Un stade de France devenu le 16e homme

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    Un stade de France devenu le 16e homme
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Dans la droite ligne de la rencontre face à la Nouvelle-Zélande, en novembre dernier, le XV de France a évolué samedi soir au cœur d’une atmosphère incandescente. Récit d’une soirée pas comme les autres grâce à ce premier titre depuis douze ans pour le rugby français. Mais pas seulement…

Et soudain, Freed from Desire s’est mis à résonner dans un brouillard de feux d’artifice et un jeu de lumières savamment mis en scène. Les contours du toit bordés des couleurs bleu-blanc-rouge, des projecteurs qui s’allument et s’éteignent dans une fraction de seconde façon stroboscope : le Stade de France s’est transformé en discothèque à ciel ouvert. Ibiza, nous voilà. Frissons garantis dans le 9-3, déhanchés assurés dans les travées pour 79 176 spectateurs (nouveau record). Un show que n’aurait pas renié Max Guazzini, ancien président du Stade français, créateur d’émotions en son époque. Un final en apothéose pour une soirée d’exception. Un moment de communion entre joueurs et supporters, à la hauteur d’un titre du grand chelem. Sur la pelouse, les joueurs français se lançaient dans un tour d’honneur et un «clapping» face à l’un des deux virages, accompagnés par les équipes techniques du Stade de France. Il était alors aux environs de 23h00, l’épilogue d’une soirée exceptionnelle commencée bien plus tôt…

Un stade devenu le 16e homme
Un stade devenu le 16e homme

Le Stade de France serait donc devenu, sur une simple inversion de la courbe des résultats sportifs des joueurs de Fabien Galthié, le parfait chaudron, où les adversaires des Bleus se font doucement cuisiner avant d’être retournés, parfois sauvagement ? Rien n’est moins sûr. À la sortie du Tournoi 2021, à deux ans d’un Mondial qui s’ouvrira dans cette même enceinte, la décision a été prise de changer radicalement de paradigme. «Notre volonté était de faire naître une ferveur autour du XV de France, explique Laurent Latour, directeur de la communication et du numérique à la FFR. Pour imager, l’objectif, c’était vraiment que notre 16e homme soit en forme durant le match.»

En juillet 2021, le comité directeur de la FFR, à l’issue d’un appel d’offres, s’est adjoint un nouveau prestataire — la société Aono — pour être accompagné dans la scénographie des rencontres. Aono a œuvré pour la première fois lors de la rencontre entre la France et la Nouvelle-Zélande, en novembre dernier. Et déjà, le changement était radical. Pour la première fois, il avait été décidé que la seconde partie de la Marseillaise serait chantée a cappella. L’idée soutenue par Serge Simon (vice-président de la Fédération Française de Rugby) n’avait rien de révolutionnaire en soi. Les écossais s’époumonent sur le «Flower of Scotland» depuis toujours, sans trompette ni cornemuse, comme pour mieux communier. «On s’est dit : Pourquoi pas nous ?» raconte Latour.

Une nouvelle scénographie

Évidemment, le SDF n’est pas passé d’une enceinte glaciale et triste à en crever juste par ce joli tour de passe-passe. «Nous avons mis en place une stratégie pour accompagner nos spectateurs dès le départ de leur domicile, reprend Latour. Que ce soit avec des produits tels «destins mêlées», une pastille vidéo diffusée sur les réseaux sociaux pour partager l’intimité du XV de France, ou avec l’habillage de couleurs mis en place dans le métro et le RER, en collaboration avec le RATP, nous voulons immerger les supporters dans la rencontre tout au long de leur parcours. Nous avons beaucoup travaillé les avant-matchs pour faire monter l’ambiance.» 

L’identité sonore a été repensée. Des extraits de discours de Fabien Galthié plongent les spectateurs au cœur d’une expérience unique. Et pour saupoudrer le tout d’une dramaturgie enivrante, un sonore «effet battement de cœur» inocule les plus fines oreilles comme pour mieux faire monter les pulsations. Il n’y a plus de speaker, mais deux animateurs, maîtres de cérémonies. Sur les écrans géants ? Des extraits de la série «destins mêlées» sont diffusés. Les fans sont quasiment dans le vestiaire. L’un entre Julien Marchand et Cyril Baille. L’autre assis à côté de Fabien Galthié ou un peu plus loin, avec Antoine Dupont et Romain Ntamack. Le Stade de France 3.0 n’a plus rien à envier au Millennium de Cardiff, sinon ces odeurs de «Fish and chips» qui rappellent violemment que vous avez traversé la Manche.

Et puis, il y a le match. «On travaille alors sur ce qu’on appelle la psychologie des foules, explique encore Latour. On veut faire chanter les supporters. Avant les matchs, on envoie des mails aux spectateurs en les incitant à chanter, à faire la fête. On leur envoie les paroles des chansons. On leur demande de chanter aussi dans les temps faibles de l’équipe de France pour donner de l’énergie aux joueurs. C’est pourquoi nous avons créé la tribune Bodega. Elle est notre locomotive, c’est elle qui doit lancer les actions de soutien. Nous voulons à terme créer un vrai club de supporters.»

De mémoire d’observateurs, pas sûr d’avoir entendu la Marseillaise chantée aussi souvent dans les travées du Stade de France que face à la perfide Albion, samedi soir. «C’était une émotion et une ambiance assez indescriptible. Quand je suis sorti et qu’il restait deux minutes et trente secondes, j’ai levé les yeux. J’ai vu que tout le monde criait et était content. C’est pour cela qu’on joue au rugby», souriait, face à la presse, l’arrière Melvyn Jaminet. Et tous les joueurs sont à l’unisson.

Deux écrans de 250 m2

Jamais les spectateurs ne sont laissés à l’abandon. Aucun temps mort. Pour eux, la mi-temps n’en est pas une. Musique à fond, lumière tamisée, c’est reparti pour un tour à Ibiza. Et les fans se prennent au jeu. Avant, pendant et après la partie. «L’ambiance est d’abord pilotée par la performance sportive, glisse Loïc Duroselle, Directeur de la programmation du Stade de France. Dès que ça gagne, ça change l’atmosphère. Mais ce qui change aussi, ce sont les travaux de modernisation que nous avons réalisés dans la perspective des Jeux Olympiques de 2024 et qui profiteront à la Coupe du monde de rugby. D’abord, nous avons modifié récemment l’ensemble de l’éclairage sportif mais aussi l’éclairage architectural. Nous sommes passés en LED, avec un dispositif entièrement pilotable. La surface des écrans géants a été agrandie d’environ 20 %. Chacun des deux écrans fait 250 m2. Tous ces éléments nous permettent de faire des shows avec des couleurs et des animations qui mêlent ces trois facteurs. Mettre le stade dans le noir en une seconde et le rallumer aussitôt, c’est désormais possible grâce aux LED.» Et ça a de la gueule. Vraiment. Désormais, le SDF, c’est "The place to be" pour y voir les Bleus gagner. Et frissonner de plaisir.

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Arnaud BEURDELEY
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