L'édito : les sentiers de la gloire

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De l’extérieur, rien de plus banal. Marcoussis dissimule le Centre national du rugby dans l’ordinaire terne de son écrin. À gauche, un long mur de pierres grises, haut de presque trois mètres, ce qui suffit amplement à briser la vue des curieux. À droite, des îlots de maisons aux toitures souvent ocres, parfois grises et qui stimulent péniblement le regard. Au milieu, la D446, route départementale pas plus brindezingue que le reste du décorum.

Tout se dessine sans fard, ni lézards sur les devantures. Propre. C’est vrai jusqu’au grand portail de fer forgé, surmonté des trois lettres « FFR » et qui attend, discret, au bas d’un parking en descente, sur la gauche.

Ces rues sans éclat, les joueurs du XV de France les empruntent depuis longtemps. Depuis l’adolescence, pour les plus précoces d’entre eux. Cela faisait quoi ? Mille fois ? Deux mille fois cette semaine qu’Antoine Dupont, Damian Penaud, Jonathan Danty ou Julien Marchand poussaient les grilles de ce portail ? Cette fois, pourtant, valait plus que toutes les autres réunies. C’est le propre des aboutissements.

Leur grand moment est là, imminent, au bout de ce sentier de routines. Ce vendredi, sûrs de leur force parce que leur force est réelle, les Bleus quitteront Marcoussis et prendront la direction l’entraînement du capitaine, dans ce Stade de France qu’ils ont su reconquérir.

Une nuit à l’hôtel Renaissance de Saint-Cloud. Réveil musculaire, samedi matin. Puis le Stade de France, encore. En cette fin de samedi après-midi, la nuit de mars tombante, ils ne devineront la liesse du parvis que de loin, derrière les vitres de leur car. Ils ne sauront rien des odeurs de mauvaise saucisse et de bière tiède, des premiers chants aléatoires et des éclats de rire qui s’élèveront bientôt. Ils entreront par le sous-sol. Le bus les posera là.

Direction les vestiaires, puis la pelouse. Premiers massages, dernières consignes assénées ; premiers étirements, derniers regards échangés.

Coup de sifflet de l’arbitre. Sortie des vestiaires. Les cris et les tapes sur les épaules des copains, remplaçants ou hors groupe. L’intensité dans les regards et le regard peinard de Dupont porté au loin, en chef de meute. Impavide.

Le couloir. À leur épaule, les Anglais viendront bientôt s’aligner. On ne se toise plus, on ne se parle plus, on ne se provoque plus. Ce n’est plus l’air du temps. On s’ignore poliment. Les Bleus regarderont devant eux : la pelouse. Le théâtre de leurs rêves.

À l’horizon de ce chemin affreusement commun à leur quotidien de jeunes hommes, c’est pourtant un moment d’exception qui attend les joueurs français. Si peu ont eu le ravissement d’effleurer ces instants, dans une carrière. Leur privilège est là, immense. Ce ne saurait être un poids.

La suite, c’est le match. Leur histoire. Elle leur appartient d’abord, ils l’ont méritée. Elle nous appartient aussi, un peu, par procuration. Leur fierté sera la nôtre et la vôtre. Douze ans après, le grand chelem doit revenir en France. C’est leur sacerdoce et notre prière. Allez les Bleus.

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