Anthony Jelonch : « Antoine Dupont est un leader né, un sacré champion »

  • Anthony Jelonch - Troisième ligne du XV de France et du Stade toulousain et Antoine Dupont, demi de mêlée du XV de France et du Stade toulousain.
    Anthony Jelonch - Troisième ligne du XV de France et du Stade toulousain et Antoine Dupont, demi de mêlée du XV de France et du Stade toulousain. Icon Sport - Icon Sport
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Titulaire lors des cinq matchs du Tournoi des 6 nations, il fut un des grands bonhommes du grand chelem. À l’heure de retrouver son club après un sacre célébré à sa juste valeur jusqu’à lundi matin, il parle de son meilleur pote Antoine Dupont, de l’apport de Shaun Edwards, de ce succès libérateur au Pays de Galles ou de sa soif encore intacte de titres.

Rassurez-nous, vous avez bien pris soin de ce trophée ?

Oui, ne vous inquiétez pas. Il était avec nous toute la soirée et, maintenant, il est bien au chaud à Marcoussis.

Il n’a pas fini dans la Seine alors…

C’était juste une bonne blague !

Vous faites partie de ceux qui sont restés célébrer ce titre jusqu’au bout. En quoi la fête était-elle spéciale ?

C’était la récompense de tout un groupe, de ce que l’on a fait depuis maintenant deux ans. On avait toujours fini deuxième et on a enfin su gagner. Avec la manière, et un grand chelem ! Donc, c’est vrai, on l’a bien fêté et on en a bien profité. Mais nous serons prêts pour les prochaines échéances.

Et si vous deviez remettre le prix du meilleur joueur en troisième mi-temps ?

Comme sur le terrain, tout le monde a réalisé une belle performance (rires).

Vous qui aviez gagné un Brennus avec Castres en 2018, la célébration est-elle différente quand on gagne avec le XV de France ?

Non, c’est assez similaire finalement. La seule différence étant qu’avec Castres, cela validait le travail de toute une saison, de presque douze mois, durant lesquels on est toujours ensemble. Là, avec la sélection, c’est court et très intense, sur deux mois. Mais la saveur, à l’arrivée, est la même. Dans les deux cas, j’étais juste ému et heureux.

Qu’avez-vous ressenti au coup de sifflet final samedi dernier ?

Du bonheur. Et puis, j’ai repensé assez vite à mes années à Vic-Fezensac, à celles à Auch puis à Castres. Je me suis refait toutes les étapes pour en arriver là. C’est énorme, d’autant plus de le vivre avec deux amis qui étaient avec moi en cadets à Auch (Dupont et Aldritt, N.D.L.R.). J’étais parti à Castres ensuite avec Antoine. Vivre ça ensemble, gagner ensemble sous le maillot du XV de France… Puis, j’ai pensé à ma famille et mes proches.

Qui étaient au Stade de France…

Oui, vous comprenez pourquoi j’ai passé une si belle soirée. Eux étaient heureux de le partager avec moi, d’être à la soirée d’après-match. Ces moments resteront gravés à jamais dans ma mémoire. Dans la leur aussi, j’en suis sûr.

Sincèrement, avant l’Angleterre, il ne pouvait plus vous échapper ce grand chelem…

Le groupe s’est construit petit à petit et on sentait qu’il était de plus en plus fort. Une défaite peut toujours arriver mais je crois qu’on a mis les ingrédients pour n’avoir aucune amertume à la fin du match. Et pour que ce qui devait nous être décerné à la fin de cette compétition ne nous échappe pas. C’était un dernier match contre l’Angleterre, devant notre public, devant ces 80 000 personnes dans une ambiance magique… On ne pouvait leur faire ça. Et on ne pouvait pas s’infliger ça non plus !

Cette fois, sentiez-vous que vos certitudes étaient supérieures à celles anglaises ?

Notre équipe est en place. Et je peux vous assurer que, dans la tête aussi, on est de mieux en mieux. Sur ce plan, nos leaders réalisent un travail de fou et Antoine, notre capitaine, est génial. Non, cela ne pouvait vraiment pas nous échapper.

Ah, vous le dites…

On avait perdu de peu le Tournoi précédent et c’était un peu à cause des Anglais, de cette défaite in extremis chez eux. À l’Automn Nations Cup (en 2020), on avait aussi perdu la finale sur la dernière action chez eux. Cette fois, c’était pour nous.

Vous avez évoqué Antoine Dupont, votre meilleur ami. Les superlatifs commencent à nous manquer le concernant…

Dans tout ce qu’il fait, il est fabuleux. Que ce soit dans le leadership ou sur le terrain. En tant que joueur, en tant qu’homme, en tant que pote… Il est incroyable. C’est un mec qui donne tout pour les autres et ça se voit quand il joue. Dans son rôle de capitaine aussi, il est exceptionnel.

A-t-il réussi à vous bluffer dans ce rôle justement, par l’ampleur qu’il a pris ?

Oui, mais il avait déjà été capitaine sur les deux dernières années avec Toulouse. Moi, ça ne m’étonne pas de lui. Antoine, c’est un leader né. Avoir des responsabilités sur les épaules ne le déstabilise pas du tout. Vous l’avez vu contre l’Angleterre ? Rendez-vous du grand chelem pour sa quarantième sélection et il nous a encore sorti un match… Il a même été élu homme du match. Chapeau à lui, c’est un sacré champion.

Si on vous avait dit, il y a un an et demi, que vous signeriez à Toulouse, que vous seriez capitaine des Bleus pour une tournée, que vous battriez les All Blacks en étant titulaire et que vous feriez le grand chelem en débutant les cinq matchs, est-ce que vous nous auriez pris pour des fous ?

Oui ! En tout cas, je ne vous aurais sûrement pas cru. Mais je me lève et je travaille tous les jours pour ça, pour être meilleur. Alors, je n’y aurais pas cru mais croyez-moi que je prends tout ce qu’il y a à prendre. Il ne faut juste pas se laisser perturber et continuer à se lever, chaque matin, avec l’intention d’en vouloir plus encore.

On a l’impression que rien ne vous résiste…

Je suis bien dans ma tête, bien physiquement, bien sur le terrain et bien avec les mecs que j’ai autour. Quand tout est aligné, c’est plus facile.

Saviez-vous, avant le Tournoi et même si c’était impossible de le dire, que c’était votre année ?

Tout le monde voulait faire quelque chose de grand, car on passait si près depuis deux ans. Oui, c’était un peu notre année. On savait qu’on recevait trois fois, même si les déplacements en Écosse et au pays de Galles n’étaient pas simples. Et il y a ce soutien du public. Même à l’extérieur, les gens étaient là par milliers, à fond avec nous. Quand tu te sens porté comme ça, tu fais de belles choses.

On a l’impression que la victoire contre la Nouvelle-Zélande en novembre a marqué un tournant décisif.

Le confirmez-vous ?

Bien sûr. La tournée d’automne nous a fait du bien, et ce succès contre les All Blacks nous a permis de croire encore plus en nous. On restait là-dessus au moment d’arriver sur le Tournoi et on s’est mis dans la tête qu’on était capable de réaliser quelque chose de grand.

Quand ce Tournoi a-t-il basculé à vos yeux ?

Le match qui m’a le plus marqué, c’est au pays de Galles. Ça se jouait à rien et on a sorti une performance titanesque en défense. Les Gallois n’ont pas marqué d’essai, ce qui ne leur était plus arrivé à domicile depuis une éternité (treize ans). Une victoire 13 à 9 n’est pas la plus belle aux yeux des supporters, je le comprends, mais elle a été tellement décisive.

Est-ce jouissif de gagner aussi dans ces conditions ?

Évidemment, même si on ne fait pas tout bien offensivement. Il fallait se resserrer et ne rien lâcher. On a gagné de peu à Cardiff mais quel soulagement ! À la fin, on s’est dit : "Allez, plus que l’Angleterre à battre, ça ne peut plus échapper." Du coup, même si les épaules avaient chauffé là-bas, tout le monde a rattaqué à fond le lundi, prêt à livrer ce dernier combat.

L’autre match marquant, ce fut le succès contre une Irlande pourtant impressionnante…

C’est clair. Mais il restait encore trois matchs derrière, dont deux à l’extérieur. Cette victoire ne nous a pas fait basculer vers le succès final mais elle a renforcé nos convictions. On avait réalisé une première mi-temps magnifique : on ne donnait rien, on menait 22 à 7 à la 45e minute. Puis on a connu un passage à vide et les Irlandais nous ont mis l’eau de partout, sont revenus à deux points. Ce fut le même scénario que face à la Nouvelle-Zélande puisqu’on a remis ce coup d’accélérateur. Encore une fois, on voyait que ça tournait en notre faveur…

Vous avez fini meilleur plaqueur français du Tournoi. Qu’est-ce que cela représente pour un troisième ligne ?

J’ai peut-être fait beaucoup de plaquages mais ça ne me fait rien de savoir cela. Défendre, c’est mon job. J’y prends du plaisir. Je crois que François (Cros) doit en avoir un paquet aussi. C’est notre rôle en troisième ligne et il n’y a aucune palme individuelle à donner là-dessus.

On a beaucoup parlé de Shaun Edwards, l’entraîneur de la défense, durant ce Tournoi. Que vous apporte-t-il ?

Il a un rôle clé dans le staff. Depuis le début, il nous donne envie de tout donner pour lui. Il est très présent, nous glisse beaucoup de conseils. Il connaît son métier et il a remporté de nombreux titres avec le pays de Galles. Ça compte. Tu sais qu’il a gagné, donc mieux vaut l’écouter.

Il n’est pas si terrible en fait ? Parce qu’on ne le voit pas beaucoup sourire…

Il ne sourit pas beaucoup avec nous non plus ! Mais il est sûr de ses convictions. Ce mec, tu as envie de le suivre…

William Servat a dit en début de semaine, sur RMC Sport, que la troisième ligne Cros-Jelonch-Alldritt était sûrement la meilleure du monde à l’heure actuelle…

Je ne l’ai pas entendu, vous me l’apprenez. Mais c’est un joli compliment. Mais je n’oublie pas Dylan (Cretin), Charles (Ollivon) et tous les autres. Ils pourraient aussi avoir leur place dans cette troisième ligne. On se tire tous vers le haut.

Il est dur d’occulter le retour à la compétition de Charles Ollivon, qui va revenir dans cette concurrence. Y pensez-vous ?

Non, pas du tout. J’espère juste qu’il va vite revenir avec nous. Charles, c’est un super mec et c’était un très bon capitaine. Il mérite d’être avec le groupe pour les prochaines échéances.

En début de Tournoi, vous avez forcément suivi les difficultés du Stade toulousain. Était-ce difficile de faire la part des choses ?

On était à 100 % derrière nos coéquipiers, on les poussait, on leur envoyait des messages avant les matchs. Mais ils n’ont rien lâché. Ils sont passés deux fois à côté, à Pau et à Perpignan, mais ça arrive aussi à d’autres. Si tu gagnes les deux matchs contre le Stade français, qui nous échappent de peu, on a neuf points de plus et personne ne parle de période manquée ! La victoire contre Bordeaux, d’un point, a fait du bien à la tête. Et celle avec le bonus offensif contre Montpellier dimanche nous remet bien dans le droit chemin. On est prêt à aider l’équipe maintenant et à être dans la course pour gagner des titres.

Est-ce simple de reconnecter avec le quotidien toulousain ?

Oui, parce qu’on a envie de retrouver nos partenaires, de partager des moments avec eux.

Et puis, vous revenez à dix…

Voilà, notre quotidien ne change pas tant que ça ! À Marcoussis aussi, on était entre nous.

On dit souvent que les succès appellent les succès. Après ce grand chelem, est-ce le mot d’ordre pour la fin de saison en club ?

Oui, ce groupe a faim de victoires et de titres. Les beaux jours arrivent, et ce n’est plus pareil aux entraînements. Tout le monde est dans l’optique de faire une grande fin de saison.

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