Christian Ambadiang, colosse malgré lui

  • Christian Ambadiang dispute sa deuxième saison en Bourgogne. Photo USON Nevers Rugby
    Christian Ambadiang dispute sa deuxième saison en Bourgogne. Photo USON Nevers Rugby
Publié le

Il se rêvait footballeur ou sprinter. Parti vivre enfant en Afrique du Sud, le Camerounais Christian Ambadiang s’y est révélé comme rugbyman, devenant un ailier surpuissant que la Covid, la crise et le destin font rebondir à Nevers.

La voix douce sort d’un coffre de 1,89 m et 106 kg. Les biceps qui jaillissent du tee-shirt n’annoncent pas un rouleur de mécaniques. Deux heures durant, Christian Ambadiang se confie sans fard, en toute humilité, dans la salle de vie du centre de formation de Nevers. À l’instar de la Loire, qui passe à quelques hectomètres de là, ses vingt-trois années sont peuplées de méandres, de crues et d’étiages. Un fleuve intranquille qui a pris sa source au Cameroun, à des années-lumière du rugby professionnel.

Né à Yaoundé, au pays du foot roi, Christian Ambadiang grandit dans l’insouciance, élevé par sa mère, sa tante et sa grand-mère. Première rupture, brutale : "Mes parents se sont séparés très tôt. À 12 ans, j’ai dû partir en Afrique du Sud rejoindre mon père", explique-t-il. Nouvelle vie, nouvelle famille, nouveau climat, plus froid. À l’école, le foot est un trait d’union avec sa vie d’avant, vite rejoint par l’athlétisme, où sa vitesse "naturelle" fait merveille. "Un jour, un camarade m’a proposé d’essayer le rugby. Comme je courais vite, on m’a mis à l’aile." Il n’en est plus parti.

Rapidement surclassé, le grand ado ne tarde pas à être repéré, part à 17 ans au centre de formation des EP Kings, à Port Elizabeth : "C’est là que je me suis mis à la musculation. Je suis passé de 86 à 106 kg." Lui qu’une fracture de la mâchoire avait failli dégoûter du rugby à 16 ans est devenu "un homme ", comme l’y invitait son entraîneur d’alors. Ses performances le mènent à la South Africa Rugby Academy, puis chez les moins de 19 ans de la Western Province. Sur les rails du Super Rugby, avec les Stormers, Ambadiang est même courtisé par le Stade français d’Heyneke Meyer. Il préfère signer aux Southern Kings, à Port Elizabeth, qui joue le Pro 14 avec des clubs européens.

Voyage au Cameroun, douze ans après

La suite déraille : rupture d’un tendon rotulien lors de la présaison, covid et liquidation judiciaire de la franchise fin 2020. " Je n’ai pas fait un match. J’ai dit à mon agent de me trouver quelque chose, j’avais envie de jouer. J’ai failli aller avec les moins de 21 ans de la Western Province, ça ne s’est pas fait. J’étais triste, je ne répondais plus à personne, même pas à mon agent." Et puis, un jour d’hiver, l’USON se manifeste : "Le club m’a proposé d’intégrer son centre de formation. Je me suis dit Dieu est grand, prends cette opportunité et fais le maximum."

Arrivé dans le halo de curiosité de ses mensurations, le jeune Camerounais montre quelques bribes de son talent et de son étourdissante puissance à l’impact en fin de saison dernière. De quoi susciter l’intérêt de la concurrence mais il décide de rester fidèle à Nevers, en signant pour trois ans supplémentaires : "Le président et l’entraîneur m’ont fait confiance, j’aime ce club, et je veux le remercier."

Sa deuxième saison dans la Nièvre est plus tumultueuse qu’il ne l’aurait souhaité, marquée par l’épisode des insultes racistes infligées par un adversaire - "J’ai décidé de tourner la page, j’espère juste que ça servira de leçon à tous ceux qui tiennent de tels propos" - et une blessure à une cheville, début janvier, qui a coupé sa montée en puissance (quatre essais sur ses quatre derniers matchs). Il vient tout juste de reprendre la course, et entend bien rejouer d’ici la fin de saison.

Mais l’esprit de celui qui joue aussi (surtout) pour aider sa double famille est déjà tourné vers décembre : "Je vais retourner au Cameroun. Je n’ai pas revu ma mère depuis que je suis parti rejoindre mon père. Cela fait douze ans. Il y a le téléphone, les réseaux sociaux, ça rend mon cœur doux, heureusement. Je vais revoir aussi ma grand-mère, qui vieillit." Il les a quittées enfant, il les prendra dans ses bras d’homme, il pleurera, il le sait ; sa tête a déjà rejoué la scène mille fois.

Cet article est réservé aux abonnés
Accédez immédiatement
à cet article à partir de
0,99€ le premier mois
Sébastien CHABARD
Voir les commentaires
Sur le même sujet
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?