Servat : "Le covid nous a permis de nous resserrer"

  • William Servat auprès de ses joueurs du XV de France
    William Servat auprès de ses joueurs du XV de France Icon Sport - Philippe Lecoeur
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Passerelle vivante avec les deux derniers grands chelems réussis par les Bleus en 2004 et 2010, l’ancien talonneur William Servat est revenu sur l’immense combat au pays de Galles, tout en commençant enfin à se projeter...

Au lendemain de votre victoire à Cardiff, on vous sent encore sur un petit nuage...

Je suis admiratif de l’état d’esprit des mecs. L’engagement qu’ils ont ont mis dans cette partie, c’est… (il souffle) De l’extérieur, je crois qu’on ne peut pas se rendre vraiment compte du degré de violence du combat, et de la maîtrise dont les joueurs ont fait preuve pour rester lucides et disciplinés dans le contexte. Certains ne retiendront que les scories, peut-être. Mais les vrais connaisseurs ne peuvent qu’apprécier, j’en suis sûr. Sur toutes les phases défensives, sur toutes les phases de ruck, sur la conquête, nous avons dégagé une énergie et une précision incroyable contre ce qui reste une des équipes les plus physiques du Tournoi, dont le point fort est de ne jamais lâcher.

 

Au-delà des scories, le petit reproche qu’on peut adresser à votre équipe, c’est ce temps creux de la fin de la première mi-temps où l’équipe s’est mise en danger toute seule. Un peu comme en Ecosse, d’ailleurs...

(il coupe) Oui, il y a eu juste avant la mi-temps une période où on a un peu surjoué, en se faisant des passes devant la défense et en prenant des risques inutiles à cet instant du match. On a bien évidemment rectifié ça à la mi-temps. Pour en avoir parlé avec eux, les joueurs pensaient qu’il y avait une situation d’avantage après un en-avant gallois, c’est pour ça qu’on envoie cette grande passe. Mais il ne s’agit jamais que d’une action sur 80 minutes. Ce n’est pas du tout révélateur de la partie, et ce n’est en tout cas pas ce qu’on a envie de retenir.

 

Que retenez-vous, alors ?

J’insiste, mais ce n’est que lorsque tu as la chance d’accompagner ce groupe de l’intérieur que tu mesures à quel point il est magnifique. Il y a là un esprit Ba-Baas, sans les excès évidemment. Mais dans l’état d’esprit, dans le comportement, la manière de vivre. Jean-Pierre Rives serait fier de les voir évoluer au quotidien. C’est un vrai groupe de copains, qui performe d’abord parce que les gars s’aiment et ont envie de se dépouiller les uns pour les autres. C’est ce supplément d’âme qui fait qu’on est capable de supporter les différents coups du sort, comme ces deux forfaits de dernière minute qui auraient pu nous perturber.

 

On a senti un match remarquablement préparé en amont, avec notamment une mention pour la défense mise en place par Shaun Edwards face à ses anciens protégés...

Le point fort de notre staff, c’est l’inter-relation. Il n’y a pas le travail de Shaun Edwards d’un côté, celui de Laurent Labit et Karim Ghezal de l’autre, ou celui de William Servat dans son coin. Tout ce qu’on fait les uns les autres autour de Fabien est préparé, afin de créer un socle le plus solide possible pour l’équipe. Ce lien entre tous nos joueurs qui nous caractérise, il vient de là, tout comme ce lien étroit entre l’attaque et la défense. Ces fondations correspondent à la feuille de route qu’on s’était fixés dès le départ : redevenir un paquet d’avants dominant, retrouver le haut du classement World Rugby. Aujourd’hui, les joueurs ont une vraie liberté au sein d’un cadre très précis, où rien n’est laissé au hasard. Toutes ces ressources sont laissées à la disposition des joueurs, qui ont la liberté de les utiliser. Mais il n’y a pas que ça...

 

On vous suit...

Malgré le turnover qui nous a parfois été imposé, nous avons conservé vis-à-vis du groupe le même niveau d’exigence, les mêmes relations avec les joueurs, les mêmes attentes concernant la qualité de vie ou le respect du cadre de jeu. Une chose qui nous a aidé par rapport à ça, et c’est assez particulier, mais c’est que le Covid nous a permis de créer encore plus de relations entre nous, de nous resserrer… Parce que cela nous a obligé à rester dans notre bulle, les uns avec les autres, et cela nous a permis de créer des liens au-delà du terrain. C’est là, pendant le dernier Tournoi ou en Australie, que notre groupe s’est réellement forgé. Même si cette pandémie a été une période tragique dans l’histoire de l’humanité et qu’on souhaite au plus vite que cela cesse définitivement, cela nous a permis de construire quelque chose dans la difficulté. Une équipe ne joue bien que lorsqu’elle est heureuse de vivre ensemble, et je crois qu’on en touche les fruits aujourd’hui. Même si être heureux ensemble, ou passer un bon moment, ça ne suffit pas pour gagner des matchs… (rires)

 

Un joueur en particulier vous a-t-il bluffé vendredi dernier ?

Au vu du match qu’ils ont sorti, je me vois mal sortir une individualité plus qu’une autre… Mais je peux vous parler de Uini Atonio, quand même. Il a été grippé tout le début de semaine, il a pratiquement passé deux jours sans s’entraîner, il a attendu la veille du match pour décider de sa participation… Il s’est sacrifié pour l’équipe, tout simplement. À la mi-temps, il s’étouffait, on l’a encore entendu avoir une quinte de toux dans le vestiaire… Là c’était notre job que de le sortir, et de le remercier pour ce qu’il nous a donné.

 

Vous étiez titulaire lors des deux derniers grands chelems réussis par les Bleus en 2004 et en 2010, avec déjà des finales face à l’Angleterre. Cette expérience peut-elle être utile douze ans plus tard ?

Ce sera le dernier match… C’est sûr qu’à titre personnel, ça rappelle de bons souvenirs, et que l’expérience qu’on peut transmettre aux joueurs ne peut être qu’une chose bénéfique. Mais il ne faut pas confondre : cette histoire en 2022, elle appartient aux joueurs. Nous, on n’est là que pour les accompagner sur ce chemin. À ce titre, nous aussi nous avons beaucoup appris lors de ces dernières saisons. Par exemple, cette année, Fabien et la cellule de préparation ont donné la possibilité aux mecs et au staff de rentrer se ressourcer en famille lors des week-ends sans match, pour être plein d’énergie en revenant à la compétition. Sur cette fin de Tournoi, on en ressent les bienfaits.

 

La pression qui va peser sur vos épaules sera immense cette semaine, tant on imagine déjà les critiques qui pourraient vous accompagner en cas d’échec..

On entend les choses, parce qu’on ne peut pas y échapper, mais on arrive à rester hermétique par rapport à tout ça. On sait où on veut aller, tous ensemble, et les moyens qu’on veut se donner pour arriver à nos fins. Le reste, ce sont des mots…

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