XV de France - Guilhem Guirado : « Nous étions la risée, les Bleus d’aujourd’hui ne veulent plus vivre de tels moments »

  • Guilhem Guirado porte un regard lucide sur la situation actuelle de la sélection par rapport à celle qu’il a vécu en son temps.
    Guilhem Guirado porte un regard lucide sur la situation actuelle de la sélection par rapport à celle qu’il a vécu en son temps. Icon Sport - Icon Sport
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Capitaine exemplaire durant une période où le XV de France n’a pas souvent brillé, Guilhem Guirado porte un regard lucide sur la situation actuelle de la sélection par rapport à celle qu’il a vécu en son temps.

Selon vous, la réussite du XV de France ne tient-elle pas en la présence de nombreux joueurs au leadership affirmé ?

C’est un facteur important, effectivement. Dans cette équipe de France, il y a de nombreux joueurs qui sont, parfois ou souvent, capitaines dans leur club. D’autres comme François Cros ont presque toujours été capitaines dans les équipes de France de jeunes. Quand on sait qu’un leader est souvent exemplaire et pense d’abord à la performance collective, avant de penser à sa performance individuelle, c’est forcément bénéfique pour l’équipe. L’impact est même considérable. Cette équipe de France a de la maîtrise, de la sérénité parce qu’elle a des leaders dans toutes ses lignes. Ce n’est pas un hasard, ces joueurs ont l’habitude de préparer et de jouer des grands matchs, des rencontres décisives.

N’était-ce pas moins vrai à votre époque ?

Je ne sais pas. Mais peut-être que certains n’avaient tout simplement pas cette exigence du haut niveau. Et puis, peu de joueurs étaient capitaines dans leur club. La situation était vraiment différente. Je me suis parfois senti isolé dans ce rôle de leader.

Auriez-vous aimé pouvoir compter sur davantage de relais au sein du XV de France lorsque vous en étiez capitaine ?

Je ne dirai pas que j’étais seul car j’avais tout de même des relais, mais ils étaient beaucoup moins nombreux qu’aujourd’hui.

Au point que derrière vous, personne ne s’imposait réellement…

Mathieu (Bastareaud) aurait pu avoir ce rôle-là, mais il a vite été « placardisé ». Après, je vous rejoins. Le problème est que, sur notre génération, rares étaient les joueurs à être aussi dominants dans leur club. Le groupe changeait d’ailleurs constamment. Aujourd’hui et depuis trois ans, l’ossature du XV de France est toujours la même. À quelques exceptions près. Et je suis ravi pour eux.

Vous souvenez-vous des raisons qui avaient poussé Guy Novès à vous nommer capitaine ?

Je me souviens surtout que cela avait surpris beaucoup de monde, à l’époque. Il faut dire que, même si j’avais commencé dès 2010 avec l’équipe de France, pendant une période je n’étais plus appelé que pour ramasser quelques miettes, de temps en temps. Et encore… Parfois, il n’y avait pas de miettes (rires)... Et puis, j’ai été nommé capitaine à un moment où toute une génération avait décidé d’arrêter, dans le sillage de Thierry Dusautoir. Je n’y étais pas forcément préparé. Mais je me suis construit aussi grâce à cette situation, et aux critiques. Seulement, il est vrai qu’autour de moi, peu de joueurs avaient déjà eu cette responsabilité dans leur club. Or, nous avons connu des moments difficiles, des moments où c’était plus de la gestion de crise que de la gestion de performance.

Justement, à votre époque, le XV de France a souvent perdu des matchs dans les derniers instants de la partie, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. En quoi est-ce lié à la présence de nombreux joueurs ayant goûté à ce rôle de capitaine ?

Je ne sais plus combien de matchs nous avons perdus dans les dix dernières minutes, mais nous étions devenus la risée de tout le monde. C’était lié au contexte, évidemment, mais aussi probablement en raison d’un manque de leadership de la part des joueurs. J’avoue que ce fut parfois difficile à vivre. Certains sont encore en équipe de France aujourd’hui et je vois bien que cette période-là leur est précieuse. Je sens qu’ils n’ont plus envie de vivre de tels moments. Et tant mieux.

Existe-t-il un risque à compter autant de leaders dans une même équipe ?

Quand le boss contrôle tout, il y a zéro risque. Je me souviens de ma période toulonnaise. Quand Bernard (Laporte) avait l’ensemble de ses joueurs à disposition, des joueurs à forts caractères et souvent des stars du rugby mondial, ça s’est toujours bien passé. Pourquoi ? Parce que Bernard tenait son vestiaire. Il n’y a pas de secret.

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