ordas - Pablo ORDAS
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En s’imposant face au Portugal (33-28), l’Espagne s’est qualifiée pour la Coupe du monde 2023 et a offert, à ses supporters, une journée mémorable qui fera date dans l’histoire du rugby espagnol.

Et soudain, le « Central » explosa. Il était 14 h 38 quand M. Trainini siffla le coup de sifflet final du match, libérant ainsi tout un stade et offrant à l’Espagne une qualification à la Coupe du monde, après laquelle elle courait depuis 1999 (date de sa seule participation). Ici, le troisième ligne Aníbal Bonan ne put contenir ses larmes de joie. Là, Guillaume Rouet tomba dans les bras de son grand frère, Sébastien, non sans émotion. Et la pelouse du stade fut, en quelques secondes, envahie par une foule immense qui ne portait alors plus la moindre considération aux appels du speaker demandant aux supporters de rester dans les tribunes. Au vrai, l’explosion de joie qui retentit en début d’après-midi dans Madrid, bercée par un beau soleil d’hiver, fut à la hauteur des épreuves rencontrées par la sélection espagnole ces dernières années. Deux heures plus tôt, Jaime Nava, ancien capitaine de la sélection et désormais consultant pour Teledeporte nous glissait, au détour d’un couloir : « Ce groupe a connu des moments si difficiles… Ce jour est tellement important. C’est aujourd’hui qu’il faut le faire. »

Une plaie ouverte depuis quatre ans

Le temps qui passe n’efface jamais les plus grosses blessures. Retour en mars 2018. À dix-huit mois du Mondial au Japon, l’Espagne, qui affronte la Belgique, peut se qualifier en cas de succès. En revanche, si les Lelos (vainqueurs 31-0 à l’aller) s’inclinent, c’est la Roumanie qui valide son ticket pour la Coupe du monde. Cette rencontre entre l’Espagne et la Belgique, arbitrée par l’arbitre roumain Vlad Iordachescu, se termine par un succès des Belges (18-10). En quatre-vingts minutes, les Ibères sont sanctionnés vingt-quatre fois, contre quatre à la Belgique. Ils crient rapidement à l’injustice, en vain. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts mais ce sentiment est toujours présent. « Je n’ai pas honte de le dire, on s’était fait farcir, lâche l’arrière Charly Malié. Cette rencontre avait fait beaucoup de bruit. »

Au sein de l’équipe espagnole, personne ne l’a oubliée. Cette injustice, qui pourrait servir de ressort évident, n’est cependant pas évoquée par le sélectionneur Santiago Santos, quelques heures avant d’affronter le Portugal, le matin du match. La voix posée, l’ancien talonneur rappelle plutôt : « Au niveau tactique, il n’y a pas grand-chose à dire. Nous savons ce qu’il nous reste à faire pour aller à la Coupe du monde. Au-delà des aspects techniques, pensez à la raison pour laquelle vous êtes ici. Souvenez-vous de notre rêve et des sacrifices que nous avons fait pour en arriver là. Aujourd’hui, vous allez jouer avec votre cœur, votre intelligence mais surtout avec votre âme. Pensez à tout ça. »

Leur frère Kawa disparu cet hiver

L’histoire de la sélection espagnole, c’est aussi celle d’un groupe qui avait sacrément mal démarré son parcours qualificatif. Pour voir le Mondial, les équipes du 6 Nations B (Rugby Europe Championship) s’affrontent durant deux ans et le cumul des résultats obtenus délivre deux billets directs. Après trois défaites l’an passé, les Espagnols s’étaient rattrapés en ce début d’édition 2022 et arrivaient invaincus (trois succès de rang) face au Portugal. Pourtant, à l’hiver 2021, la sélection avait été frappée par un drame, avec la perte de son deuxième ligne Kawa Leauma, à l’âge de 32 ans, après une chute accidentelle au soir du match contre les Pays bas. « Derrière, le groupe s’est encore plus resserré », confie le demi de mêlée de Bayonne Guillaume Rouet. Kawa, donc, les Espagnols ne l’ont pas oublié. Dans les vestiaires, un tee-shirt noir avec son visage, sur lequel est écrit « Kawa, tu seras toujours un des nôtres » est présent. À trois minutes d’entrer sur le terrain avant ce match aux allures de finale, le talonneur de Béziers, Marco Pinto Ferrer, les yeux rougis par l’émotion, rappelle : « Nous ne sommes plus qu’à quatre-vingts minutes d’un put*** de rêve. » Son capitaine, le pilier gauche Fernando López ajoute : « C’est le match de notre vie. Kawa nous regarde, d’en haut », avant que les siens crient, à l’unisson, un dernier « Leones ».

Malié : "Le plus beau moment de ma carrière"

Avec un Jon Zabala excellent ballon en main (un essai), un Frédéric Quercy toujours aussi précieux dans le combat ou un Manuel Ordas important face aux perches (treize points), les Espagnols, après un début de match compliqué, prennent le meilleur sur le Portugal. Bousculés, mais jamais dépassés, Los Leones l’emportent finalement 33-28 et se qualifient. Le rugby espagnol plonge alors dans la folie. « Si, si, si, nos vamos à Paris » (Oui, oui oui, nous irons à Paris, N.D.L.R.), se mettent à chanter joueurs et supporters, enfants et adultes. La conférence de presse du capitaine Lopez et du sélectionneur Santos est interrompue par une irruption massive des joueurs, bouteilles de champagne à la main. Tant pis pour les micros posés sur la table. À quelques mètres de là, Charly Malié, avant de filer à la douche et d’attaquer une soirée qui s’annonce arrosée, avoue : « Fêter ça devant tous nos supporters, c’est unique. Je pense que c’est le plus beau moment de ma carrière…  Et une journée qui fera date dans l’histoire du rugby espagnol.

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Pablo ORDAS
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